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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 17:08
Gravures originales de Jules Férat (source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Une%20ville%20flottante/)
Gravures originales de Jules Férat (source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Une%20ville%20flottante/)

Gravures originales de Jules Férat (source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Une%20ville%20flottante/)

C'est un court roman qui ne fait pas partie des plus célèbres de Jules Verne, et il est vrai que c'est loin d'être le meilleur. Il commence un peu comme le Titanic, un navire démesuré qui traverse l'Atlantique, avec l'illusion de dominer les éléments. Mais le progrès technique est-il uniquement positif ? Des ouvriers et des matelots trouvent la mort dans des travaux et des manoeuvres: sacrifices nécessaires ou témoins de l'aveuglement des industriels ?

Sur ce navire, l'auteur, qui a effectué lui-même le voyage avec son frère, nous fait suivre un groupe de passagers. Le narrateur retrouve à bord un ami rentrant des Indes, visiblement désespéré. La femme qu'il aimait a dû en épouser un autre... Mais le narrateur et d'autres constatent que cet autre est lui aussi à bord du Great Eastern ! Ils veulent éviter une rencontre, qui tournerait en confrontation. Mais le steamer, malgré ses dimensions et ses machines, n'est pas très rapide et le temps est long...

Jules Verne aborde ici le sujet des communications transatlantiques, dépeint le microcosme composé des passagers d'un paquebot, et propose un peu de tourisme jusqu'aux chutes du Niagara. Son intrigue est très simple, son dénouement franchement maladroit. Il faut parfois des textes moins bons pour mieux apprécier les autres !

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 20:07
Les croyants non-pratiquants, de Félix Moser

Dans les Églises chrétiennes occidentales, et plus particulièrement dans une majorité des paroisses protestantes de tradition luthéro-réformée en France et en Suisse, la rupture de la transmission religieuse s'est manifestée, à partir des années 70 (pour faire simple), par le développement des "croyants non pratiquants", c'est-à-dire de personnes revendiquant leur attachement à un système de foi, mais sans que cet attachement ne se traduise par une pratique au sens traditionnel du terme. Souvent, ces "croyants non pratiquants", ou "distancés", comme ce professeur de théologie pratique suisse les appelle, s'adressent aux paroisses et aux pasteurs à l'occasion de quelques actes importants, comme le baptême après une naissance, une bénédiction après un mariage civil, ou un service d'obsèques. Ces demandes sont parfois difficiles à entendre pour les croyants pratiquants, engagés, pour qui la foi se nourrit d'une certaine forme de pratique. De leur côté, les "distancés" ne comprennent pas ces réticences; après tout, le christianisme prône un accueil aussi inconditionnel que possible de chacun !

C'est en effet parce qu'il y a des difficultés de compréhension entre ces deux "groupes" de croyants que Félix Moser a travaillé, dans le cadre de sa thèse de doctorat, il y a bientôt 25 ans, sur ces "distancés", ou, plus précisément, sur leurs représentations, et celles que les engagés projettent sur eux. L'étude porte particulièrement sur les discours des uns et des autres; à l'aide d'outils techniques de linguistique, le chercheur analyse les stéréotypes des uns et des autres, en essayant de ne pas porter de jugement de valeur. La démarche est nécessaire. Après cet examen (qui passe donc par de la linguistique, du biblique, et de la théologie plus systématique), l'auteur pose quelques jalons à l'attention des personnes engagées (je ne pense pas que l'ouvrage ait été pensé pour être lu par ces fameux "croyants non pratiquants" !) pour mieux accompagner celles et ceux qui se présentent en demande.

Vous l'aurez compris, c'est donc un ouvrage universitaire, un peu exigeant si on ne baigne pas complètement dans le bain ! De plus, la réflexion perd de sa pertinence au fil des années: les "croyants non pratiquants" sont issus de générations qui avancent aussi en âge (dont les effectifs diminuent), et leurs enfants, eux, n'ont plus d'attachement aucun envers ces communautés (et leur proportion va croissant). On ne peut pas imaginer mener le même dialogue avec des distancés (les anglais parlent de 'de-churched') qu'avec des personnes n'ayant jamais suivi d'enseignement religieux ou pratiqué (les 'un-churched'), or ces derniers, s'ils ne possèdent pas les "codes", constituent des richesses de fraîcheur pour les communautés. Les stéréotypes à dépasser ne sont pas les mêmes, mais le faire est encore plus important, puisqu'il s'agit de trouver une juste place pour chacun qui frappe à la porte.

