Désobéir

Publié le 8 Avril 2008

Mardi 8
Paris 19, MK2 Quai de Seine

DESOBEIR
Documentaire de Patricio Henriquez (Chili, 2005)
dans le cadre des Mardis de Courrier International

 

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Mon appréciation: 4/10

Autant j'avais bien aimé Toro si te (en février) et Nanking (en mars), cette session m'a beaucoup moins enthousiasmé. Le thème était pourtant porteur, et la salle bien remplie (plus que les autres fois). Des militaires qui désobéissent aux ordres, c'est un sujet dense. On en suit trois: un officier chilien qui, le 11 septembre 1973, ne veut pas rejoindre la junte militaire de Pinochet et s'exilera; un para israélien, qui a fait de la prison pour avoir refusé de défendre les colonies illégales en bande de Gaza; un étatsunien d'origine nicaraguayenne qui refuse de rentrer de permission pour retourner en Irak et passera en cour martiale pour être condamné à un an de prison. Mais pour une raison que je n'ai pas identifié, le rythme de la narration ne prend pas (le passage fréquent à l'espagnol, qu'utilise le réalisateur et la plupart des protagonistes est peut-être une piste). Je me prends même à piquer du nez pendant un bon quart d'heure. Le film n'aborde finalement que peu les questions de fond (je vais revenir dessus), et je ne suis pas mécontent d'arriver au bout.

Le débat est un "plan B". Pas le réalisateur, mais un militant de la désobéissance civile en général, plutôt porté sur les actions anti-nucléaires en Aquitaine (tu parles de désobéissance... on ne lui a donné aucun ordre !). Et dès le départ, on sent qu'il ne va pas y avoir débat, mais "bien pensance" unanime donc nauséeuse sur les bienfaits de la désobéissance. Ayant d'autres choses à faire, je ne me suis pas attardé et suis parti au bout d'un quart d'heure d'échanges avec la salle, qui en effet était d'un consensus assez peu stimulant. J'aurais bien aimé que quelqu'un critique un peu ces belles leçons.

Car, moi-même pacifiste convaincu, je suis persuadé que le problème n'est pas dans le soldat qui refuse un ordre qu'il estime contraire à sa conscience, mais, d'une part, dans le fait qu'il interroge sa conscience, et d'autre part, qu'un ordre controversé puisse être donné. Je m'explique. Pour moi, l'une des bases de l'armée est la discipline, l'obéissance quasi aveugle à la chaine de commandement, qui reflète un système de responsabilité clair: en bref, le dernier échelon n'a pas à s'interroger, il doit obéir; si l'ordre est mauvais, il n'en endosse pas la responsabilité (on ne peut pas demander d'un soldat qu'il soit un expert en prises de décisions stratégiques et respectueuses de toutes les lois en vigueur). L'armée n'a aucun sens si l'ordre du supérieur est discuté par le(s) subalterne(s). C'était le premier point. Le second, c'est "comment prévenir que des ordres contraires aux législations (internationales et autres) soient donnés ?" Et c'est là qu'est le noeud du problème: si la chaîne de responsabilités est opérationnelle, les échelons décisionnaires doivent être condamnés, ou encore mieux, empêchés de donner des ordres qu'ils ne pourront pas défendre (soit par la dissuasion (la peur du gendarme ou du juge, au choix), soit par l'existence de contre-pouvoirs non militaires qui pourraient valider (ou non) les ordres potentiellement controversés). 

Et je trouve cette problématique bien plus intéressante: comment éviter que des soldats se retrouvent face à des ordres contraires aux lois (parce que la "conscience personnelle", c'est beaucoup trop subjectif comme concept) ? Dans le feu de l'action, la prise de recul éthique n'a pas de place. C'est en amont qu'il faut intervenir. Cet aspect fondamental (à mes yeux) du problème n'a pas été évoqué. C'est regrettable.

Le mois prochain, je manquerais la séance (je serais à New York). Le thème annoncé ? L'immigration... Vue la sociologie des lecteurs de Courrier International et des environs du ciné, j'ai peur qu'une nouvelle soupe bien-pensante à sens unique soit resservie. A moins qu'un dialogue de sourds... J'espère qu'on me racontera... et que le thème de juin sera moins "casse-gueule".

Rédigé par davveld

Publié dans #Cinéma

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