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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 16:41

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Le magicien Garcin m'a à nouveau conquis, enthousiasmé, ravi. Dans le prolongement de  Aux bords du lac Baïkal, lui et son double, Chen Wanglin, nous transportent au cours d'un fleuve immense (le 7ème plus long du monde, 4400 kilomètres, pour en savoir plus merci Wikipedia), lui-même perdu dans le gigantisme de ces déserts russes très à l'est de l'Oural.

Des chapitres savoureux nous font partager les états d'âmes de quelques animaux pittoresques qui vivent dans le fleuve lui-même, ou à proximité immédiate. On retrouve quelques personnages des Bords du lac Baïkal, comme l'aigle Lelio Lodoli, mais aussi des esturgeons, des loups, un renard, une éphémère, des lièvres arctiques, tous au caractère bien trempé, et bien sûr l'Esprit du fleuve, Goritsa, capable de prendre (plus ou moins) n'importe quelle apparence vivante aux environs du long cours d'eau. Un fil conducteur réunit les chapitres: celui d'un morceau de bois avec deux extrêmités ressemblant à des oreilles de lapin. Chaque animal héros du récit voit sa vie influencée par son interaction avec ce simple morceau de bois.

 

La poésie et l'humour se glissent dans chaque nom, dans chaque phrase. Comme beaucoup des narrateurs de ce roman l'indiquent, la distinction entre rêve et réalité n'est valable que chez les êtres humains. Et encore. Christian Garcin nous rappelle à nouveau que le réel n'exclut pas l'imaginaire. Au contraire, et c'est grâce à ces histoires pour enfants que les adultes peuvent un peu mieux supporter le monde, du moins c'est ma conviction. Les pages de Christian Garcin font se déployer magnifiquement les ressources de la langue française et constituent des plaidoyers discrets mais efficaces pour ré-enchanter nos quotidiens.

 

"Lioubomira se déplaça de quelques mètres sur sa droite, afin de faireface à cet oiseau arrogant et, apparemment, un peu fêlé. Elle ne saisissait pas tout ce qu'il racontait, mais elle se disait qu'il n'avait finalement pas l'air très dangereux. Ivan, Dimitri et Aliocha la suivirent de très près, abandonnant derrière eux le bout de bois lapiniforme auquel ils ne pensaient déjà plus, ayant épuisé toutes les possibilités de jeux qu'il offrait. Ils étaient très intrigués, car ils ne comprenaient, mais alors, strictement rien aux propos de cet oiseau.
- Ecoute, Machin Boboli, dit Lioubomira d'un ton conciliant, si tu ne veux pas qu'il t'arrive des ennuis, je te conseille de partir d'ici très vite. Alors, vois-tu, tu peux faire ça au présent ou à l'imparfait, comme tu veux. Même au passé simple. Pour moi, et dans ce cas précis, je préfère utiliser l'impératif présent: envole-toi, et va poser tes plumes ailleurs. J'espère avoir été assez claire." (page 23)

 

"Car Mitrofane Stakhanov, outre qu'il était prévoyant, organisé et travailleur, était aussi extrêmement curieux, comme le sont tous les écureuils.
Il ralentit donc sa course, revint en arrière et s'approcha de la rive. Une dizaine d'esturgeons se trouvaient là, clapotant à la surface, qui ne cessaient de récriminer, gémir, râler, grogner et se plaindre du traitement qu'ils avaient subi.
- C'est tout de même un monde, disait l'un, vous vous rendez compte, nous arracher de l'eau comme ça, nous garder dans une cuvette entassés les uns sur les autres et puis nous relâcher n'importe où ! Non, mais je vous jure que des fois ! Franchement !
- Et puis ce machin qu'il nous a mis sous la nageoire, renchérissait un autre, impossible de l'enlever en plus, non, vous avouerez quand même, il y a des moments, on se demande où va le monde !" (pages 48-49)

 

"En effet, Pamphile Strogonov, le plus puissant des boeufs musqués du sud du Grand Delta, était éperdument amoureux d'Oksana Karpovna, la plus jolie de toutes les femelles du troupeau, la seule en tous cas à lui faire tourner la tête. Oksana Karpovna était douce. Oksana Karpovna était belle. Oksana Karpovna était élégante, avec ses cornes joliment recourbées, ses sabots fins et luisants, ses longs poils gris qui lui faisaient comme une houppelande, et ses grands yeux bordés de longs cils ébouriffés.
Bien entendu, tout cela, Pamphile Strogonov ne lui disait pas, car il avait sa fierté. Et puis surtout, il était timide: aussi timide que puissant, et aussi maladroit qu'ombrageux, si bien que dès qu'Oksana Karpovna arrivait il lui tournait le dos comme s'il ne l'avait pas vue, ce qui la rendait triste car elle-même n'était pas indifférente à la force, la fourrure, la carrure et la puissance phénoménale de Pamphile." (page 120)

 


 

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 22:32

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Suite, et fin, du cycle de Spin, publiée en VO en 2011 et en français chez Denoël depuis la fin de cet été; c'est donc une nouveauté. Troisième opus, et troisième série de personnages, avec bien entendu des passerelles avec les précédents tomes. Ici, Turk Findley et Isaac Dvali (apparus dans  Axis) ont fait un bond de 10000 ans dans le futur après avoir franchi un "arc" reliant deux mondes, ces arcs mis en place par les Hypothétiques avec le Spin (le Spin est un filtre qui enveloppe la Terre, ralentissant les effets du temps et de l'agonie du soleil sur la planète, permettant de prolonger la survie de l'espèce humaine). Ils se retrouvent sur Vox, où une partie de l'humanité vit, une humanité particulière puisqu'après mise en place d'un implant sur chaque être, les femmes et les hommes interagissent comme une entité collective. Cela a des conséquences heureuses pour la compréhension et la régulation du groupe, mais bien sûr c'est quand même une privation de liberté, qui ne satisfait pas tout le monde...

