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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 22:08

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"C'est une logique qui nous échappe. Mais c'est ainsi, il faut l'accepter, fit-il, l'air fataliste.
Et il nous resservit du thé en souriant." (page 131)

 

Vous aimez garder les pieds sur terre, la tête sur les épaules, et surtout pas dans les nuages ? Alors évitez Christian Garcin. Si au contraire, la découverte d'univers pas tout à fait parrallèles mais un peu quand même ne vous fait pas peur, lisez La piste mongole, vous allez vous régaler. Comme d'autres lecteurs et critiques l'ont dit, c'est un roman qui se mérite un peu. C'est à dire qu'il ne se lit pas entre deux arrêts de métro, sans un minimum de concentration (pas surhumain, mais il faut pouvoir fournir l'effort !).

 

Christian Garcin manie avec talent les coïncidences troublantes, les clins d'oeil, les références croisées. C'est un auteur qui joue sur l'hyperlien et sur la mondialisation. Il relie chacun de ses textes. Dans La piste mongole, on retrouve des protagonistes du  Vol du pigeon voyageur, de La Jubilation des hasards, de  Aux bords du lac Baïkal (paru en livre jeunesse, pourtant), et même de son roman suivant, Des femmes disparaissent (que je vais lire prochainement, du coup). Sans compter les autres livres qu'il a publié et que je n'ai pas lu. Parmi tant d'autres, des motifs reviennent: des humains qui se recroquevillent dans des cavernes, soudainement; des aigles et des marmottes autour du Lac Baïkal; des chamans et autres médiums; des lieux comme Paris, New York, la Sibérie... Dans La piste mongole, il faut accepter de ne pas savoir qui est le narrateur de chaque chapitre, accepter de ne pas pouvoir distinguer ce qui relève du rêve et des réalités (y a-t-il une réalité unique ?), accepter que le temps ne s'écoule pas uniquement de la naissance à la mort.

 

"Elle connaît votre ami, fit-il soudain.
Pardon ?
Elle dit qu'elle connaît votre ami, celui qui a disparu. Elle l'a rencontré. Elle dit qu'il faut que vous vous rendiez dans le village de Dojnaa Baruul, et que vous demandiez où se trouvent les yourtes de la famille Ojgurbaalat. Là, il faut que vous parliez à un jeune garçon du nom de Shamlayan. C'est tout ce qu'elle a dit. Non, rectifia-t-il: elle a aussi confirmé ce qu'a dit la cousine pendant sa transe, c'est-à-dire que le Russe, Smolienko, était mort.
Le cousin chinois leva brusquement la tête de son bol, et posa une question à Amgaalan. Un bref échange s'ensuivit. Je ne demandai rien de son contenu, me disant que j'avais déjà été assez cureux.
C'est loin d'ici ? fis-je une fois que la conversation entre les deux cousins fut terminée.
Quoi donc ?
Le village en question.
Non, pas tellement. Environ cinq jours de voiture. Enfin, de 4x4. Vous pensez y aller ?
J'eus une moue dubitative, mais juste pour la forme, car ma décision était prise.
Sans doute, oui.
Ah. Alors, il faudrait que vous emmeniez Wanglin, fit Amgaalan en trempant les lèvres dans son bol. Il aimerait venir.
Qui ça ?
Mon cousin, là, fit-il d'un mouvement du menton: Chen Wanglin. Il aimerait venir avec vous. Il dit qu'il a rêvé aussi du nommé Shamlayan. Il dit qu'il doit absolument le rencontrer.
Cela faisait un peu beaucoup. Mais pourquoi pas. Puisque tout semblait baigner dans une espèce d'irrationnel quotidien, autant continuer. J'acquiesçai. Amgaalan informa le cousin, et nous nous serrâmes la main. Il avait vraiment l'air très heureux. Une bonne tête sympathique." (page 130)

 

Si vous êtes prêts au voyage, et que, comme moi, le mot "steppe" déclenche un déluge d'à-priori positifs (une des raisons pour lesquelles j'aime tellement Michel Strogoff, Eloge de l'énergie vagabonde, des passages du Dernier monde, ou encore les récits à travers les grandes étendues russes ou caucasiennes), ce voyage entre Oulan Bator, Pékin et le Lac Baïkal vous ravira. Des personnages doivent se rencontrer, soit pour se secourir mutuellement, soit pour reprendre le contrôle de leurs rêves, soit... Oui, c'est une chasse au trésor dont les règles, les objectifs, les personnages, etc. ne se découvrent qu'au fur et à mesure.

