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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 22:01


Je deviens un vrai fan de Luis Sepulveda (voir ici et ). L'histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un conte pour petits et grands. Ou comment, à Hambourg, une mouette blessée par un dégazage s'échoue sur le balcon de Zorbas, chat noir; le chat assiste à l'agonie de la mouette et lui promet de veiller sur son oeuf, puis d'apprendre à voler au bébé mouette. A partir de cette situation pas banale, Zorbas va chercher de l'aide pour tenir ses engagements. Colonello et Secrétario, chats du port, l'accompagnent. Ils rencontreront Jesaitout, le chat amateur d'encyclopédie, Vent-debout, grand voyageur, des rats, et même Matias le chimpanzé.

Le récit est très attachant, empreint d'humour, de sagesse aussi. Un très beau conte, à mettre entre toutes les mains, et à lire aux chats mal élevés !



Pour en savoir plus:
L'auteur sur Wikipedia
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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 22:49


Recueil de nouvelles acheté à l'occasion du dixième anniversaire de la maison d'édition, La Dragonne, Chérie, nous allons gagner ce soir se caractérise par l'extrême brieveté des récits: de deux à sept pages. Quand on lit, comme moi, dans le métro, on peut en lire quatre ou cinq entre deux correspondances... à moins de s'interrompre entre deux stations, le temps de digérer les quelques phrases d'une nouvelle avant de passer à la suivante !

Les nouvelles de Fabien Sanchez font penser à Russell Banks. L'auteur, originaire de Montpellier, m'a conseillé, dans le même style, Dan Fante... J'essaierais, à l'occasion.
Dans les autres "rappels" que suscitent les textes de Fabien Sanchez, il y a ce qu'on appelle la "nouvelle chanson française". Des pages entières pourraient être des paroles de chansons de Vincent Delerm en particulier.
Des saynètes de la vie quotidienne, la plupart à Paris, souvent avec un personnage écrivain, entre dèche et classes moyennes, ce sont des récits qui oscillent aussi avec les "portraits de gens ordinaires" dans les médias, ou des mini-biographies dans le cadre d'un travail sociologique. Des personnages attachants même si on ne les suit que quelques instants.
Ca se lit facilement, chaque mot est pesé, sans prétention. De la belle ouvrage !

Extrait d'une des nouvelles, Le pont de Caulaincourt (en fait première moitié du texte !)

Il l'avait rencontrée la veille dans une académie de billard. La place de Clichy était son domaine. Il aimait flâner dans les cafés jusqu'à une heure avancée de la nuit. Le jour, il commençait son travail à treize heures, ce qui lui laissait le temps de récupérer.

Cela faisait près d'un an qu'il traînait ses guêtres de ce côté-là de Paris. Il n'avait pas trente ans.

Il était standardiste chez Bic. Il faisait ses courses tous les week-ends chez Ed, achetait Télérama tous les mercredis et Libération et Le Monde tous les jeudis et vendredis pour les suppléments littéraires. Il se disait qu'un jour il terminerait d'écrire son livre. Un livre sur sa femme. Ils s'étaient mariés jeunes. Il avait aimé porter l'alliance pour passer le bac. Ca vous posait un élève de terminale.

Son livre, il l'écrivait un peu tous les soirs en rentrant chez lui. C'était comme un journal de sa vie de couple qui s'était arrêtée deux ans auparavant. Depuis, il inventait. Le temps d'une heure ou deux devant son ordinateur, la vie qu'il menait avec sa femme. Il reprenait le fil de la journée, y ajoutant sa présence.

C'était une femme souriante et volontaire et sa vie à lui, réécrite de cette façon, passée à ses côtés, prenait une tournure plus gaie.

Place de Clichy il y avait le Bistro Romain, un endroit où il ne mettait jamais les pieds.

Une nuit, il s'y rendit pour manger avec cette fille rencontrée à l'académie de billard. Elle lui avait proposé de dîner avec lui là-bas.

C'était une jeune femme qui venait du Sud. Elle travaillait au Bazar de l'Hôtel de Ville. Elle n'était pas très loquace. Elle avait un côté ingénue de province et surtout une jolie allure et de beaux yeux marrons un peu tristes. Le contraire de sa femme.