 

Vortex reprend une ficelle efficace de la narration moderne, en proposant deux récits en parallèle. Outre celui de Turk Findley, Treya/Allison et Isaac sur Vox, nous sommes aussi sur Terre, à l'époque du Spin, c'est-à-dire avec un climat affecté par les événements. Nous suivons une médecin et un policier, amenés à prendre en charge un jeune homme, Orrin, qui semble intéresser beaucoup de monde. Il détient notamment des carnets parlant d'un certain Turk Findley, contrebandier notoire... Orrin les a-t-il écrit, comme il le prétend, mais contrairement à toute vraisemblance ? Est-il malade, ou a-t-il accès à des informations sensibles ?

 

J'ai préféré Vortex au deuxième épisode, Axis, et autant apprécié le troisième que le premier. Probablement parce qu'une partie du récit se déroule aussi sur Terre. Et aussi du fait de quelques éléments de réponse sur le Spin et les Hypothétiques, même si tout n'est pas dit, et tout n'est pas dit clairement ! Mais l'ensemble du cycle est cohérent, bien mené, bien articulé, plaisant à lire. L'auteur a à la fois développé un monde bien particulier, suffisamment complexe pour entraîner le lecteur, et réussi à ne pas disperser son intrigue.

 

"Sandra ne reconnut pas le flic qui l'avait conduit là, ce n'était pas un des habitués. Rien d'étonnant en soi: amener au centre d'admission du Texas State Care des mineurs appréhendés ne figurait pas parmi les tâches les plus nobles aux yeux des policiers de Houston. Curieusement, celui-ci semblait pourtant prendre un intérêt personnel à sa mission. Il n'inspirait aucun mouvement de recul au garçon, qui restait au contraire tout près de lui, comme pour rechercher sa protection. Une main fermement posée sur l'épaule d'Orrin, l'agent dit quelques mots que Sandra n'entendit pas, mais qui parurent apaiser les angoisses du garçon." (page 8)

 

"Elle aurait aimé rester très longtemps au lit - et sans doute le pouvait-elle, étant dans les faits (bien que de manière encore officieuse) au chômage et n'ayant nulle part où aller... Un réflexe calviniste lui fit toutefois prendre sa montre sur la table de chevet. Midi, un peu passé. La moitié de la journée perdue. Scandaleux." (page 216)

 

"Je voyais qu'elle ne me croyait pas.
"Qu'avez-vous l'intention de faire, alors ? Vagabonder pour l'éternité dans la galaxie ?"
Comme une bouteille à la mer.
"Il y a longtemps, ai-je dit, parmi les nombreux livres que possédait mon père, j'ai lu ceux d'un certain Rabelais. Quand il a appris qu'il mourait, Rabelais a dit: Je m'en vais chercher un grand peut-être."
Je lui ai traduit la phrase.
"Mais il n'a trouvé que la mort."
J'ai souri. "Peut-être."
Elle a souri à son tour, mais je pense qu'elle avait pitié de moi.
J'ai fait mes adieux à Allison et à Turk. Allison m'a supplié d'accepter la proposition de l'ambassadrice, et de rester, incarné ou non. Elle a pleuré quand j'ai refusé, mais je me suis montré inflexible. Je ne voulais pas d'une autre incarnation. Je n'avais ni cherché ni voulu l'actuelle." (page 330)

 

 

 


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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 11:08

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Vincent Delecroix m'avait laissé une très bonne impression de première lecture après Ce qui est perdu. Impression confirmée après La chaussure sur le toit, qui se lit très simplement. Paris, près de la Gare du Nord. Les gens vivent un peu les uns sur les autres. Du coup, quand une chaussure apparaît, seule, sur un toit, chacun se prend à imaginer l'histoire de cet objet insolite. Le livre pourrait donc être un recueil de nouvelles, car à chaque chapitre on a un nouveau narrateur... mais bien sûr les personnages des différentes histoires se croisent par moment. C'est la simplicité, l'artifice aussi, de cette littérature qui perçoit dans nos quotidiens métropolitains le charme des coïncidences...

 

Parmi les hypothèses des narrateurs de La chaussure sur le toit: une petite fille qui pense avoir vu un ange perdre un soulier; des malfrats en cavale; un geste de colère à l'encontre d'un chien par un artiste en chagrin d'amour... Mes récits préférés sont celui de la petite fille, et celui d'une vieille dame qui harcèle les pompiers pour qu'ils retirent le déchet de son champ de vision. Et cette façon de montrer qu'à travers des itinéraires à priori étanches, il y a bien une même humanité, habitée par un sentiment assez fort de solitude, et bien un quartier animé d'une vie propre. Encore une fois, un texte simple et très plaisant !