 

"Ainsi, au milieu de la steppe, du coucher du soleil à la nuit claire, dans le grand silence des déserts, roulèrent bon nombre de propos futiles au rythme des vodkas avalées et de cornichons croqués, le Quatuor vidant d'abord les deux bouteilles présentes sur la table, puis trois autres, que Dokhbaar, titubant quelque peu, était aller chercher dans le camion un peu après minuit. La voûte stellaire était étincelante, et la vastitude de la steppe, à la fois devinée, respirée et ressentie au plus profond, emplissait chacun d'une forme d'exaltation épique, d'une fraîche bouffée de vie, d'un désir de poursuivre à l'infini cette avancée monotone vers un point inconnu. Aux environs de deux heures, après que tous quatre eurent fini les vodkas et bu une ou deux bières chacun, Dokhbaar alla se coucher, non sans avoir tapé sur l'épaule de Wanglin, en un signe amical. "T'es un brave gars, au fond. Un peu emmerdeur, mais un bon gars", ce que Sambuu ne jugea pas utile de traduire à Rosario, qui du reste ne le demandait pas, d'autant que Wanglin venait de s'endormir assis, la tête penchée sur sa poitrine maigre. Rosario, le regard embrumé, fumait en silence, contemplant la lune quasi pleine, échangeant par intermittences quelques vagues propos sur la politique internationale avec Sambuu qui, lui, ne bronchait pas, imperturbable, un roc, toujours plus grave et silencieux au fur et à mesure que bières et vodkas traçaient leur itinéraire dans ses boyaux, vaisseaux, neurones. Vers deux heures, les trois allèrent se coucher, Rosario soutenant Wanglin prêt à vomir, incapable de garder son équilibre, et qu'une forte migraine, de plus, faisait grimacer." (page 156)

 

"Nous sommes dans la journée un quatuor quasi muet, deux d'entre nous tout entiers concentrés sur les pistes, géographiques ou narratives, qu'ils arpentent à grande vitesse en prenant garde d'éviter impasses et embûches, accidents de parcours et erreurs de trajectoire, les corrigeant au besoin, les assimilant dans d'autres cas, continuant ainsi d'aller de l'avant, et les deux autres plongés, l'un dans le paysage grandiose qui défile sous ses yeux, l'autre dans celui, peut-être non moins grandiose, de l'espace intérieur qu'il parcourt en dormant." (page 180)

 

Le roman gagne en intensité, en profondeur, en intérêt une fois l'univers apprivoisé (l'apprivoisement, un autre thème cher à l'auteur !). C'est donc un must pour ceux que les mots font encore rêver, d'un monde un peu différent. Pas forcément un monde meilleur, mais plutôt un monde avec une bande-son constituée d'une très belle poésie de l'improbable. Un grand merci au magicien Garcin...

 

"Et le langage ne faisait qu'éloigner un peu plus chacun de la réalité de l'autre." (page 224)

 


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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 10:35

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Louise est une ado australienne. Elle a des parents peu regardants, des soeurs qui ont le chic pour faire les mauvais choix (de fréquentations, de consommations, d'itinéraires de vie). Surdouée, ultra-cynique, notre héroïne-narratrice n'en peut plus. Elle est donc ravie d'avoir gagné une bourse pour une année d'études aux Etats-Unis. Son objectif secret ? En profiter au maximum et trouver un moyen de rester sur la Terre Promise. Elle arrive dans une famille riche, les Hardings, dégoulinants de bien-pensance, avec qui, forcément, l'ajustement n'est pas évident. La fille des Hardings pense shopping, le fils pense à Lou de façon assez déplacée, et quoi qu'il arrive, la communication échoue. Les choses ne s'arrangent pas alors que les mois passent... Lou parviendra-t-elle à trouver des alliés sûrs, parviendra-t-elle à rester ?

 

En narration subjective, Le voyage de Lou met dans la peau d'un personnage atypique, à la fois attachant et inquiétant. Le récit invite à réfléchir sur cette marginalité parfois ignorée, celle de ceux trop lucides pour leur âge, de ceux trop indépendants pour la société, de ceux trop sensibles pour la dureté de notre vivre ensemble. Quelque chose d'assez déstabilisant, rappelant les limites de notre capacité d'accueil et de compréhension de la complexité de chaque individu, et le poids du conformisme social. On hésite à basculer dans le fatalisme... Sentiment mitigé donc au sortir de cette lecture, au style banal, sans génie particulier.

