Somalie, la guerre perdue de l'humanitaire, de Stephen Smith
Publié le 2 Septembre 2006
Au moment de choisir un thème pour la fiche de lecture que je devais réaliser pour
le cours "Comprendre les crises extrêmes" (Lille 2), c'est le souvenir de la première prise de conscience par ma génération, trop jeune pour comprendre la chute du Mur de Berlin, des crises qui
pouvaient affecter le monde qui a déterminé la sélection. La Somalie, sa guerre, sa famine, ses sacs de riz… Première « ingérence » des maux de la planète dans le quotidien des écoliers d'alors,
mais qui n'a jamais été étudié ensuite, par exemple au lycée. On y avait envoyé du riz et cela ne valait plus la peine d'en parler…
L'occasion de rattraper ce retard s'est donc présentée, et le livre de Stephen Smith (photo) a ensuite été sélectionné à partir de la connaissance que j'en avais en tant que lecteur régulier des
pages internationales du Monde, où il était responsable de la rubrique Afrique entre 2000 et 2005. Il avait précédemment travaillé pour l'agence Reuters, pour RFI et pour Libération, qui
l'emploie lors de la crise somalienne.
La lecture de Somalie, la guerre perdue de l'humanitaire, est
aisée au sens où l'auteur emploie (logiquement) le style journalistique, qui rend vivants personnages, faits et lieux. L'auteur ne se contente d'ailleurs pas de décrire et assume pleinement son
statut d'observateur sujet à des émotions et à des opinions qu'un universitaire ne pourrait se permettre dans un ouvrage. Stephen Smith suscite la polémique, la gestion de la crise somalienne
également.
Somalie, la guerre perdue de l'humanitaire, est un livre-réquisitoire. La tragédie somalienne est imputée à ses
anciens colonisateurs, à ses dirigeants post-indépendance, à l'affrontement Est-Ouest, à la fin du même affrontement qui fragilise les équilibres précédents, à l'abandon de l'Occident dans un
premier temps, à sa réaction plus logistique que politique, plus spectaculaire que pérenne, aux dérives de toutes sortes qui ont conduit les "secouristes" à prolonger voire aggraver le mal… Une
vision noire de l'Afrique post-guerre froide, en somme, qui ne porte pas à l'optimisme. Après avoir dressé la liste de ce qu'il ne fallait pas faire, l'ouvrage manque, mais cela est dû à sa
rédaction contemporaine des événements, d'une analyse et de propositions de ce qu'il aurait été souhaitable de faire. Un second ouvrage aurait pu être publié, avec plus de recul, et servir
d'encouragements. Mais le conflit somalien a perduré, et l'intérêt de la communauté internationale, y compris des journalistes spécialistes de l'Afrique, a disparu.
Pour information, en 1992, dans le premier "journal" d'école que j'ai co-fondé, la Une concernait la Somalie (et le Soudan). Ca ne leur a pas porté chance, et qu'il soit amateur ou professionnel,
le "pouvoir médiatique" se révèle dans ces pays bien impuissant. A propos de ma "vocation", alors peu consciente, pour "changer les choses", le portrait d'un photographe, paru il y a un mois dans
Le Monde, exprime bien mes désillusions en ce qui concerne le journalisme pour atteindre cet objectif (j'en parle ici).
Notons, parmi l'actualité récente de ce pays qui n'a pas encore connu de longues périodes d'accalmie et de reconstruction, les quelques informations suivantes (vous en avez beaucoup entendu
parler, vous ?):
L'ordre islamiste règne à Mogadiscio (Libération, 13/07)
Can the Somali Crisis Be Contained? (International Crisis Group, 10/08)
First ship arrives in Mogadishu
(BBC News, 23/08)
Somali rivals optimistic on
talks (BBC News, 02/09)
Il y a enfin le site de Jeune Afrique et la page qui est consacrée au pays.