L'Assommoir, d'Emile Zola
Publié le 5 Juin 2008
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Au lycée, j'avais lu une grande partie des Rougon-Macquart, la somme du génie naturaliste. J'en ai relu certains à de nombreuses reprises
(Germinal, surtout). L'Assommoir, je ne l'avais lu qu'une fois.
En l'ouvrant à nouveau, quelle surprise ! L'action se passe dans le quartier de la Goutte d'Or: Barbès, rue des Poissonniers, rue de la Goutte d'Or, mais aussi... rue Polonceau, une petite rue où
étaient situés jusqu'en juillet 2007 les locaux de PRSF ! En consultant le plan actuel de Paris, je constate que je suis passé plein de fois sur la place de l'Assommoir (eh oui, il y a juste à
côté un bureau de la Poste où je suis allé expédier plein de Chronopost et autres plis farfelus), sans même savoir le nom de la place. Maintenant que PRSF a déménagé, je devrais prévoir un petit tour à la lumière du livre, qui décrit justement la percée des grandes artères pendant le
Second Empire (Haussmann n'est pas nommé, mais c'est lui !).
Si les rues décrites par Zola sont les mêmes (ou presque) qu'aujourd'hui, les populations ont bien changé. La vie n'est pas pour autant devenu plus facile pour les habitants de ce quartier, très
populaire.
Retour au roman de Zola. Gervaise vit avec Lantier, qui refuse de l'épouser et préfère l'abandonner sans prévenir, ce qui n'est pas particulièrement une bonne chose quand la situation de la jeune
femme - qui se retrouve avec ses trois enfants - est plutôt précaire. Mais elle ne veut pas d'histoire, et finit par épouser Coupeau. Le ménage travaille dur et gagne suffisamment sa vie pour
épargner. Jusqu'à ce que Coupeau, zingueur de son état (Gervaise est blanchisseuse, Lantier serait chapelier), ait un accident. Il s'en remet, mais c'est pour tomber dans l'alcoolisme. Il cesse
vite de travailler, laissant la famille, qui s'est endettée avec l'accident et l'investissement d'une boutique pour Gervaise, dépendre uniquement des ressources de Gervaise. Elle a bon coeur, ne
veut pas d'histoires, héberge même ceux dans le besoin, vit dans l'ostentation... Les dégâts sont encore contrôlables quand revient Lantier, qui s'arrange pour s'installer chez les Coupeau. Et
lui est malin. Il encourage le penchant de Coupeau pour la boisson, et un véritable ménage à trois s'installe. A force, la boutique de Gervaise fait faillite, et l'ivrognerie de son mari le
conduit de plus en plus souvent à l'hôpital. La route est droite, mais la pente est forte, dirait un de nos anciens premiers ministres. La descente aux enfers devient inéluctable: Gervaise se met
elle aussi à boire, les enfants sont depuis longtemps abandonnés à eux-mêmes (la cadette deviendra l'héroïne de Nana), et le quartier s'empresse d'abandonner
Gervaise.
L'Assommoir, c'est le nom de la gargote qui abreuve ces malheureux. L'Assommoir -le roman-, c'est ce qui se fait de plus efficace, à ma
connaissance, pour prévenir des dégâts de l'alcoolisme (la description du delirium tremens de Coupeau est effrayante). Parce que Zola, qui a provoqué une véritable controverse avec la
crudité de la langue employée (pour l'époque, on afait bien pire depuis), et le sujet, a choisi de montrer une relative ascension sociale rendue possible grâce au travail (tiens, ça plairait à
quelqu'un) mais freinée puis détruite par la dépendance à l'alcool et ses conséquences (démotivation, violence, maladie).
L'Assommoir, ce n'est pas une lecture qui fait sourire. C'est une chronique d'hommes et de femmes honnêtes mais qui se font prendre dans un tourbillon et n'arrivent pas
à en sortir. Un peu comme Les raisins de la colère. J'ai tendance à croire qu'avec le système de protection sociale qui existe
aujourd'hui en France, de telles situations sont bien plus improbables. Mais il y a tous ceux qui, pour une raison ou une autre, restent à l'écart du système. Pour eux, ces romans doivent
furieusement ressembler à la réalité. C'est pour ça que relire de temps à autre Zola est nécessaire.