 

"J'ai écrit une lettre d'enfer à Mrs Walsh; ma seule lettre. J'y dépeins quelque chose qui ressemble au contenu des brochures en couleur vantant les mérites du programme international d'échanges: des garçons et des filles en canoë sur des rivières miroitantes, des garçons et des filles en costumes en train de répéter une pièce de Tchekhov, des familles assises ensemble sur des gradins en train de manger des hot-dogs à un match de base-ball, et une joyeuse fête d'étudiants du programme chantant et dansant dans un parc, enveloppés dans le drapeau de leur pays.
Bridget entre dans ma chambre et s'assied au pied de mon lit, une serviette nouée autour de la tête, la peau du visage tendue et sèche de trop de savon et d'eau.
- Comment vas-tu ? demande-t-elle.
- Bien, dis-je.
Je remarque pour la première fois que Bridget a une verrue sur le genou droit, petite, mais une verrue quand même. Je pense à la question sur le formulaire de demande pour mon passeport, celle sur les signes particuliers. Je n'en ai pas mais je mourais d'envie d'écrire que j'avais une verrue bleue derrière le genou droit." (page 118)

 

"J'écris dans mon cahier un truc que mon professeur de sciences nous a dit hier:
Les êtres humains partagent plus de quatre-vingt-dix-huit pour cent de l'ADN des chimpanzés.
Mais il n'a pas précisé que les êtres humains partagent aussi cinquante pour cent de l'ADN des bananes." (page 231)

 

"Comment un débile pareil peut-il être assistant social ? Quel genre d'abruti faut-il être pour penser qu'il y a une explication rationnelle à tous les comportements humains ? Quel genre d'imbécile faut-il être pour croire qu'on peut expliquer la perversité ? C'est tellement évident. Pour une raison ou une autre, je me sentais nulle et j'ai bu pour me sentir mieux même si ça risquait de ruiner mes chances d'évasion. Qu'y a-t-il donc de si difficile à comprendre là-dedans ?
J'ai envie de lui filer un coup de pied dans le tibia mais, à la place, je transforme ce qu'il s'est passé en histoire avec un début, un milieu et une fin bien nets, et toutes sortes de justifications à mon comportement. Cette version des événements semble le satisfaire, surtout quand je dis que mon attitude était motivée par un besoin profond d'acceptation et de reconnaissance." (page 270).

 

"Tout d'un coup, j'ai les yeux brûlants et pleins de larmes. C'est toujours triste quand deux personnes ont pensé la même chose au même moment et que ni l'une ni l'autre n'a réussi à trouver un moyen de la dire à voix haute. Henry est comme moi. Il aimerait que les gens soient meilleurs qu'ils ne sont, qu'ils se comportent davantage comme l'impression qu'ils donnent dans leurs lettres; qu'ils disent tout haut des choses plus gentilles - le genre de choses que je dis dans mes lettres. Nous aspirons tous deux à plus de vérité, plus d'émotion, moins de tension, moins de faux-semblants mais nous sommes tous deux trop timides, trop mal à l'aise pour ne serait-ce que commencer à nous comporter comme l'être meilleur que nous trimballons dans notre tête." (page 293)

 


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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 00:26

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Pour l'année universitaire qui vient de s'achever à la Faculté libre de théologie protestante de Paris, le cours de Dogmatique consistait en la lecture suivie et commentée de l'ouvrage L'essence de la foi chrétienne, du théologien allemand Gerhard Ebeling (1912-2001). Ce professeur a été peu traduit en français jusqu'à présent, ce qui fait que les exposés sur certains points de sa pensée, s'appuyant sur d'autres textes, ont été des devoirs de version (certains à partir de l'allemand traduit en anglais, ce qui multiplie les traductions..., certains à partir de l'allemand même, ce qui est tout sauf évident quand on n'a jamais été plus loin, en cours d'allemand, il y a longtemps, que la lecture d'articles de presse...). Bref, Ebeling est encore assez peu connu en France. Il faut dire que quand on voit la couverture (ci-contre) que son éditeur retient pour écouler ses livres... ça n'aide pas.

 

L'essence de la foi chrétienne, pour faire vite, c'est la retranscription d'un cycle de cours que le théologien a donné aux étudiants de l'Université de Zürich en 1958-1959. Etudiants, toutes disciplines confondues. Car il s'agit en fait d'une tentative de reformuler une partie du vocabulaire de la foi chrétienne, entre vulgarisation, évangélisation, et esquisse de renouveau de la terminologie théologique. Par exemple, la personne historique de Jésus, c'est "le témoin de la foi". Le Christ, ressuscité, c'est "le fondement de la foi". D'ailleurs, dans le chapitre qui porte ce titre, Ebeling propose une typologie des récits de la Résurrection avec de solides arguments, mais qui pose de sérieuses questions à celles et ceux qui fondent leur foi sur l'acceptation de cet improbable retour à une vie charnelle. Perturbant... Ebeling confère également un rôle assez important à l'Eglise, ce qui, en "orthodoxie protestante", est aussi assez contre-intuitif. C'est plus subtil, car il n'y a que nous, minorité protestante hexagonale, à entendre "Eglise catholique romaine" là où on parle de l'Eglise au sens large.