 

Récit d'un animateur d'une émission télé, qui reçoit un philosophe à succès. "Ayant mis au point, à l'avance, le jeu des questions et des réponses, je n'ai bientôt plus prêté attention à ce qu'il disait et je m'attardais davantage sur la question de savoir où il avait acheté sa chemise. (Pouvoir m'acheter de telles chemises, m'avait-il confié dernièrement au restaurant, qui assurent un succès presque immédiat auprès de filles, c'est la raison première de ma vocation philosophique, la seconde étant de vouloir libérer l'humanité des mensonges qui l'oppriment.) Lorsque, soudain, j'ai subi un choc de plein fouet. Il s'est passé quelque chose de totalement inattendu: j'ai entendu une voix." (page 52)

 

Récit de Floc, le chien. "Depuis ce jour-là, nous avons pris l'habitude, Klossowski et moi, de nous voir au moins une fois par jour. Quand il pleut, nous allons nous mettre à l'abri sous le porche de la laverien au bout de la rue, pour discuter. Je ne sais pas pourquoi, j'ai toujours bien aimé l'odeur qui s'exhale des laveries. Klossowski, lui, dit que c'est un endroit idéal pour observer la condition humain - et c'est vrai qu'on en voit défiler de toutes les sortes (en fait, surtout des femmes). Parfois, on s'amuse à deviner de quel pays elles viennent. Mais Klossowski, même s'il a beaucoup moins voyagé que moi, connaît beaucoup mieux sa géographie, alors il est bien meilleur que moi à ce jeu. Parfois aussi, ça nous rend un peu mélancoliques: sur certains visages, il est facile de voir les marques de la misère, de la lassitude, surtout, qu'engendre la misère, de la nostalgie aussi. Ces femmes à l'air si fatigué, avec leur montagne de linge, de quoi habiller quatre, cinq, six enfants chacune. Ca peut être très gai, quand même, parce que ça jacasse beaucoup, là-dedans. Ca rit souvent, des rires qui nous mettent le sourire aux babines, à Klossowski et à moi. Elles ont l'habitude de nous voir là, souvent elles nous saluent, quelquefois même elles nous donnent des gâteaux ou des sucreries (je raffole des pâtisseries arabes, mais on n'en a pas souvent et ça colle aux crocs." (pages 142-143)

 

Récit de la vieille dame, à propos d'une visite de son petit-neveu. "D'ailleurs, j'ai bien fini par les utiliser, ces numéros. Il me regarde avec un air de reproche, comme si je me moquais de lui: sauf que tu n'as pas appelé le bon. Je soupire. Pas le bon, pas le bon, est-ce que je sais, moi, qui est spécialiste des chaussures sur le toit ? Tu l'as dit toi-même: il n'y a pas de métier pour ça. Il reprend un biscuit: oui, enfin, tout de même, les pomiers, ce n'est pas franchement une bonne idée.
Je fais semblant de m'indigner, mais ça m'amuse de le voir contrarié comme ça, je ne sais pas pourquoi. Je dois avoir un fonds de méchanceté. C'est ce que je dis toujours à M. Khader, je lui dis: il est devenu un peu fade, avec son petit pavillon, sa petite voiture, sa petite femme. Dans ces cas-là, M. Khader me dit: croyez-moi, c'est déjà énorme, les gens dévoués comme ça, qui ont un bon fonds, ça ne se trouve plus beaucoup. Maintenant, même les enfants n'ont plus de respect pour leurs parents. M. Khader est un peu réactionnaire.
Je prends un air surpris: et pourquoi pas les pompiers ? Après tout, ils se déplacent bien pour aller récupérer les chats des mamies. C'était dans le temps, ça, me dit mon neveu, maintenant ils ne se déplacent plus. Je baisse la tête: oui, je sais, c'est ce qu'ils m'ont dit." (pages 168-169) 

 


 

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 17:19

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C'est donc la suite de Spin, du même auteur, que j'ai relu il y a peu. Changement de lieu, on est au-delà de l'Arc que franchissent les héros à la fin de Spin, justement. Sur un nouveau continent - Equatoria -, une autre planète, où des êtres humains s'installent. Pas un Eldorado, plutôt un Far West même si les Nations Unies essaient de donner un semblant d'organisation à Port Magellan, la capitale. Alors que la Terre est en mauvais état, que quelques technologies développées en temps accéléré sur Mars (notamment une prolongation de l'espérance de vie, en devenant ce qu'on appelle un "Quatrième Âge") font l'objet de combats (des agences gouvernementales luttent contre la prolifération, alors que des groupuscules clandestins cherchent à s'en servir), l'humanité n'a pas beaucoup avancé sur cette entité qui agit autour de la Terre, de Mars, et de ce nouveau monde. Cette entité, les Hypothétiques, est-elle animé par une volonté ? Comment entre-t-elle en relation avec certains individus ? Et à quel prix ?

 

Entre survie face à un monde hostile et des phénomènes toujours plus déroutants, et quête quasi-mystique, les différents personnages (on fait allusion aux principaux de Spin, mais seule Diane se retrouve vraiment dans cet opus) évoluent sur Equatoria... mais ce n'est que tardivement dans le livre que l'on saisit ce qui les réunit. J'aurais bien aimé que le rythme assez prenant des 150 dernières pages commence un peu plus tôt... Robert Charles Wilson prend son temps pour déployer l'univers assez intéressant qu'il a imaginé, ce qui annonce une certaine ambition. Il paraît d'ailleurs qu'il y a au moins un autre titre à la saga: Vortex. A suivre donc...

 

"Et plus loin dans le texte, ceci:

Nous sommes comme un patient qui sort d'un coma aussi long que la vie d'une étoile. Ce dont nous ne pouvons nous souvenir, nous devons le redécouvrir.