Ils parlèrent de beaucoup de choses. Ils avaient peu de points communs, mais il se sentait bien avec elle. Il savait qu'il l'intriguait et se plaisait à la séduire. Elle aimait Balavoine. Ca lui rappelait son adolescence, disait-elle, les années insouciantes. Pour lui, cela avait été des années périlleuses et violentes.

Ils avaient beaucoup bu. Elle chantait Mon fils ma bataille, s'accrochant à son bras dans la rue, quand il lui proposa un dernier verre au Wepler.

(...)

 


Pour en savoir plus:
Site éditeur
Sur Wikipedia, un Fabien Sanchez cycliste, mais pas l'écrivain !

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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 18:46


Premier des ouvrages achetés lors de la soirée anniversaire des éditions la Dragonne au Comptoir des mots, au nord tes parents est paru en 2004; c'est le premier livre aussi d'Antoine Mouton.

Dans une voiture qui fait route vers "le nord" de la France, un petit garçon raconte, sans ponctuation aucune (juste des retours à la ligne et des sauts de lignes), un voyage pas comme les autres. A l'avant, ses parents. Le père est pressé, la mère malade. L'enfant ne doit pas se plaindre, ni s'attacher à qui que ce soit, aux différentes étapes.

Je ne vous en raconterais pas plus, car la trentaine de pages du livre se parcoure rapidement. En quelques dizaines de minutes, une histoire et un style particuliers... L'absence de ponctuation rend la lecture "à voix haute" très intéressante car le récit se colore différemment selon les "interprètes"; mais à la lecture, des graphies originales (Metz devient messe, Lille devient l'île, etc.) sont à découvrir. A lire et à entendre donc.



Pour en savoir plus:
Site éditeur
(rien encore sur Wikipedia...)

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 22:58


Je ne vous avais pas encore parlé de cette trilogie de SF que je trouve formidable, et que j'ai lu plus d'une dizaine de fois. La semaine dernière, nouvelle relecture, et je reste impressionné par le talent de l'auteur. Talent narratif d'abord, parce que malgré la quasi absence de suspense en ce qui me concerne, les trois tomes sont addictifs et "page-turner". Talent d'anticipation ensuite. Le postulat, il est expliqué en quatrième de couverture (et je l'avais déjà copié ici), je vous en donne le début:

"Premier janvier 2095. Les Puissances - ces grands empires industriels qui règnent sur l'économie mondiale - rassemblent leurs forces. Demain, à New York, le Sénat des Nations Unies ouvre ses portes... Une conspiration est en marche - si vaste qu'elle pourrait bien faire basculer le destin de l'humanité.

De l'autre côté de l'Atlantique, un groupe de scientifiques, d'intellectuels, de diplomates et d'espions prépare la riposte. Ils n'ont pas de nom, pas d'argent, pas de statut... Mais leur détermination est digne des utopistes de la Renaissance.

A quatre mille kilomètres de là, en plein coeur du Sahara, le jeune Chan Coray se penche sur son passé, et cherche à comprendre. Qui est-il réellement ? Pourquoi son père, qui fut un historien renommé, a-t-il été contraint de fuir l'Europe pour s'enfoncer dans le Veld - cette zone de non-droit qui s'étend peu à peu à la Terre entière ? (...)"


Pour compléter le postulat, il faut savoir que les Etats de chaque continent se sont fédérés (l'Alliance côté Amériques, l'Ethnarchie en Afrique, la Fédération européenne...); que les Nations-Unies sont devenues un vrai gouvernement mondial avec un exécutif (ça c'est la partie "sympa"), mais que ce modèle d'Etat-nation et de fédérations reposant sur un principe de souveraineté politique est concurrencé par l'Instance, la représentation des "Puissances" (les multinationales, certaines existantes sont d'ailleurs citées). L'Instance appuie sa légitimité sur... sa force de frappe économique. Et a les dents longues. Alors que les Etats-providence ont fait faillite, abandonnant 90% de la surface de la planète à la loi de la jungle, l'Instance envisage de mettre la main sur ces territoires et ces populations, qui accepteront l'esclavage en échange d'un peu de pain. Bon, je vous rassure, la saga "F.A.U.S.T." compte aussi quelques justiciers, et le pouvoir politique dispose encore de quelques (rares) cartes dans son jeu, face au "tout économique".