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 20:50
Fortune de France, En nos vertes années, et Paris ma bonne ville, de Robert Merle
Fortune de France, En nos vertes années, et Paris ma bonne ville, de Robert MerleFortune de France, En nos vertes années, et Paris ma bonne ville, de Robert Merle

Énième relecture (mais ça faisait un moment, 8 ans à en croire le blog) de ce début de la saga Fortune de France de Robert Merle (comptant 6 tomes pour le premier héros, Pierre de Siorac, puis 7 pour son fils). Ce qui est amusant, c'est qu'à chaque fois je me souviens avec émotion la "découverte" de ces tomes au CDI du dernier lycée que j'ai fréquenté (en 2001, donc).

Courte présentation, pour celles et ceux qui ne connaissent pas. Il s'agit de l'histoire de Pierre de Siorac, un cadet d'un noble périgordin, huguenot, au seizième siècle, c'est-à-dire pendant les guerres de religion et dans les périodes d'accalmie de ces conflits.
Le premier tome parle de son enfance près de Sarlat, de la loyauté et de la discrétion des huguenots.
Le second traite du début des études de Pierre à Montpellier, en médecine. C'est un adolescent coureur de jupons, assez impulsif, avec un fort esprit de compassion et de curiosité, ce qui n'est pas toujours sans risques. Après avoir assisté à la Michelade à Nîmes (massacre de catholiques par des protestants), il croise Angelina de Montcalm, qu'il rêvera d'épouser, malgré leur différence de confession.
Dans le troisième roman, le héros et ses proches passent un peu de temps en Périgord, mais un duel injuste le contraint à partir quérir une grâce royale à Paris, où "règne" Charles IX, mais aussi Catherine de Médicis, la famille de Guise, le futur Henri III... C'est la période du mariage de Margot avec Henri de Navarre (le futur Henri IV) et, peu après, la Saint Barthélémy.

Fortune de France a connu un très grand succès, d'abord pour le talent romanesque de Robert Merle, mais aussi pour sa reconstitution de l'époque, très sérieuse en termes historiques, et également par sa re-création d'une langue entre français d'époque modernisé, vocabulaire de la langue d'oc, citations en latin, italien, etc. C'est un univers particulier qui est déployé par l'auteur, et la lecture est un très beau voyage dans le temps.

Bien sûr, à force de les relire, je perds le plaisir de découvrir l'intrigue et les rebondissements, et la deuxième partie de la saga (en particulier avec le fils de Pierre de Siorac en héros) montre un très net essoufflement de l'écrivain, qui abandonne aussi trop la "province" au profit d'une histoire centralisée dans les capitales, autour des lieux du pouvoir. Mais cette relecture est quand même loin d'être fastidieuse, et je continuerais à recommander cette saga à celles et ceux qui sont intéressés par cette période de l'histoire de France (et un peu au-delà).

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 19:38
This changes everything - Capitalism vs the climate, de Naomi Klein

J'avais déjà entendu parler de Naomi Klein et de son célèbre No Logo, ouvrage dont j'ai dû me dire plusieurs fois qu'il serait intéressant de parcourir. Je n'avais en revanche pas connaissance de son livre La stratégie du choc. La couverture médiatique de Tout peut changer (en version française - j'ai lu la version originale), paru il y a quelques semaines, ne m'a pas échappé. Devant les commentaires qui vantaient les capacités de Naomi Klein à donner de la cohérence à des séries de phénomènes apparemment isolés, mais participant en fait à des logiques globales, je me suis décidé à commencer This changes everything.

Et la lecture a été captivante. Éprouvante aussi, car la journaliste canadienne dresse un état des lieux qui montre le temps perdu depuis l'émergence de la question environnementale. C'est bien simple, le courage qui a manqué depuis les années 1970s, et les erreurs (presque criminelles) du néolibéralisme anglo-saxon des années 1980s (qui a malheureusement influencé des instances internationales et de très nombreux pays ensuite), ce courage manquant et ces erreurs ont considérablement compliqué la résolution des problèmes liés aux effets des activités humaines sur le climat et sur l'habitabilité de notre planète à court terme (quelques décennies, c'est très court).