 

Ce que je retiens de cette lecture (qui me sert aussi à valider un cours de Théologie pratique), ce ne sont pas tant les idées énoncées (à part celle évoquée, il n'y a rien de bien original) que la démarche. Essayer de partir de ce que les contemporains pensent de la foi, malgré les barrières que les religions et les institutions ecclésiales ont dressé au fil des siècles et encore de nos jours. Essayer de partir de ce ressenti, donc, de ses questions, et trouver une façon à la fois authentique et percutante de témoigner de ce que l'on croit. Difficile de mesurer l'efficacité des efforts d'Ebeling. Aujourd'hui en France, un peu dans le même esprit, et avec une pertinence qui me semble plus grande (mais je n'ai pas vécu à Zürich en 1960, donc c'est difficile de comparer), on a, pour le grand public, les Parcours Alpha. Et, dans le monde universitaire, les Forums Véritas. Des initiatives interdénominationnelles où "ceux qui croient" ne cherchent pas à éluder les questions qui fâchent de la part de ceux qui pensent "croire moins" ou "ne pas croire du tout". Et c'est tant mieux. Parce que parler de ce qui fâche, c'est parler vrai. Et nous en avons bien besoin. La foi, c'est aussi ça, savoir parler en vérité. 

 


 

Pour en savoir plus:

  • Gerhard Ebeling n'est pas sur Wikipedia, ni en français, ni en anglais. Mais en allemand quand même...
  • Texte intégral scanné pour les cours (le livre est épuisé en "papier")
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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 22:57

9782253139225-T.jpgJ'avais essayé de me concentrer sur les lectures "pour les cours", alors que la fin de l'année approche à grand'pas. Bien sûr, ça n'a pas complètement marché. Je viens donc de relire Les Thanatonautes.

 

Une bonne surprise, le nombre de fois où mes cours apparaissent: que ce soit celui du Proche-Orient Ancien (avec l'épopée de Gilgamesh), celui de Science des religions (thème ce semestre: les religions des ancêtres en Afrique; et l'un des mythes étudiés en cours est raconté dans le roman), voire un peu de Psychologie, et bien sûr tout ce qui a trait au biblique... Donc des résonances nouvelles...

 

Mais qui ne suffisent toujours pas à effacer les longueurs du récit, ses répétitions, ses ficelles trop grosses, bref près d'une moitié du texte est d'une lecture fastidieuse.Sur Wikipedia, on apprend que l'auteur a écrit certaines pages en "écriture automatique". Bof.

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 07:23

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Stanford, sur les rives du Mississippi. Comme dans beaucoup de localités américaines, quand les enfants du pays sont mobilisés pour combattre l'ennemi communiste au Vietnam, tout semble s'arrêter. Quelle est cette planète mystérieuse, terrifiante, où les jeunes conscrits partent ? Quel enfer les attend, quels traumatismes vont-ils subir, qui les changeront à jamais ? Ce n'est pas tout à fait le propos du roman. Le récit est narré par le jeune Billy Brentwood. Il est témoin de ce qui arrive aux Lamar, dont le fils Jim est parti au Vietnam. Alors que la guerre est finie, que sa démobilisation est constatée... il ne rentre pas à Stanford. Sa famille s'inquiète, puis dépérit. Un peu marginaux, ils ne sont pas regrettés par la population de la bourgade, qui s'approprie peu à peu tous leurs biens. C'est quand il ne reste plus rien, treize ans après le départ des derniers soldats du Vietnam, que Jim refait apparition. On manque le lyncher... Billy est donc terrifié quand il se retrouve dans la maison de Jim après s'être blessé. Mais le dialogue s'instaure, et le rescapé et l'adolescent s'apprivoisent progressivement.

 

Roman initiatique avec une trame éprouvée, Le retour de Jim Lamar est impressionnant de simplicité d'une part, et de force d'autre part. Soudainement, une intensité dramatique, un souffle épique animent les pages du livre, qui se tournent rapidement. Par exemple quand l'oncle de Billy révèle sa vraie nature, violente, méchante, mais plus encore quand Jim évoque l'admiration qu'un de ses frères d'armes vouait à Martin Luther King.