Elle souligna ce passage deux fois. Elle aurait voulu pouvoir l'envoyer à sa mère, l'imprimer sur un étendard pour l'agiter sous le nez de Brian. C'était tout ce qu'elle avait toujours voulu leur dire: une réponse à leurs silences affectés, à l'élision presque chirurgicale de Robert Adams de la vie de ses survivants, aux expressions cette-pauvre-Lise légèrement inquiètes sur leurs visages chaque fois qu'elle tenait à parler de son père disparu. C'était comme si Robert Adams venait de sortir de l'obscurité pour lui murmurer un mot de réconfort. Ce dont nous ne pouvons nous souvenir, nous devons le redécouvrir."

(pages 148-149)

 

"Au dîner, Isaac remarqua que, lorsqu'ils discutaient de la chute de cendres ou de ses origines, les adultes avaient tendance à poser leurs questions à Sulean Moï. Cela le surprit, car il supposait depuis des années que les gens avec lesquels il vivait savaient à peu près tout.

Ils en savaient indubitablement bien davantage que les personnes ordinaires. Il ne pouvait l'exprimer par expérience directe, n'ayant jamais connu la moindre personne ordinaire, mais il en avait vu sur les vidéos et croisé dans ses lectures. Les gens ordinaires avaient rarement des sujets de conversation intéressants et s'infligeaient souvent des souffrances brutales les uns aux autres. Ici, dans la colonie, si les discussions étaient parfois très animées, jamais les différends ne faisaient couleur de sang. Tout le monde était sage (ou en avait l'air), tout le monde restait calme (ou s'efforçait d'en donner l'impression), et tout le monde, à part Isaac, était vieux."

(page 156)

 

"Il entrouvrit la porte de deux ou trois centimètres, et comme rien ne se précipitait pour entrer, il risqua un coup d'oeil à l'extérieur.

De l'air frais lui effleura le visage. La puanteur sulfurique de la chute de cendres avait disparu. Les cendres aussi. Elles s'étaient entièrement transformées en forêt technicolor. Comparées à cela, les pousses vues à Bustee avaient été des jonquilles en train de fâner dans un vent froid. Ceci était le coeur de l'été. Une sorte d'Eden des Hypothétiques.

Il ouvrit la porte tout grand et attendit. Lise et le Dr Dvali se bousculèrent derrière lui.

Les cendres étaient devenues une forêt de tiges portant des fruits globuleux au lieu de feuilles. Ces tiges, de plusieurs couleurs parmi lesquelles dominait toutefois un bleu cyanose, montaient à huit ou neuf mètres, à intervalles si resserrés qu'on ne pourrait passer entre elles que de profil. La taille des globes formant la cime allait de celle d'un bocal à poisson rouge ou d'un ballon de plage à quelque chose dans lequel un homme pourrait entrer se tenir debout sans se cogner la tête. Ils se pressaient les uns contre les autres, fléchissant légèrement aux endroits où ils entraient en contact, pour former une masse presque solide, mais translucide. Le soleil brillait à travers, faible et d'une iridescence mouvante."

(page 428)

 


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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 22:23

spin.jpgC'est un peu par hasard, en léger manque de science-fiction, que je suis tombé récemment au détour d'un rayonnage de librairie, sur un bandeau indiquant "La suite de Spin". Et la mémoire m'est revenue. Enfin, avant d'attaquer cette suite, je me suis replongé dans Spin, justement, les années ayant passé.

 

Je trouve l'idée de base toujours aussi bonne. Un jour (une nuit), l'humanité découvre qu'en quelques instants, les étoiles a disparu, et le soleil dans le ciel n'est pas le vrai soleil... Une gigantesque bulle entoure la planète Terre, et au-delà de cette bulle, le temps passe beaucoup plus vite; en une journée terrestre, des millions d'années solaires s'écoulent, et notre astre vieillit... Cette bulle, ce Spin, d'où vient-il ? Pourquoi ? Les nouvelles religions, les autorités, la science tâtonnent. Même un voyageur du futur (de Mars, terraformée), ne fournit pas d'explications satisfaisantes. En sursis, l'humanité panique à chaque phénomène inédit pendant que quelques uns prospèrent, comme d'habitude. Adolescents au moment où le Spin apparaît, Tyler et ses amis Diane et Jason incarnent différentes facettes de la réaction des terriens...

 

Maintenant heureux d'attaquer Axis, titre de cette fameuse suite !

 

"J'avais lu un jour un détail intéressant dans un livre sur le premier alunissage de l'homme, en 1969. A l'époque, affirmait le livre, certains des hommes et des femmes parmi les plus âgés, ceux nés au dix-neuvième siècle et assez vieux pour se rappeler le monde d'avant les automobiles et la télévision avaient eu du mal à y croire. Des mots qui dans leur enfance auraient relevé du conte de fées ("deux hommes ont marché sur la lune ce soir") étaient prononcés comme une déclaration de fait. Et ils ne pouvaient l'accepter. Cela dépassait leur sens du raisonnable et de l'absurde.
Maintenant, c'était mon tour.
Nous allons terraformer et coloniser Mars, avait dit mon ami Jason, et il ne souffrait pas de délire... du moins, pas plus que les dizaines de personnes intelligentes et puissantes qui semblaient partager sa conviction. C'était donc tout à fait sérieux, ce devait même être, à un niveau bureaucratique, un travail en cours. " (page 88)

 

"Elle voulait dire en fait qu'elle appartenait à un vague groupe de copines qui se transmettaient les noms d'hommes plus âgés (présentables, en général mariés) prêts à rémunérer généreusement une relation sexuelle mais terrifiés par la prostitution de rue. Giselle m'avait raconté cela avec les épaules redressées et une expression de défi, au cas où j'aurais été choqué ou dégoûté. Je ne l'avais pas été. Nous vivions les années Spin, après tout. Les gens de l'âge de Giselle suivaient leurs propres règles, pour le meilleur ou pour le pire, et les gens comme moi s'abstenaient de porter un jugement." (pages 127-128)