 

Serge Lehman, l'auteur, a écrit ces trois romans (F.A.U.S.T., Les défenseurs, Tonnerre Lointain) dans le milieu des années 90. Un quatrième tome (L'âge de chrome), annoncé, n'a jamais vu le jour, à mon grand regret. Il situe l'action un siècle plus tard, en 2095. Impressionnant, il évoque un système de communication planétaire, qui a déjà vraiment vu le jour (dans les romans, il y a fracture numérique, comme aujourd'hui). Impressionnante également donc, cette analyse de la rupture d'équilibre entre l'économique et le politique. Plus effrayant en revanche, je pense que nous nous rapprochons d'un monde aussi clivé que celui de F.A.U.S.T., et à vitesse grand V. Il ne paraît pas invraisemblable que le monde que décrit Lehman soit celui de 2040 ou de 2050... Bon, OK, avec la crise, le courageux Obama profite de pouvoir retrouvé de l'Etat (il peut sauver des entreprises) pour rappeler que l'intérêt général est d'abord représenté par un gouvernement démocratiquement élu. Mais en France, on continue, conformément à une doctrine bien assumée (on ne peut pas la taxer de surprenante) à donner toujours plus aux "forces vives du secteur privé/lucratif"...

 

Bref vous l'aurez compris, outre une intrigue bien ficelée, un romanesque rare, la série a, depuis sa publication, des résonances importantes avec notre quotidien. On se divertit en lisant, mais impossible de ne pas s'interroger aussi un petit peu ! Recommandé, donc.

 



Pour en savoir plus:
L'auteur sur Wikipedia

 

La saga était publiée chez Fleuve Noir mais ne figure plus au catalogue...

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 21:24


J'avance significativement dans la partie "cadeaux d'anniversaire" de ma pile de livres à lire. Antoine et Aurélie m'avaient offert, outre Le secret de Copernic, le deuxième livre de Dorota Maslowska (oui, le thème commun est bien la Pologne). Le premier, c'était Polococktail Party, que j'avais commenté ici. Dorota Maslowska est cette très jeune auteure polonaise très controversée par la crudité de ses textes et l'amoralité de ses personnages - rien que ça. Je n'ai jamais lu Houellebecq, mais je pense le parallèle valable...

Dans Tchatche ou crève, on retrouve ce style; trois vulgarités par ligne, des phrases qui font une demi-page, et des personnages en perdition. Des agents musicaux abjects, des artistes odieux, des flics indéfendables, vraiment, il ne fait pas bon être un personnage de Maslowska. Pourtant, on s'étonne presque de trouver ces situations très vraisemblables, et d'ailleurs probablement trop réelles pour beaucoup de monde.

En quatrième de couverture, mais aussi vers la fin du roman, le narrateur signale que le texte gagnerait à ne pas être traduit, car il ternit l'image de la Pologne. Je comprends que pour certains Polonais - un peuple assez fier de son identité et de sa moralité - le livre soit perçu comme un brûlot. Je comprends au sens de "je suis conscient de la possibilité que". Pas au sens de "j'approuve". Parce que ce portrait au vitriol pourrait être celui de tout pays occidental. Toujours plus loin dans le "gore" pour les talks-shows de la télé ? Ca me parle. Pas de la Pologne, ou pas seulement. N'est-ce pas Jean-Luc D. (et plein d'autres) ? Une police qu'on a du mal à associer avec la notion de défense du bien vivre ensemble ? Ca me parle aussi. Encore une fois, rien à voir avec la Pologne. Des destins de misère, qu'on tente de noyer dans l'alcool ? Des ghettos subis ou choisis comme les gated neighbourhoods ? Des institutions qui se battent - maladroitement - pour être comprises, telle l'Union européenne, et des gens qui s'en moquent ? Des scènes underground débordantes d'inventivité, diabolisées car marginales, mais créatives car marginalisées ? Comment peut-on penser un seul instant qu'il s'agit d'un portrait de la Pologne ?

Maslowska nous parle de nos sociétés à la dérive. Crûment. Sans se voiler la face. Pour créer un électro-choc ? Je doute que ce soit le sens caché de ces textes. Mais même si ce n'est pas l'objectif, pourquoi pas, après tout ?

Extraits de Tchatche ou crève (paru en 2005 en Pologne, il a obtenu en 2006 le prix Nike, le Goncourt polonais - quand même - et a été traduit en 2008 en français); pour information, il s'agit de phrases relativement courtes par rapport à la moyenne du livre...