 

Lionel Salaün, dont c'est le premier roman, est originaire de Chambéry. Je ne sais pas s'il connaît bien la région dans laquelle il plante son action, mais ça fonctionne à merveille, que ce soit dans les descriptions des terres qui environnent le grand fleuve américain, dans l'atmosphère et le concret des phénomènes météorologiques qu'il mobilise, dans les évocations d'un certain imaginaire américain (que ce soit le collège, la bourgade au milieu de nulle part, les médias...), dans la musique qui parsème le texte... Difficile de savoir dans quelle mesure l'auteur sait utiliser le "fond inconscient" que l'on peut avoir de ses contrées, et nous y conforte, ou au contraire s'il crée un univers avec tellement de talent qu'il nous est naturellement familier. Près de dix prix (peu connus, mais provenant de réseaux de lecteurs et de bibliothécaires plutôt que des "institutions", ce qui n'est pas plus mal) ont déjà été décernés au Retour de Jim Lamar, qui les méritent amplement. Vous l'aurez compris, une lecture vivement recommandée ! Il est paru en poche en janvier.

 

"A cette époque, la musique se résumait pour moi aux quelques airs de country et de blue-grass que chantonnait mon père en rentrant les foins ou en ferrant ses chevaux sous prétexte que ça les apaisait, et aux gloussements que poussait avec un sourire béat Teddy Carter lorsqu'il interprétait, à l'occasion des foires du comté, les morceaux de Hillbilly Blues repris avec ferveur par un bon tiers de la population de Stanford.
Le Live in Europe '71 de Tony Joe White avait ouvert dans mon âme une brèche par laquelle allait s'engouffrer le meilleur de cette musique - et l'une des rares choses dont l'Amérique puisse légitimement s'enorgueillir.
Je n'énumérerai pas ici tout ce que j'ai écouté, depuis, jusqu'à l'overdose. Non, je ne pourrais pas tous les citer, ces dieux noirs du blues devant lesquels je me prosterne à présent tous les jours. Je ne pourrais pas tous les citer, et n'en nommer que quelques-uns au détriment des autres me causerait trop de tourments. Dieu reconnaîtra les siens et quelque chose me dit que ceux-là, Il les connaît bien !" (pages 65-66)

 

""C'est moche ce qu'il t'a raconté, ton père, pas vrai ? Affreux, bien dégueulasse, le genre de truc qui donne envie de hurler, hein, Billy ? C'est ça qu'il t'a raconté, ton père ?"
Au bout d'une minute longue comme trente, son regard de néant quitta mon visage pour dériver quelque part sur ma gauche, vers la porte large ouvret et sans doute bien au-delà.
"Ouais, ce que des gars ont fait là-bas, reprit-il tout bas, de belles saloperies, Billy, des putains de saloperies, bien pire que ce que ton père a pu te raconter ! Mais y a autre chose, aussi, qu'il t'a pas raconté, parce que ça, pour le savoir il faut l'avoir vécu, jour et nuit et des mois durant, l'avoir charrié partout sans jamais parvenir à s'en débarrasser. Une chose qui, une fois qu'elle t'a mordu, ne te lâche plus, reste ancrée dans ta chair jusqu'à ton dernier souffle, une maladie que tous ceux qui sont allés là-bas ont chopée et contre laquelle il n'existe ni traitement, ni vaccin et qui, sans rien excuser, explique tout !
- Qu'est-ce que c'est ?" précipitai-je tandis qu'il marquait un long silence, comme si le truc était si terrifiant qu'il hésitait même à en prononcer le nom.
Je me souviens avoir compris de quoi il retournait à l'instant même où ses yeux revinrent sur moi tant ils en étaient chargés." (pages 95-96 - et délibérement je ne vous ai pas mis la ligne suivante !)

 

"Des quatre chats de la maison, Sleepy était le plus doux et le plus gros, le plus indolent. S'il lui prenait l'envie de squatter vos genoux, vous pouviez prévoir une bonne demi-heure de ronronnement ininterrompu et de regards langoureux, le temps d'épuiser votre stock de caresses et de vous retrouver avec les jambes ankylosées par l'immobilité prolongée et les huit kilos de poils, de tendresse et de graisse du matou. C'est alors que vous le déposiez sur le canapé où, sans demander son reste, il s'installait aussitôt pour entreprendre sa énième sieste du jour. (...)
Oui, Sleepy, de tous les chats, nombreux, auxquels j'ai offert l'asile depuis, était le plus casanier.
Or, alors que la canicule étouffait la région depuis plus d'une semaine, l'inconcevable se produisit: Sleepy disparut.
Ma mère, qui faisait preuve à l'égard des bêtes qu'elle abritait sous son toit d'une bienveillance dont ses propres enfants ne bénéficiaient que chichement, s'en trouva si profondément affectée que bientôt toute la maison fut en émoi. Dans l'heure, chaque recoin de chaque pièce, chaque placard, chaque tiroir, du rez-de-chaussée au grenier, sans oublier le tambour de la machine à laver et même le réfrigérateur, fut passé au peigne fin. En vain. Sleepy s'était tout bonnement évaporé." (pages 149-150)