 

"(Jason, à son père E.D.:) Nous avons effectué le travail que nous avions besoin d'effectuer.
- Tu peux affirmer cela sans broncher ? A moi ?
- Je l'affirme parce que je le crois vrai.
- Cela n'a donc pas d'importance que j'aie passé ma vie à construire ce que tu viens de démolir ?
- De l'importance ? Jason y a réfléchi comme si E.D. avait posé une véritable question. En fin de compte, non, je ne crois pas.
- Mon Dieu, mais que t'est-il arrivé ? Quand on fait une erreur de cette importance...
- Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une erreur.
- ... il faudrait en assumer la responsabilité.
- Je crois l'avoir fait.
- Parce qu'en cas d'échec, c'est à toi qu'ils vont le reprocher.
- J'en suis conscient.
- C'est toi qu'ils vont mettre sur le bûcher.
- Si on en arrive là.
- Je ne peux pas te protéger, a dit E.D.
- Tu ne l'as jamais pu, a répondu Jason." (page 403)

 


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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 13:43

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"L'Ancien Testament pour les nuls" ? On y pense naturellement avec un tel titre... Alors oui, il s'agit d'un texte avec une certaine volonté de vulgarisation de nombreuses recherches scientifiques, dont on nous évite le jargon, la longueur, l'aridité. Mais pas complètement, dans le sens où il faut quand même bien connaître l'Ancien Testament pour que la lecture de l'ouvrage de Jean-Louis Ska soit fluide, sans avoir à consulter une Bible à chaque paragraphe.

 

Cet entre-deux est d'ailleurs cause d'un scepticisme, d'une certaine méfiance. En effet, l'auteur utilise parfois un argument d'autorité qui n'est pas convaincant. Il affirme assez souvent, et de façon bien trop catégorique, que derrière tel texte de l'Ancien Testament, le rédacteur de ce même texte avait telle intention bien particulière... De même, Jean-Louis Ska omet d'expliciter la chronologie de rédaction de l'Ancien Testament qui lui permet de faire des hypothèses tirer des conclusions. Cela donne l'impression d'avoir ceci: "Ce livre biblique a été rédigé par Untel, mais on voit bien que le chapitre x a été amendé par Unautre, avec l'apparition d'un motif particulier, qu'on retrouve chez telle civilisation à telle époque, et qui montre telle préoccupation." Ca me semble parfois un peu présomptueux, malgré le sérieux et la crédibilité de Jean-Louis Ska, jésuite, professeur d'Ancien Testament (je pense que les arguments éludés par souci de lisibilité sont solides, mais leur efficacité est très amoindrie par cette hybridation de vulgarisation). En particulier après la campagne de fouilles à Azéka (mais même sans cette expérience), je pense que l'Ancien Testament appelle à une grande humilité face à sa composition, ses significations, etc. Et au fond, c'est l'oubli (apparent) de cette humilité que je reproche le plus à Ska.

 

Voilà pour les réserves, assez significatives donc, même si la lecture de L'Ancien Testament expliqué à ceux qui n'y comprennent rien ou presque est très enrichissante car elle ouvre en quelques pages des horizons immenses de réflexion à partir des travaux de recherche les plus récents dans le courant historico-critique. Il y a un certain nombres de passages de l'Ancien Testament ultra connus qui ont pris à mes yeux un nouvel éclairage, des perspectives assez différentes de ce que j'y lisais d'habitude. Des choses qui paraissent évidentes une fois observées (je pense par exemple à la dimension liturgique du "récit" de la chute de Jéricho, en Josué 6), mais qui m'avaient échappé jusqu'à présent. Ces changements de perspectives sont assurément tout à fait intéressants.

 


 

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 21:32

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Il n'y a pas qu'à l'école qu'on peut lire de grands classiques. Les liaisons dangereuses, j'en ai beaucoup entendu parler, beaucoup me l'ont conseillé, et je ne regrette pas m'être plongé dans ce texte de 1782, qui ne ressemble pas beaucoup à ce qu'on peut lire (écrire) de nos jours. Pour faire simple, il s'agit d'un roman écrit sous forme de lettres échangées entre une série de personnages, autour d'histoires de coeur et de stratégies de séduction. La jeune Cécile de Volanges attend d'être mariée; le tout aussi jeune Danceny s'intéresse à elle; la présidente de Tourvel vit dans la fidélité à son mari, attachée à la vertu et à la religion; elle est très liée à la mère de Cécile. Le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil, eux, sont deux amis qui s'amusent à séduire les uns et les autres, en particulier les plus résistants, et à les humilier ensuite en place publique. Ils se retrouvent à se mêler des affaires de Cécile de Volanges et de Danceny, notamment. Voilà pour l'intrigue.

 

Plusieurs motifs d'étonnement, certains anecdotiques: la transmission du courrier n'allait pas moins vite plus lentement au dix-huitième qu'au vingt-et-unième siècle (ce qui est un peu inquiétant pour notre service postal...), d'autres plus importants: d'abord, la psychologie des personnages est extrêmement moderne, que ce soit dans leur façon de penser, que dans la façon dont cela nous est proposé (sans les images, c'est quand même un peu de la télé-réalité - ce qui, là encore, n'est pas à l'avantage de notre époque); ensuite, qu'est-ce qu'on a perdu aujourd'hui en maîtrise de la langue pour s'exprimer ! Bien sûr il s'agit d'une oeuvre littéraire, mais le contraste est saisissant. Dernier étonnement, quelques pépites, au détour d'une lettre, qui auraient de quoi lancer des débats sans fin sur les questions hommes/femmes et de genre (voir l'extrait de la Lettre 130 ci-dessous, par exemple).