La lecture montre également comment, en prônant une attitude de partenariat avec les pollueurs, certaines organisations pro-environnement sont entrés dans un schéma pour lequel je ne trouve pas de qualificatifs: il s'agirait de contrer les effets de la technique par toujours plus de technique, de ne prendre aucune distance avec l'illusion que l'humain peut contrôler la nature, d'exploiter toujours plus la terre (pour l'énergie par exemple) en dépit de tous les risques supposés et dégâts avérés que cela suppose. Le problème n'est rien moins que civilisationnel, puisqu'un certain nombre de "solutions" proposées par de gros pollueurs auront deux effets certains: aggraver la situation à court terme, et remplir les poches des entreprises les plus destructrices de notre environnement.

L'exposé fait l'effet d'une pluie de coups de massue. Comme l'explique Naomi Klein, une mentalité capitaliste, "extractrice" des ressources naturelles, ne peut pas offrir de vraie solution à l'urgence qui guette. Déjà, les objectifs de limitation des émissions de gaz à effets de serre montrent leurs limites et ne suffiront pas. Il convient donc de changer de perspective, et de nombreuses initiatives, disséminées dans de nombreux pays, sont autant d'exemples de ce qui nous permettra de vivre correctement, ensemble sur cette planète. En Allemagne, des régions se sont réappropriées les questions énergétiques, et, comme un rapport qui a "retardé" par le gouvernement en France le montre, il serait possible de sortir du nucléaire et des énergies fossiles d'ici 2050. Au Canada et aux États-Unis, l'opposition au pipeline Keystone XL est fondamentale pour ne pas encourager davantage l'extraction dangereuse d'une énergie elle aussi susceptible de provoquer des catastrophes. Le gaz de schiste et la fracturation hydraulique, interdits en France, ne sont pas "peut-être à risque", mais déjà néfastes dans les pays où on y a recours.

Les mouvements citoyens commencent à se fédérer, et ces réseaux en développement peuvent surmonter les défauts de nos démocraties (où les dirigeants, dans une grande majorité, sont lâches ou soumis aux grandes industries polluantes), pour inverser des tendances lourdes qui nous font courir à une certaine apocalypse. Outre des gestes de tous les jours, en effet, qui sont nécessaires, il est indispensable de dire aux pollueurs qu'ils nous assassinent, et que nous résistons.

Vous l'aurez compris, le livre est tour à tour déprimant et motivant, révoltant et stimulant; les faits sont précis, les analyses et la mise en cohérence particulièrement pertinentes et éclairantes. Naomi Klein veille bien à ne pas entrer dans une théorie du complot; elle met à jour des logiques implicites de nos mentalités, des structures d'incitation perverses, des présupposés civilisationnels problématiques dans leurs conséquences effectives. Entre faits et analyse, This changes everything change le regard, radicalement, et c'est nécessaire.

À lire d'urgence, même (surtout) si vous pensez que le capitalisme, le culte de la croissance et de l'accumulation de richesses (toujours pour une petite minorité, quand même), ne sont pas si "responsables" du changement climatique et de catastrophes déjà advenues, et qu'il suffirait de les adapter à la marge pour ne pas compromettre la vie sur Terre de nos enfants.

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 15:11
Ce doux pays, de Åke Edwardson

Le commissaire Winter est de retour après ses six mois sabbatiques en Espagne. Comme dans tant de métropoles de pays privilégiés, Göteborg compte aussi toute une population discrète, qui fonctionne un peu en vase clos, qui cherche à éviter le contact avec les autorités et les services publics, une population formée de gens venus de pays où leur vie était menacée, dans lesquels la confiance ne peut pas aller au-delà du cercle de la communauté. C'est cette population que l'équipe d'enquêteurs du commissaire devra approcher, pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer dans une épicerie ouverte 24 heures sur 24, en périphérie de la ville, mais aussi dans un appartement des quartiers nord: plusieurs personnes ont été abattues ou tuées avec des moyens radicaux. Le problème, bien sûr, c'est que dans cet univers précarisé par l'exil, les identités sont multiples et les interlocuteurs fuyants, aux deux sens du terme. Autant dire qu'il faut beaucoup de temps avant de trouver une piste qui puisse vraiment être suivie !

Après une petite lassitude envers le style de l'auteur dans Chambre numéro dix, j'ai lu avec plaisir cette nouvelle enquête, qui aborde une question bien d'actualité, celle des difficultés pour des exilés à reconstruire des vies à l'étranger, loin de leurs racines, dans des cultures très différentes de celles de leurs origines. Rédigé en 2006, ce roman prend appui sur des évolutions géopolitiques majeures, dont nos sociétés occidentales n'ont probablement pas saisi la pleine mesure. Quant à l'intrigue, elle est assez efficace. Je vais donc continuer le cycle !