 

 


 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 16:31

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Je ne recense pas sur ce blog toutes les bandes dessinées que je lis, mais ces Chroniques de Jérusalem sont, de par leur ampleur (plus de 300 pages) et leur sujet, un peu différentes des autres BD que je peux lire pour me détendre. On est un peu dans la même situation que pour Le photographe, autour d'une mission de Médecins sans frontières (MSF), avec un personnage/narrateur au statut d'observateur.

 

Il ne s'agit pas ici de l'Afghanistan de la fin du vingtième siècle, mais du Proche-Orient du début du vingt-et-unième siècle. Pas grand'chose de comparable entre une situation de guérilla dans les déserts des montagnes afghanes et les alternances entre détente et épisodes violents de conflits éclairs et assez disproportionnés en zone densément peuplée...D'ailleurs on ne se focalise pas beaucoup sur la mission de l'ONG médicale dans les Chroniques de Jérusalem. Le "héros" est dessinateur, originaire du Canada (oui, c'est autobiographique). Il s'installe avec sa femme (qui, elle, travaille pour MSF) et ses enfants à proximité de Jérusalem. Après avoir "couvert" la Birmanie et la Corée du Nord, notre dessinateur découvre d'autres modalités de l'absurde. Il est fasciné par le mur érigé autour des enclaves qu'Israël laisse aux Palestiniens. Il raconte sa vie "d'homme au foyer", d'expatrié, et son travail de dessinateur, à la fois artiste, intervenant dans des établissements d'enseignement, observateur parfois touriste et parfois journaliste...

 

Il ne s'agit pas de prendre parti, mais il y a bien une "loi du plus fort" qui est à l'oeuvre, et les espoirs de résolution des conflits ainsi que d'une coexistence pacifique entre les différents peuples et religions ne sont pas vraiment confortés par les comportements des extrémistes des deux bords. Les Chroniques de Jérusalem témoignent de façon dépassionnée, ce qui est méritoire, de la vie quotidienne dans un tel contexte. Souvent avec humour, parce que l'absurde, omniprésent, peut prêter à sourire quand des vies ne sont pas en jeu. Toujours avec respect. On en ressort perplexe, en se demandant comment garder (quand on vient d'ailleurs) la tête sur les épaules, et retrouver (quand on est acteur) un peu de raison avec un objectif de "vivre ensemble"... 

 

Le livre a reçu le Prix du meilleur album du dernier festival d'Angoulême.

 


 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 20:50

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Paru en janvier, ce roman s'ouvre sur une évocation qui ravit l'amateur d'histoire... et de théologie. Les premiers chapitres brossent un portrait précis (beaucoup de noms, de faits) mais concis de la France de 1926; et que ce soit en évoquant Jonas (un personnage biblique, si vous avez oublié, ça se relit ici) ou Bultmann (un des "très grands" théologiens protestants du vingtième siècle, si vous voulez en savoir plus, c'est là), l'auteur montre bien que la Première Guerre Mondiale a bouleversé la notion d'humanité, et qu'un tel traumatisme affecte durablement sociétés et individus.

 

Ici, nous suivons Théo. Russe, ancien soldat, il était dans le corps d'armée ayant réprimé en 1905 l'insurrection du cuirassé Potemkine, puis dans les tranchées du côté allié. Devenu photographe à Paris, il prospère en particulier grâce à ses clichés pornos. Quand le film d'Eisenstein sur les événements d'Odessa est projeté à Paris (en 1926 donc), Théo, pensant y trouver des images de sa terre natale, est sous le choc. Soudainement, il prend conscience de la cruauté de la répression de l'insurrection. Il se voit comme un monstre, se dénonce à la police... qui l'envoie quelques jours dans un hôpital psychiatrique. Mais l'image d'un autre meurtre surgit, dont il doit discuter avec l'un de ses amis vétérans. Les rencontres se multiplient, sans que la conscience du héros ne soit apaisée. Sortir d'un cycle de violence est-il possible ?