 

J'ai donc beaucoup apprécié cette lecture... Quelques extraits:

 

(Lettre 21, du Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil)
"Cependant j’arrive au village ; je vois de la rumeur ; je m’avance ; j’interroge ; on me raconte le fait.  Je fais venir le collecteur ; et, cédant à ma généreuse compassion, je paie noblement cinquante-six livres, pour lesquelles on réduisait cinq personnes à la paille et au désespoir. Après cette action si simple, vous n’imaginez pas quel chœur de bénédictions retentit autour de moi de la part des assistants ! Quelles larmes de reconnaissance coulaient des yeux du vieux chef de cette famille, et embellissaient cette figure de patriarche, qu’un moment auparavant l’empreinte farouche du désespoir rendait vraiment hideuse ! J’examinais ce spectacle lorsqu’un autre paysan, plus jeune, conduisant par la main une femme et deux enfants, et s’avançant vers moi à pas précipités, leur dit : « Tombons tous aux pieds de cette image de Dieu » ; et dans le même instant, j’ai été entouré de cette famille, prosternée à mes genoux. J’avouerai ma faiblesse ; mes yeux se sont mouillés de larmes, et j’ai senti en moi un mouvement involontaire, mais délicieux. Je serais tenté de croire qu’il y a vraiment du plaisir à faire du bien et qu’après tout ce que nous appellons les gens vertueux, n’ont pas tant de mérite qu’on se plaît à nous le dire. Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé juste de leur payer pour mon compte le plaisir qu’ils venaient de me faire. J’avais pris dix louis sur moi ; je les leur ai donnés. Ici ont recommencé les remerciements, mais ils n’avaient plus ce même degré de pathétique : le nécessaire avait produit le grand, le véritable effet ; le reste  n’était qu’une simple expression de reconnaissance et d’étonnement pour des dons superflus.
Cependant, au milieu des bénédictions bavardes de cette famille, je ne ressemblais pas mal au héros d’un drame, dans la scène du dénouement. Vous remarquerez que, dans cette foule, était surtout le fidèle espion. Mon but était rempli : je me dégageai d’eux tous, et regagnai le château. Tout calculé, je me félicite de mon invention. Cette femme vaut bien dix louis et l’ayant payée d’avance, j’aurai le droit d’en disposer à ma fantaisie, sans avoir de reproches à me faire.
J’oubliais de vous dire que pour mettre tout à profit, j’ai demandé à ces bonnes gens de prier Dieu pour le succès de mes projets. Vous allez voir si déjà leurs prières n’ont pas été en partie exaucées."

 

(Lettre 36, du Vicomte de Valmont à la Présidente de Tourvel)
"Enfin ce jour arriva où devait commencer mon infortune ; et par une inconcevable fatalité, une action honnête en devint le signal. Oui, Madame, c’est au milieu des malheureux que j’avais secourus, que, vous livrant à cette sensibilité précieuse qui embellit la beauté même et ajoute du prix à la vertu, vous achevâtes d’égarer un cœur que déjà trop d’amour enivrait.  Vous vous rappellerez, peut-être, quelle préoccupation s’empara de moi au retour ! Hélas ! je cherchais à combattre un penchant que je sentais devenir plus forte que moi.
C’est après avoir épuisé mes forces dans ce combat trop inégal, qu’un hasard, que je n’avais pu prévoir, me fit trouver seul avec vous. Là, je succombai, je l’avoue. Mon cœur trop plein ne put retenir ses discours ni ses larmes. Mais est-ce donc un crime ? et si c’en est un, n’est-il pas assez puni par les tourments affreux auxquels je suis livré ?
Dévoré par un amour sans espoir, j’implore votre pitié et ne trouve que votre haine : sans autre bonheur que celui de vous voir, mes yeux vous cherchent malgré moi, et je tremble de rencontrer vos regards. Dans l’état cruel où vous m’avez réduit, je passe les jours à déguiser mes peines, et les nuits à m’y livrer ; tandis que vous, tranquille et paisible, vous ne connaissez ces tourments que pour les causer et vous en applaudir. Cependant c’est vous qui vous plaignez, et c’est moi qui m’excuse.
Voilà pourtant, Madame, voilà le récit fidèle de ce que vous nommez mes torts, et que peut-être il serait plus juste d’appeler mes malheurs. Un amour pur et sincère, un respect qui ne s’est jamais démenti, une soumission parfaite ; tels sont les sentiments que vous m’avez inspirés."

 

(Lettre 57, du Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil)
"En effet, si les premiers amours paraissent, en général, plus honnêtes, et comme on dit plus purs ; s’ils sont au moins plus lents dans leur marche, ce n’est pas, comme on le pense, délicatesse ou timidité : c’est que le cœur, étonné par un sentiment inconnu, s’arrête, pour ainsi dire, à chaque pas, pour jouir du charme qu’il éprouve, et que ce charme est si puissant sur un cœur neuf, qu’il l’occupe au point de lui faire oublier tout autre plaisir."

 

(Lettre 104, de la Marquise de Merteuil à Madame de Volanges)
"Nous ne sommes plus au temps de Mme de Sévigné. Le luxe absorbe tout : on le blâme, mais il faut l’imiter ; et le superflu finit par priver du nécessaire."