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 18:55
Source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Les%20enfants%20du%20capitaine%20Grant/

Source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Les%20enfants%20du%20capitaine%20Grant/

Lord Glenarvan est écossais. Il vient de se marier, et "essaie" son nouveau yacht, le Duncan. Un requin se laisse attraper, et son estomac libère une bouteille contenant trois parchemins, sur lesquels le même message semble avoir été écrit, en allemand, en anglais et en français. Mais l'eau a abîmé le texte, rédigé par un certain capitaine Grant et deux matelots, après le naufrage de leur navire, le Britannia, deux ans auparavant. La latitude est complète (37°11), mais la longitude manque pour savoir où partir à leur secours. Lord et Lady Glenarvan, leur équipage dirigé par John Mangles, mais également Mary et Robert, les deux enfants du capitaine Grant partent néanmoins à la recherche des naufragés. Un géographe français au savoir encyclopédique, Jacques Paganel, a aussi embarqué à bord du Duncan, qui fait d'abord route pour la Patagonie (le Chili et l'Argentine). Mais les recherches les conduisent à poursuivre le 37ème degré, jusqu'en Australie, et même au-delà. L'occasion d'une description des pays traversés, de leur faune, de leur flore, de leurs climats, de leurs habitants...

Comme ce n'est pas la première fois que je lis Les enfants du capitaine Grant (même si cela faisait un bon moment !), j'ai bien repéré les pistes laissées par l'auteur quant aux rebondissements à venir. Les voyageurs affrontent tour à tour des embûches naturelles et des adversaires humains, et les exposés de Paganel servent de prétextes à l'état des connaissances sur un sujet donné au moment de la rédaction du livre, en 1868.

Le caractère "daté" du roman est très sensible quand il s'agit de décrire les populations indigènes des pays traversés. C'est condescendant, colonialiste, raciste, insupportable aujourd'hui. Et pour une fois que chez Jules Verne, il y a des femmes comme personnages de premier plan (Lady Glenarvan, Mary Grant), j'aurais presque préféré qu'il s'abstienne tant leurs rôles sont... révélateurs de l'état d'esprit des hommes français au dix-neuvième siècle (et un peu au-delà, mais la généralisation est imprudente). La vision du monde comme le considérait Jules Verne pose vraiment problème dans Les enfants du capitaine Grant, même si l'auteur est un grand romancier...

Pour en savoir plus:

Gravures de l'édition originale (source: Source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Les%20enfants%20du%20capitaine%20Grant/)
Gravures de l'édition originale (source: Source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Les%20enfants%20du%20capitaine%20Grant/)
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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 13:18
Berezina, de Sylvain Tesson

Après Éloge de l’énergie vagabonde (première et deuxième lecture) et Dans les forêts de Sibérie, nouveau voyage avec Sylvain Tesson. Cette fois-ci, il s’agit de suivre plus ou moins l’itinéraire de la Grande Armée de Napoléon pendant l’hiver 1812, donc deux cent ans auparavant, jour pour jour. Point de départ ? Moscou, point extrême d’avancée des troupes, mais aussi capitale incendiée par Alexandre 1er qui n’offrira donc aucun refuge aux soldats venus de si loin. Point d’arrivée ? Paris, et même les Invalides, où repose l’Empereur. Moyen de locomotion ? Trois « Ourals », des motos avec side-cars de conception soviétique, chevauchées par Sylvain Tesson, deux amis « de l’Ouest » et deux amis russes. Aux étapes, des récits de survivants de cette abominable campagne, où les morts se comptent par dizaines de milliers, où l’horreur des combats semble presque normale en comparaison avec les souffrances innommables que les soldats napoléoniens ont dû affronter, des souffrances résumées en deux mots: le froid et la faim. Alors que les Russes n’ont remporté aucune bataille, la stratégie de leur état-major, pourtant critiquée, décime une armée qui multipliait les victoires; mais ces stratèges commettent néanmoins des erreurs qui retardent l’anéantissement du projet impérial.