 

C'est un monde cru, tourmenté, au bord de la folie que le court texte de Iouri Bouïda met en scène, une série de variations autour du thème de la fuite, et plus indirectement de la rédemption. La traduction est faite dans une langue fluide, qui adoucit les passages les plus durs. Un bon roman, prenant, qui aide à rendre présent l'état d'esprit d'une période difficile à appréhender aujourd'hui.

 

"On venait d'inaugurer à Paris la Grande Mosquée, bâtie en plein centre de la ville, dans le Vème arrondissement, sur l'initiative de l'Etat français et avec ses deniers - un geste de gratitue de la France envers les soldats musulmans qui avaient donné leur vie pour elle durant la Première Guerre Mondiale. Mais les tenants radicaux de l'islam voyaient plutôt dans cette mosquée un acte de dérision: la plupart des musulmans de Paris n'avaient pas de tenue convenable pour se montrer en ville parmi les riches bourgeois." (pages 15-16, et ça rappelle évidemment ceci).

 

"Telle était l'année 1926. Elle ne fut pas marquée par des événements grandioses, et pourtant, Rudolf Bultmann, professeur de théologie à l'université de Marburg, en se promenant sur les berges de la Lahn avec son ami le professeur Martin Heidegger, a qualifié cette époque de 'prénatale' et d' 'intermédiaire', die qualvolle Pause zwischen der Kreuzigung und der Auferstehung - une halte douloureuse entre la Crucifixion et la Résurrection." (page 16)

 

"Il eut un hoquet. 'Mon père disait toujours q'il n'y a pas de mauvaises gens, qu'il n'y a que des mauvaises actions. C'est pour ça que les hommes savent ce qu'est d'avoir honte, mais c'est que la honte, ça, même Spinoza n'en sait rien... Et si personne ne sait ce qu'est la honte, alors d'où peut bien venir le bonheur ? Car le bonheur, ça n'a honte de rien... Vous êtes heureux, mon ami ? Vous ne cherchez pas le bonheur ? Le vrai bonheur ?

- Non, monsieur.' Jacques-Christian avala son Pernod d'un trait. 'Je suis au régime.' " (page 36)

 

 


 

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 11:07

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La laïcité, jusqu'à il y a quelques années, cela correspondait à une notion assez consensuelle, dans la catégorie des "acquis du vivre ensemble en France" (même si nous n'avons aucun monopole sur le sujet, ni même de rôle de précurseurs). Mais depuis peu, parce qu'il se retrouve de plus en plus dans la bouche des idéologues d'une droite populiste et intolérante et d'une extrême droite toute aussi haineuse, le mot peut susciter un malaise. C'est sur ce constat, que des observateurs comme vous et moi pouvons faire, que Jean Baubérot consacre cet ouvrage.

 

L'auteur a été le premier titulaire de la chaire "Histoire et sociologie de la laïcité" dans le monde universitaire français. Scientifique donc, c'est avec un objectif citoyen, militant même, qu'il (re-)prend la parole. Avec les outils de l'histoire et de la sociologie, il étudie ce qui est à l'oeuvre dans ce glissement du concept de laïcité dans le débat public.

 

Laïcité/séparation des Eglises et de l'Etat, liberté de conscience, liberté d'exercice du culte, sécularisation... Il est déjà difficile de ne pas prendre une de ses notions pour une autre. Du coup, quand on est prêt à manipuler (que ce soit pour inclure ou exclure), on peut proposer de beaux raccourcis comme: un certain islam (bien sûr, c'est lui qui est visé) prône le port du voile, c'est une atteinte au droit des femmes, donc aux droits de l'Homme. Au nom des acquis de la République, certaines expressions religieuses deviennent moins laïques-compatibles que d'autres.

 

C'est du moins ce postulat que nous cherchons à analyser, avec quelques camarades de l'Institut protestant de théologie, dans le cadre d'un séminaire bidisciplinaire Ancien Testament et Ethique (séminaire ayant pour titre "Eloge des colonies"). Nous allons décliner différentes facettes de l'articulation entre différence(s) religieuse(s) et pacte social ou "vivre ensemble".

 

L'ouvrage de Baubérot entre pleinement dans la réflexion. Dans sa dernière partie, il esquisse des propositions pour redonner à la laïcité son sens premier... Je ne suis personnellement pas très optimiste sur le sujet, tant le glissement vers une laïcité prétexte d'exclusion est facile, alors que le mouvement inverse va à l'encontre des logiques politiques, médiatiques (notamment), sociales... A suivre.