MC Doris sur son vélo, rongée par l'amertume: voilà pourquoi tu as déménagé dans ce quartier de Praga, pour déposer des gerbes de regards indifférents sur les autels de la tristesse, paysages pathologiques en mouvement, comme ces lampes-tableaux où dégouline une cascade, partout seulement des parodies de rêves que font les gens, je roule et je me dis: je m'en branle, et comme un fait exprès, elle voit en bas d'un immeuble, au numéro cinq, comment, d'un souffle, le vent éthylique balaye de la rue monsieur Wojtek, son voisin, qui a l'allure d'un ver solitaire, l'estomac enroulé sur les pieds, les flux trompeurs de l'alcool le privent de sa verticalité, la terre l'appelle, les griffes cruelles de la gravitation l'emportent, les forces féroces de l'invisible se le déchirent, les divinités souterraines affamées le tiennent par les chevilles malgré ses efforts convulsifs, tel le noyé qui attrape un brin de paille, pour s'accrocher aux lampadaires, aux panneaux, aux immeubles.


[...]


Ca, elle [Katarzyna] ne le sait pas, mais moi je le sais et je vais vous dire pourquoi, telles sont les prérogatives du narrateur d'un roman dans les conventions de la mise en abyme, il est un des happy few qui connaissent les ficelles de l'histoire, entre autres le quasi-immobilisme de cette automobile qui a quitté le commissariat, à quelques pâtés de maison de là, voilà plus d'une heure, et qui roule cependant plus lentement que si elle voulait s'arrêter, voire peut-être plus lentement que si elle reculait, elle roule à une vitesse mystérieusement non-vertigineuse, et pourtant avec la sirène, alors pourquoi elle se traîne comme ça, il y a d'étranges secrets qui lui ôtent qualités de braquage et talents cinétiques.


[...]


Dans le passage ci-dessus ont été présentés des événements qui se déroulaient au passé. Dans ce texte, ont été employés des mots tels que enculer, bordel, chierie et couille, ainsi que des variantes vulgaires d'expressions relatives à l'acte sexuel ou au terme pénis. Ce côté explicite et vulgaire a pour but d'inciter à la lecture des personnes qui n'auraient, sinon, jamais tenté de lire cet ouvrage, des personnes inintelligentes voire carrément mineures, des groupes scolaires ainsi que des personnes illettrées. Cela dans le but de les amuser, cela dans le but d'être drôle. Chacun trouvera dans cette chanson quelque chose qui lui sied. Cette chanson est sponsorisée par les fonds de l'Union européenne. On peut la lire à l'aide des lettres comprises dans l'alphabet. Vous trouverez des modèles pour chacune de ces lettres sur internet, sur www.lisezmoijeraconte.pl, ou par èssemesse.

 


Pour en savoir plus
L'auteur sur Wikipedia
Site éditeur (avec les premières pages à lire, c'est génial - voici un site éditeur très bien conçu !)

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 22:47


Il y a un mois, j'étais allé voir La Cerisaie, au théâtre national de la Colline. Mais je n'avais pas tout compris: beaucoup de personnages, et aussi une volonté assumée du dramaturge de jouer le décalage... Après lecture du texte, des documents complémentaires et des commentaires sélectionnés par les traducteurs (la version Markowicz - Morvan, qui a été interprétée à la Colline), j'y vois beaucoup plus clair. Et la pièce garde toute sa fraîcheur (des enjeux très bien perçus, mais aussi un certain humour). Finalement une bonne chose d'avoir pu apprécier d'abord au théâtre, et de prolonger le plaisir avec le texte !


En savoir plus:
Tchekhov sur Wikipedia
La Cerisaie sur Wikipedia
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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 23:23


Les moments fondateurs des Etats-Unis... Deuxième livre sur le sujet après celui-ci. Je l'avais repéré via cette recension dans... Télérama (je raconterais un jour ma procédure de lecture de l'hebdomadaire), et il m'a été offert par mon père à l'occasion de mon anniversaire.

Le mythe des Pères pèlerins ? J'aurais été incapable de dire grand'chose dessus. Pourtant, il y a 391 ans, l'arrivée de la petite centaine d'exilés volontaires en "Nouvelle-Angleterre" est très clairement un moment-clé de l'histoire des Etats-Unis, et de par le poids des Etats-Unis, de notre monde.