 

(Lettre 130, de Madame de Rosemonde à la Présidente de Tourvel)
"L’homme jouit du bonheur qu’il ressent, et la femme de celui qu’elle procure. Cette différence, si essentielle et si peu remarquée, influe pourtant, d’une manière bien sensible, sur la totalité de leur conduite respective. Le plaisir de l’un est de satisfaire ses désirs, celui de l’autre est surtout de les faire naître.  Plaire, n’est pour lui qu’un moyen de succès ; tandis que pour elle, c’est le succès lui-même. Et la coquetterie, si souvent reprochée aux femmes, n’est autre chose que l’abus de cette façon de sentir, et par là même en prouve la vérité. Enfin ce goût exclusif, qui caractérise particulièrement l’amour, n’est dans l’homme qu’une préférence, qui sert, au plus, à graduer un plaisir, qu’un autre objet affaiblirait peut-être, mais ne détruirait pas ; tandis que dans les femmes, c’est un sentiment profond, qui non seulement anéantit tout désir étranger, mais qui, plus fort que la nature, et soustrait à son empire, ne leur laisse éprouver que répugnance et dégoût, là-même où semble devoir naître la volupté."

 


 

Pour en savoir plus:


 

Bonus: une superbe chanson, où il est aussi question de lettres et d'amour, mais ce sont les seuls points communs avec ce qui précède...

 

 

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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 21:57

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Ce dimanche 12 août, ma paroisse m'a proposé d'assurer les deux cultes. L'un des textes proposés pour les lectures bibliques - et la prédication se trouve dans l'évangile selon Jean, au chapitre 6, les versets 41 à 51. Où Jésus explique qu'il est le "pain de vie" et où il dit également que "celui qui croit a la vie éternelle". C'est sur ce deuxième aspect que je vais prêcher. Parce que l'expression "vie éternelle" figure assez souvent dans des versets clés du Nouveau Testament (exemple: "Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle."), et dans d'autres textes fondateurs, comme le Symbole des Apôtres.

 

Or la notion ne va pas de soi. Même avant d'avoir connaissance de cette enquête par exemple, j'étais interrogatif, y compris en ce qui concerne ce que je crois, personnellement, sur le sujet. A la bibliothèque de la faculté de théologie, j'ai pu consulter ce livre, dont j'avais repris le titre comme titre de ma prédication, sans le savoir. Hans Küng, théologien catholique suisse contemporain, a plusieurs attraits. Catholique à la limite du protestantisme, quasi-hérétique donc (il critique quelques prises de position du théologien Ratzinger, devenu Benoit XVI après), on peut se retrouver dans sa pensée. Son livre, repris de conférences données au tout début des années 1980, est très solide, avec des références et une érudition qui impressionnent... et qui plus est, un style assez facile à lire. C'est bien simple, c'est le premier livre d'un théologien germanophone que je lis avec autant de plaisir !

 

Hans Küng part du même constat que celui qui était le mien: la notion de vie éternelle ne va pas de soi ! Avec rigueur, il va travailler sur la notion au travers des sciences bibliques, mais aussi de la littérature, de la philosophie, de la médecine, de la psychologie, de la sociologie/anthropologie... Le tour d'horizon est vaste. Il démontre avec efficacité que réincarnation et vie éternelle ne sont pas la même chose et que cette idée de réincarnation n'est pas du tout chrétienne. C'est extrêmement intéressant, ça m'ouvre de nombreuses pistes de réflexion... Le théologien catholique explique aussi pourquoi il est nécessaire non pas de prouver la vie éternelle, mais de la rendre crédible. Et la troisième partie de l'ouvrage aborde les conséquences de cette espérance qui doit demeurer.

 

Ce mini-résumé est bien maigre par rapport à la richesse de Vie éternelle ?

Donc si vous vous posez des questions sur le sujet, n'hésitez pas à le lire !

 


Pour en savoir plus

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 07:54

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La biographie de Chen Wanglin, personnage (et l'un des narrateurs) de La piste mongole, apparaît furtivement sur la page précédant les premiers mots du roman. D'ailleurs, il y a même deux-trois pages qui se retrouvent exactement dans les deux ouvrages... Christian Garcin aime les tiroirs qui en cachent toujours d'autres... Car pourquoi ce narrateur supplémentaire ? Mystère... Mais qui laisse place à l'entrée en scène - nous sommes d'abord en Chine - à... Zorro, enfin Zuo Luo, ou de son "vrai" nom Zhu Wenguang, plus justicier que détective privé. Sa mission ? La politique de l'enfant unique conduit les familles pauvres à se lamenter de mettre au monde des filles, avant de les "vendre" (les guillemets sont de trop, mais le procédé mérite d'accentuer le verbe) à leurs futurs époux. Notre héros dispose d'un relais d'informateurs qui captent des appels de détresse de ses femmes, et lui se charge de les secourir. Par des moyens légaux, parfois, mais plus souvent par ruse et par force.

 

C'est donc un roman d'aventure ? Non, pas vraiment. Plutôt une quête, entre mélancolie, humour, et fantômes intérieurs de Zhu Wenguang. Parfois, les phrases s'allongent sur plusieurs pages, quand libre cours est donné aux pensées de notre justicier. Ses amis (Bec-de-Canard), ses alliés (un chien errant de New York), ses airs d'opéras cantonais... Et ces thèmes récurrents de Garcin: la mort en ermite dans des terriers, les renards, la Chine, la Mongolie, New York, une bande-son spécifique pour chaque atmosphère, et j'en passe. Comme pour ses autres romans, on s'amuse à retrouver ici et là tel fil conducteur, tel motif (on se demande même si certains nouveaux, comme ici le hongrois, vont être repris dans d'autres textes), et à se laisser entraîner dans un univers à la frontière du merveilleux. 