 


 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 23:26

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Vikram Seth est l'auteur d' Un garçon convenable, grande fresque qui nous plongeait dans l'exotisme de l'Inde. C'est donc avec un peu de surprise - une légère appréhension peut-être - que l'on aborde ce roman dans l'univers de la musique classique européenne, entre Londres, Vienne et Venise. Le style rassure vite, ça se lit comme Ian McEwan par exemple: pas d'effets alambiqués, mais une intrigue qui progresse méthodiquement, avec efficacité. Les chapitres sont courts, ce qui donne une certaine dynamique à la lecture.

 

Michael est violoniste dans le Quatuor Maggiore, basé à Londres. Un jour, dans le bus qui croise le sien, il aperçoit Julia, la "femme de sa vie", perdue de vue depuis dix ans et leur séjour commun - autour de la musique - à Vienne. S'ensuit évidemment une volonté de retrouvailles. Condamnée à l'échec ? Parallèlement à cette quête, le quatuor vit - et le texte de Vikram Seth nous fait découvrir, ou au moins approcher, ce que cela signifie dans une formation musicale. Concerts, propositions de tournées, d'enregistrements, recherches de partitions, d'instruments... Un univers particulier, où l'humain, artiste, se met en danger dans une fascination pour le sublime.

 

La relation entre Michael et Julia, et celle que chacun d'eux entretient avec la musique, constituent donc le noeud du roman. Il m'a beaucoup ému, et me démontre que Vikram Seth a plusieurs cordes à son violon.

 


 

 

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 14:32

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Ni vraiment pour les cours, ni vraiment sans lien avec eux... Moi, Paul ! est écrit par François Vouga, professeur de Nouveau Testament en Allemagne, qui a animé le 23 novembre dernier une journée d'études à l'Institut protestant de théologie de Paris, journée très intéressante sur le thème de "Parler de la Croix aujourd'hui". L'apôtre Paul est une figure incontournable du Nouveau Testament (plus de la moitié du Testament lui est attribuée); sa vie constituerait un beau scénario de série télé alors que sa réflexion théologique, radicale à l'image de l'Evangile, est pointue, à travers des argumentations complexes. Un personnage passionné, une pensée exigeante...

 

François Vouga s'est mis dans la peau de Paul. Il a écrit ce qui pourrait être ses confessions, en tous cas un retour sur sa vie, ses choix, etc, au moment où l'apôtre s'apprête à entamer son voyage pour l'Espagne via Rome, voyage pendant lequel l'histoire (version "discipline scientifique") perd sa trace. L'auteur s'appuie et cite les textes d'historiens et les écrits pauliniens (on reconnaît des morceaux d'épîtres qu'on a étudié), ce qui donne un style un peu hybride, à la fois familier et surprenant.

 

Cette "mise en roman" qui "vulgarise" l'état de la recherche historique et exégétique sur Paul m'a paru nettement plus réussie que la même initiative de Gerd Theissen concernant Jésus (L'ombre du Galiléen lue l'an dernier). C'est sûrement du en grande partie à un style littéraire et à un contexte idéologique plus proches du lecteur contemporain, car le livre de François Vouga date de 2005, et non des années post-68. Bien entendu quelques anachronismes sont disséminés (Paul, parlant de sa conversion, imagine que des peintres pourraient donner un côté très spectaculaire à l'événement...; le mot "psychologie" apparaît alors qu'il est assez probable que la notion n'apparaisse que quelques quinze siècles plus tard). Il faut aussi entrer dans le raisonnement en "spirale", avec de très nombreuses répétitions qui donnent l'impression de ne pas progresser; le texte se construit par touches successives. Il gagnerait sûrement à être entendu plutôt que lu... ce qui est d'ailleurs important: la Bonne Nouvelle est une parole vivante, pas un enchaînement figé de lettres écrites...

 

Moi, Paul ! propose un nouvel accès à un monument de la foi chrétienne, mettant en exergue quelques options ancrées dans le débat d'aujourd'hui. Notamment le refus d'assimiler le christianisme à une religion (avec le système qui va derrière), ou encore des précisions d'intention quant au discours de la soumission aux autorités, mais aussi le fait de nuancer l'image d'un apôtre souvent perçu comme difficile à supporter: s'il suscite des résistances, s'il est provocant, c'est malgré lui. Pour Vouga, l'authenticité de l'engagement de Paul le pousse à sacrifier le compromis ou la diplomatie. On s'interroge alors; la radicalité de la foi chrétienne est-elle assumable aujourd'hui (ne risque-t-on pas de l'édulcorer, ou de chercher à excuser une façon d'être qui détonne) ? Paul n'a rien perdu de son actualité...

 


 

Pour en savoir plus:

  • L'auteur n'a pas de notice Wikipedia, ni en français, ni en anglais, ni en allemand... :(
  • Site éditeur
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