Très bien écrit, à la manière d'une fiction comme savent si bien le faire nombre d'historiens, le livre s'intéresse aux protagonistes du Mayflower dès qu'ils sont en Angleterre, puis aux Pays-Bas. Un détour de quelques années nécessaire pour appréhender les motivations et états d'esprit de cette petite communauté. La tolérance religieuse des Pays-Bas est un danger pour l'identité du groupe, qui souhaite vivre en quasi-autarcie. Départ donc, après de multiples péripéties (une des raisons est que nos pèlerins sont tout sauf des spécialistes es expéditions, découvertes, etc.), pour une terre supposée vierge. Après une traversée périlleuse, les difficultés ne diminuent pas: où aborder ? comment survivre ? que faire avec les Indiens qui occupent apparemment aussi ce terrain ? Le récit se poursuit jusqu'aux années 1670-1680, c'est-à-dire qu'il couvre trois générations d'Européens et d'Amérindiens, qui alterneront périodes d'échanges, et guerres dévastatrices.

Très documenté, recoupant de nombreux écrits sur ces années décisives, Nathaniel Philbrick démontre avant tout que l'Histoire en marche, c'est l'histoire d'êtres humains. Comme l'école des Annales, il rappelle que ces êtres humains, ce ne sont pas seulement les dirigeants d'un pays; les "petites gens" jouent un rôle au moins aussi important quoique plus diffus. Les rapports de force au sein de et entre les groupes (différents groupes d'Européens, différentes tribus d'Amérindiens, etc.) sont scrutés attentivement. Gestes de coopération, ralliements, trahisons, massacres, injustices flagrantes... Oui, l'Histoire se construit ainsi. Les futurs Etats-Unis portaient dès le milieu du dix-septième siècle des enjeux qui ne les ont jamais quittés: importance de la religion mais laïcité de l'Etat, communautés aux identités fortes contre la nécessaire (car vitale) assimilation, équilibre entre justice et dissuasion, symbole de Thanksgiving, etc.

J'ai beaucoup aimé ce livre, et le recommande vivement à toute personne souhaitant en savoir plus sur cette période. Parce que de tels livres sont précieux pour parvenir à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Et je serais d'ailleurs curieux de savoir ce qu'en pensent des Américains !


Pour en savoir plus
L'auteur sur Wikipedia (en)
Le livre sur le site officiel de l'auteur (en)
Site éditeur
Pour mémoire, la recension de Télérama

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 18:50

Ma librairie Le Comptoir des Mots apprécie beaucoup et le fait savoir la petite maison d'édition nancéenne de La Dragonne; d'ailleurs, quelques libraires contribuent au bon fonctionnement de la maison. C'est donc tout naturellement qu'une soirée était organisée par l'équipe du Comptoir à l'occasion du dixième anniversaire de La Dragonne. Qui publie des textes courts, entre nouvelles et novelas. 65 titres au catalogue.

Ce mercredi 29 avril, l'éditeur et trois de ses auteurs nous racontent leur métier, nous lisent leurs textes, et on est émerveillés. Par les arguments qui portent ("nous devons nous adapter à l'époque, pouvoir être lus dans le métro"), par la langue (ou comment l'absence de ponctuation peut donner des couleurs différentes aux mêmes mots), par les émotions... Du coup, comme je n'avais pas laissé ma carte bancaire chez moi, j'ai succombé à la tentation, et ai acheté un livre de chacun des auteurs présents, qui ont eu la gentillesse de me les dédicacer. Recensions à venir (mais ces 200 pages de "nouveaux textes" à lire sont noyées dans ma pile qui en compte plus de 4500... donc il va me falloir le temps d'en venir à bout !).

Les livres achetés:
- au nord tes parents, d'Antoine Mouton
- Chérie, nous allons gagner ce soir, de Fabien Sanchez
- Clémence et l'acteur nu, de Benoît Fourchard

Pour en savoir plus:
- le site éditeur
- l'album photos de la soirée sur Facebook

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 18:15

J'ai déjà lu Germinal plusieurs fois. Probablement près d'une dizaine depuis le lycée. Mais la fresque d'Emile Zola continue à me fasciner, parce que, comme je le rappelais récemment, j'aime les romans qui nous font mieux comprendre une période du passé. Bien sûr, Zola écrivait sur son époque. Mais la précision documentaire de son oeuvre, de son manifeste naturaliste, fait penser à un travail scientifique de type ethnologique ou historique.