La Berezina, cette rivière traversée dans d’affreuses conditions, j’en avais vaguement entendu parler en fin de primaire, dans l’un des rares cours que j’ai eu sur l’épopée napoléonienne. Comme beaucoup, j’éprouve beaucoup de gêne au sujet de cette époque et de ce personnage. Nous bénéficions certes de plusieurs de ses réformes, mais sa recherche d’unité européenne par la guerre me semble avoir davantage contribué à opposer les peuples qu’à les rapprocher. Même s’il s’agissait de se défendre, étions-nous obligés d’envahir toute l’Europe ?

Dans cet amusant récit de voyage, qui évoque aussi l’Europe d’aujourd’hui, Tesson donne parfois l’impression de vouloir un peu réhabiliter l’empereur corse, une démarche qui peut évidemment contribuer à vendre le livre ! Mais ces tentatives sont en fait juste esquissées, et à mettre en miroir avec les témoignages sur le retour (très rapide) de Napoléon de Vilnius à Paris, où l’empereur se raconte et dévoile un ego et une perception déformée des réalités. Comme souvent, l’auteur égratigne certaines des caractéristiques de nos sociétés modernes (y compris un texte de Lionel Jospin, inattendu).
Une question demeure, d’une grande pertinence. Napoléon a su convaincre des masses de le suivre; le vingtième siècle a montré jusqu’où un chef pouvait entraîner des êtres dans sa folie; aujourd’hui, existe-t-il une cause (même abstraite, en attente d’incarnation) pour mobiliser des peuples entiers ? Ou l’idéal de la société de consommation a-t-il fait disparaître la possibilité de telles aventures collectives ?

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 14:13
Le triomphe de la cupidité, de Joseph E. Stiglitz

C'est extrêmement rare que je lise des essais d'économie. Au lycée puis à Sciences Po Lille, j'ai pourtant eu plusieurs cours dans cette discipline, qui, très souvent (mais pas toujours) me déconcertait par sa volonté d'influencer le monde réel tout en partant de postulats utopiques (la fameuse concurrence libre et parfaite, par exemple). Partir de théories déconnectées de la réalité pour corriger les défauts de nos systèmes économiques et sociaux, remplacer l'humain par des calculs mathématiques, c'est, étonnamment, assez peu convaincant quand on s'intéresse un tant soit peu à la chose publique.

En 2008, une crise financière est partie des États-Unis. Nous en payons encore les conséquences, même si bien entendu de multiples autres causes sont en jeu pour nos économies française et européenne. En 2010, Joseph E. Stiglitz, qui a exercé de très hautes responsabilités, auprès du président Clinton, puis à la Banque mondiale, prend à nouveau la plume (il avait publié auparavant plusieurs titres, dont La grande désillusion en 2002) pour analyser la crise aux États-Unis, ses causes, les mesures prises, et les mesures qu'il aurait fallu prendre, selon lui, pour une réforme profonde du système qui corrigerait ses dérives majeures.

J'avais acheté le livre probablement peu après sa sortie, et je n'avais jamais eu le courage de m'y attaquer. C'est chose faite, et même si certains raisonnements me sont passés au-dessus, la lecture a finalement été intéressante. Un peu datée (puisque 5 années sont passées) et très orientée sur les États-Unis, son analyse démonte les mécanismes pervers qui ont conduit à la crise des subprimes. En néo-keynésien, il montre bien que la dérégulation à outrance, en particulier dans les secteurs bancaires et financiers, n'a pas de sens dans la mesure où le sens moral que les agents sont supposés avoir entre en tension vive avec l'appât du gain et la cupidité. L'économiste explique comment les banques ont entretenu le mythe d'une croissance continue des prix de l'immobilier, auprès d'un public peu informé (et tenu aussi volontairement dans l'ignorance), qui s'est endetté au-delà de sa solvabilité. La titrisation, au lieu d'atténuer le risque lié à l'insolvabilité, a aggravé le problème. Le livre illustre cette redistribution des économies et des impôts des moins privilégiés au profit des bonus mirobolants et immoraux des responsables de la crise. Les postulats trompeurs des néoclassiques, de Friedman et l'école de Chicago ont nié les inégalités d'accès à l'information, les possibilités d'intervention de l'État pour sécuriser le bien-être du plus grand nombre (et non des plus riches), etc.

Stiglitz n'est pas un dangereux gauchiste, mais il rappelle que quand les élus politiques ont accepté de ne pas se mêler d'économie, les intérêts du plus grand nombre ne sont pas "magiquement" protégés par le marché. Il pointe les erreurs faites, qui ont notamment consisté en renflouer des entreprises fautives (qui ont redistribué les bénéfices aux actionnaires) sans protéger les citoyens et usagers de l'économie réelle. L'ancien responsable de la Banque mondiale aborde de nombreux autres problèmes que je ne vais pas reprendre mais l'une des idées majeures est d'appeler au courage de résister aux lobbys des financiers, en particulier quand ceux-ci sont responsables de tant de crises et de croissance des inégalités.