 

"Les coups de pieds plurent, non pas au type, mais sur ses jambes et ses côtes, dont certaines faisaient un petit bruit sec en se cassant, et accessoirement sur son visage. A l'intérieur de son appartement la télé fredonnait en sourdine une chanson de Faye Wong." (page 45)

 

"Lorsque son cousin eut terminé, Wenguang se gratta la tête en signe d'intense perplexité. A vrai dire, il ne savait que penser de toutes ces fariboles. Certes, cela prêtait plutôt à sourire, mais il restait qu'il était le seul ici à savoir que ce que racontait Michele Chen avait un fond de vérité, que Vieux-Fang avait bien été celui qu'elle disait qu'il avait été: un vieux membre des triades qui résidait dans sa petite ville de Deyang. Plus étonnant encore, ce Vieux-Fang, qu'il avait rencontré un quart de siècle plus tôt, était assez étroitement lié à la raison de son voyage à New York. En ce qui concernait cette abracadabrante histoire de réincarnation, il y avait bien entendu la morphologie du chien, long et efflanqué, qui jurait avec celle de l'humain Vieux-Fang, quant à lui plutôt petit et rond, se disait Wenguang, mais cela ne pouvait suffire à invalider la teneur des propos de Michele Chen qui demeuraient, quelles que soient la méfiance et l'incrédulité naturelles de Wenguang, extrêmement troublants.
C'est amusant, non ? avait demandé Menfei. Ridicule, mais amusant. Mais enfin, avait-il très vite ajouté en chuchotant de crainte que les époux Chen assis à deux tables d'eux ne l'entendent, précaution parfaitement inutile vu qu'entre-temps une vingtaine de clients s'étaient assis, emplissant la salle d'un intense brouhaha, ce sont de bons cliens, très polis et généreux, et puis gentils comme tout. Bon, elle, elle est un peu bizarre, mais tout à fait charmante." (page 66)

 

"L'heure arriva, et Wenguang ne put se résoudre à lui faire sa déclaration. Après avoir longuement marché dans le petit parc qui bordait le lac Jinghu, puis le long du lac lui-même, ils s'étaient assis sur un minuscule banc, tout au bord de l'eau. Les derniers rayons du soleil soulignaient la crête dorée des vaguelettes, au-dessus desquelles des myriades d'insectes s'agitaient dans la tiédeur poudrée du jour finissant. La température de l'air était idéale: les gens vaquaient ici et là, souriants et confiants; les enfants ne hurlaient pas pour un oui ou pour un non; même les policiers semblaient sereins. Quant à Wenguang, il se réjouissait de l'exiguïté du banc, grâce à quoi Cuicui et lui étaient presque collés l'un à l'autre.
Ce jour-là, comme les autres jours, ils avaient parlé de choses et d'autres, sans que rien de très personnel n'affleurât dans la conversation. Une des caractéristiques de leurs rencontres résidait en cette capacité qu'ils avaient à ne jamais parler de rien de très important, mais à parler tout de même, surtout Cuicui, sans réticence et sans frein, et de se trouver naturellement bien ensemble, comme des amis de toujours. Cuicui l'appelait "grand frère", et lui "petite soeur", ils riaient souvent, partageaient jiaozi et friandises, se prêtaient les livres qu'ils avaient aimés, et allaient parfois au cinéma. Wenguang, incapable d'infléchir le cours de cette relation plus adolescente qu'adulte, attendait que quelque chose se passât, mais il ne savait pas quoi. Quant à Cuicui, elle semblait se satisfaire de ce type d'amitié chaleureuse et résolument chaste." (page 100)

 

"Le monsieur a fait une sorte de moue perplexe. Je ne sais pas pourquoi, c'est là que je me suis demandée comment il s'appelait. Je me suis dit que j'allais lui demander son nom. Il y a eu un long silence et puis il a dit quelque chose comme "Ca n'en finit jamais". Je lui ai demandé de quoi il parlait, il m'a dit: "Les signes, les coïncidences, les collusions de destins, tout cela n'en finit jamais." Comme je ne comprenais rien, je me suis bornée à regarder par la fenêtre où, en contrebas de la route, quelques chevaux couraient, leurs crinières flottaient, ils avaient l'air libres et heureux, c'était très beau. Je me suis tournée vers le monsieur et lui ai demandé comment il s'appelait, il m'a dit: "Zorro. - Zorro, comme Zorro ?" lui ai-je demandé. Il m'a dit: "Exactement: comme Zorro." " (page 165)

 

 


 

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 21:34

http://img.over-blog.com/292x500/0/20/25/35/e/9782264050601R1.JPGDéjà recensé il y a un peu plus de deux ans, je vais donc faire court pour cette re-lecture estivale... Le polar d'Åke Edwardson fonctionne avec autant d'efficacité que la première fois. L'auteur, lucide mais pas cynique, sait distiller les éléments de l'enquête avec talent. Entre Göteborg et Londres, quand le Mal ne cesse d'aller de l'avant, la police (les commissaires Erik Winter et Steve Macdonald) constate les dégâts. Il y est question de snuff movies (du porno avec tortures et mises à mort réelles) sur fond de racisme et de folie. A se demander parfois ce que nos sociétés ont d'humain... 

(Lecture en cours: Des femmes disparaissent, de Christian Garcin, dont je parlais déjà ici).




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