Tout a sûrement déjà été dit sur ce récit où Etienne Lantier arrive à Montsou en pleine nuit, à la recherche de moyens de subsistance. C'est la crise (tiens !), le capitalisme et la spéculation ont fragilisé l'économie réelle (tiens derechef): les industries produisent moins, donc ont besoin de moins d'énergie; au bout de la chaîne, les mines de charbon sont dans une situation précaire. Etienne parvient à se faire embaucher et se lie avec la famille Maheu, mineurs depuis des générations et pour encore quelques décennies. Au coron des Deux-Cent-Quarante, la vie est dure, les idées socialistes ou encore plus extrêmes s'expriment dans le bar de Rasseneur, auprès du russe Souvarine... mais aussi avec Etienne, qui s'insurge contre l'injustice entre quelques familles qui vivent de la mine, et quelques centaines de mineurs, qui survivent pour/malgré la mine. Une nouvelle méthode de calcul des salaires, défavorable aux plus exploités, comme d'habitude, met le feu aux poudres. La grève commence, une grève "perdant-perdant"...

La vie quotidienne des habitants du coron, la personnalité de la mine, les états d'âmes des "bourgeois", la naissance de la conscience de classe, les conditions de travail plusieurs centaines de mètres sous terre, il y a tout cela, et tellement plus encore dans Germinal, décidément un chef d'oeuvre, incontournable... dont je termine la relecture un 1er mai, tout un symbole !



Pour en savoir plus:
Emile Zola sur Wikipedia
Germinal sur Wikipedia
Lire Germinal sur Wikisources (texte intégral et gratuit)

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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 22:52


Destination le Japon. Mes parents y passent quelques jours. Moi, comme tout ce qui touche à l'Asie en général, je n'y connais rien. Mais, allez savoir pourquoi, je pense avoir moins d'incompatibilité de principe que pour la Chine. Bref, je me suis fait offrir (après une recommandation lilloise me semble-t-il), La course au mouton sauvage, de Haruki Murakami.

Soit un publicitaire tokyoïte, blasé et à la vie assez ennuyeuse. Au début du récit, il rencontre une mannequin aux oreilles ensorcelantes. Mais surtout, il reçoit la visite d'un homme mystérieux dans son agence, qui le convoque à un rendez-vous avec un homme influent au Japon, positionné à l'extrême-droite. Lors de l'entretien, il s'avère qu'une photo qu'il a utilisé pour une banale campagne de publicité comporte un mouton étrange. Il faut retrouver sa trace. Or cette photo a été envoyée par un ami du héros, perdu plus ou moins de vue depuis plusieurs années. Il va falloir retrouver sa trace et s'intéresser de près aux moutons d'Hokkaïdo...

L'univers de Murakami m'a beaucoup plu. Beauté de la langue (le traducteur, Patrick De Vos, a d'ailleurs été récompensé en 1991 pour son travail), exotisme du récit pour le Français que je suis, mais aussi réflexion sur nos sociétés (l'influence secrète de quelques grands, les différences capitale/province, la recherche du passé, de l'isolement, l'humain et la nature...).

Quelques morceaux choisis, avec une forte thématique "voyages et transports".

Comme disait je ne sais qui, on parvient toujours à être au courant si on s'en donne la peine.

 

Je rêvais souvent d'un train de nuit. C'était toujours le même rêve. Je suffoque dans une atmosphère chargée de fumée, d'odeurs humaines et de relents de cabinets. Ce train de nuit est tellement bondé que je ne sais où mettre les pieds; de vieilles croûtes de vomi collent à la banquette. N'en pouvant plus, je me lèvre et descends à je ne sais quelle gare. L'endroit est désolé, je n'y vois pas la moindre lueur qui signalerait l'existence d'une habitation. Pas un seul employé de gare non plus. Il n'y avait rien, ni horloge ni horaire de chemin de fer... Tel était mon rêve.