Pour paraphraser une citation bien connue, "la finance est une chose trop sérieuse pour la confier uniquement aux financiers". Aux élus politiques de faire preuve de courage, de sens de l'intérêt général. Et aux électeurs de les sanctionner, s'ils ne le font pas. Le rapport de forces dans une vraie démocratie finira forcément par imposer davantage de justice. D'ici là, à chacun d'essayer de limiter les dégâts !

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 10:48
Voyages et aventures du capitaine Hatteras, de Jules Verne

Lecture intégrale des Voyages extraordinaires de Jules Verne, suite. Et première oeuvre lue sur mon nouveau jouet, qui se révèle bien confortable, en particulier dans les transports (moins volumineux et plus facile à manipuler qu'un livre papier) trop souvent bondés. En fait, j'avais déjà dû lire ce roman une fois, il y a longtemps, car quelques souvenirs me sont revenus. Après le survol de l'Afrique en ballon, c'est à une expédition maritime que Jules Verne convie son lecteur. Un navire particulièrement performant est assemblé dans le port de Liverpool, et un équipage recruté, pour une destination inconnue, par un capitaine mystérieux... Recevant des instructions par lettres, le second met le cap au Nord. Un jour, le capitaine (Hatteras donc) apparaît. Son objectif ? Atteindre le pôle Nord, et surtout, affirmer la supériorité britannique dans ce type d'expéditions, alors que les États-Unis ont été à l'origine des dernières découvertes dans la région polaire. Accompagnant l'expédition, le docteur Clawbonny, savant typique de Jules Verne, qui cumule néanmoins une érudition invraisemblable et un vrai sens des relations humaines, ce qui se révèlera utile. Car oui, mener une petite vingtaine d'hommes si loin, même en promettant des primes très généreuses, cela demande du courage, de l'équipement, mais aussi de réelles capacités de "management" dirait-on aujourd'hui.

Les voyages et aventures du capitaine Hatteras relatent donc l'exploration d'une région peu connue, et l'auteur, comme d'habitude, en profite pour faire le point sur les connaissances scientifiques sur le sujet au moment de la rédaction. C'est parfois un peu fastidieux. Mais heureusement, comme je l'écrivais, il y a dans ce roman tout une intrigue sur la gestion d'un groupe d'hommes dans un milieu hostile, parfois en huis-clos. Il y a aussi une critique assez ferme du nationalisme. Un roman finalement assez captivant !

Pour en savoir plus:

Illustrations/Gravures de l'édition originale (source: https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Illustrations_from_The_English_at_the_Noth_Pole_by_Riou_and_Montaut)
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Illustrations/Gravures de l'édition originale (source: https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Illustrations_from_The_English_at_the_Noth_Pole_by_Riou_and_Montaut)

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 18:52
Chambre numéro 10, de Åke Edwardson

Deuxième lecture avant de passer aux trois enquêtes du commissaire de Göteborg Erik Winter que je n'ai pas encore lues. Et, comme la première fois, le constat que cet opus n'est décidément pas le meilleur de la série. Il faut dire que le héros semble faire une crise de la quarantaine un peu tardive, et qu'il se fait bien à l'idée de passer plusieurs mois de congés sabbatiques en Espagne avec son épouse et leurs deux jeunes filles. L'enquête sur la mort suspecte d'une femme dans une chambre d'hôtel piétine, tout en rappelant au commissaire une autre affaire, au début de sa carrière, non élucidée. Il faut dire que les victimes étaient entourées de familles ou de témoins taiseux, amnésiques, peu curieux... Difficile de trouver un fil auquel se consacrer, pour tenter de dénouer les nombreux mystères de ces existences.

L'auteur a voulu montrer clairement les hésitations du héros, ses états d'âme. C'est un peu lourd et littérairement assez pauvre. Traitée moins maladroitement, la question de savoir si l'on peut se détacher d'un tel drame, en confier la résolution à un autre, est pertinente, et dépasse bien entendu le cadre de la démarche policière. Autrement, j'espère que, comme son héros après une pause de quelques mois, l'auteur aura trouvé un nouveau souffle !

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