 

Comment dire, c'était une bâtisse terriblement esseulée. Imaginez par exemple un concept. Il y aura bien quelques exceptions pour lui échapper. Or, avec le temps, ces exceptions font tache d'huile, pour finalement former un autre concept. Et d'autres exceptions apparaissent à leur tour - telle était, en un mot, l'impression que donnait cette bâtisse. On pouvait y voir un être antique qui aurait évolué à l'aveuglette, sans rien savoir de sa destination.

 

C'était une sensation formidable de monter les mains libres dans un train de grande ligne. La sensation de se trouver, au détour d'une promenade nonchalante, à bord d'un avion lance-torpilles entraîné dans les contorsions de l'espace-temps.

 

"Ca bouchonne drôlement ! dis-je.

- Eh oui, fit le chauffeur. Mais de la même manière que le jour toujours se lève au bout de la nuit, l'encombrement de la circulation n'est jamais sans fin.

- C'est vrai, dis-je, mais il ne vous arrive jamais de vous énerver ?

- Bien sûr, il m'arrive de trouver cela parfaitement désagréable. Mais je considère que tout cela constitue des épreuves qui nous sont infligées, et que, par conséquent, s'énerver signifierait une défaite personnelle.

- C'est une interprétation des bouchons qui n'est pas sans quelques accents religieux...

- Je suis chrétien. Je ne vais pas à la messe, mais j'ai toujours été croyant.

- Tiens, tiens. Et ça ne vous semble pas contradictoire d'être à la fois chrétien et chauffeur d'un gros bonnet de l'extrême droite ?

- Le Maître est une personne remarquable. Certainement la plus remarquable, après Dieu, parmi toutes celles que j'ai pu rencontrer jusqu'à ce jour.

- Parce que vous avez rencontré Dieu ?

- Bien sûr. Je lui téléphone tous les soirs."

 

 

"Pourquoi donne-t-on des noms aux bateaux et non aux avions, demandais-je au chauffeur. Pourquoi dire Vol 971 ou Vol 326, alors qu'on pourrait tout aussi bien dire Vol Muguet ou Vol Pâquerette ?

- Sans doute parce qu'il y a beaucoup plus d'avions que de bateaux. C'est un produit de masse.

- Vous croyez ? Les bateaux sont aussi un produit de masse. Il y en a même plus que d'avions.

(...)

- Ce serait pourtant formidable, un nom pour chaque bus ! s'exclama mon amie.

- Mais les passagers en viendraient à choisir leur bus selon leurs goûts. De Shinjuku à Sendagaya, on prendrait la Gazelle, mais pas le Mulet, dit le chauffeur. (...) Pensez donc au pauvre conducteur du Mulet, fit remarquer, tout à son propos, le chauffeur. On ne peut pourtant rien lui reprocher.

- Absolument rien, non, dis-je.

- Peut-être, dit-elle, mais je monterais quand même dans la Gazelle.

- Vous voyez bien, dit le chauffeur. C'est là qu'est le problème. Si les bateaux portent un nom, c'est une survivance des coutumes d'avant la production de masse. On leur donnait des noms de la même manière qu'on en donnait aux chevaux. Le principe est identique. Les avions aussi étaient utilisés comme des chevaux et ils avaient tous un nom: Spirit of Saint Louis, Enola Gay, par exemple. Il y avait un échange sur le plan de la conscience.

- Vous voulez dire que le concept du "vivant" est ici fondamental ?

- Exactement.

- La finalité serait donc secondaire en matière de nomination ?

- Oui. La finalité se contente d'un chiffre. Voyez les Juifs à Auschwitz.

- Evidemment, dis-je. Bon, admettons que les noms reposent sur un acte d'échange au niveau de la conscience entre êtres vivants. Pourquoi alors les gares, les jardins publics, les terrains de base-ball ont-ils des noms ? Ce ne sont pourtant pas des êtres vivants."

 


L'air était d'une pureté à faire blêmir mes poumons.

 

Le train était formé de deux voitures et transportait au total une quinzaine de passagers. Tous ligotés l'un à l'autre par les solides liens de l'indifférence et de l'ennui.

 

De loin, la maison avait l'allure d'une créature vivante. Elle se sentait à l'étroit, se tortillait, s'ébrouait.  





Pour en savoir plus
L'auteur sur Wikipedia (fr)
Le livre sur Wikipedia (en)
(Poursuite du boycott des sites pourris du groupe La Martinière)

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