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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 21:16

Ian McEwan fait partie de mes auteurs valeurs sûres; il y a eu Sur la plage de Chesil, Expiation, Samedi, Solaire... C'est donc avec joie que j'ai aperçu Opération Sweet Tooth sur les rayons d'une librairie, et une gentille fée a fait le reste.

Dans ce roman, nous découvrons l'Angleterre des années 1970s, après la crise pétrolière. L'énergie se fait rare, les grèves ont un fort impact, les conventions sociales sont plus ou moins bouleversées... Mais l'Angleterre est aussi aux prises avec l'IRA en Irlande du Nord; et bien sûr la Guerre froide voit l'Ouest s'opposer à l'Est. Le contexte est posé. Apparaît l'héroïne d'Ian McEwan, Serena Frome, fille d'un évêque anglican, grande lectrice, qui poursuit des études universitaires de mathématiques. Avant de se faire recruter par le MI5, mais à un poste subalterne (le sexisme est bien réel). Un jour, on lui propose de sortir de sa routine de secrétariat pour rallier Tom Haley, un écrivain, à la lutte contre le communisme: en effet, la Guerre froide se joue aussi dans le domaine de la fiction. Mais ce nouveau "recrutement" ne doit pas dire son nom. Et surtout, il n'était pas prévu que Serena tombe vraiment amoureuse de Tom...

Ni roman faisant de l'histoire contemporaine, ni strict roman d'espionnage, ni simple histoire d'amour, Opération Sweet Tooth mélange les styles. S'entrecroisent aussi avec le récit de Serena des extraits des nouvelles rédigées par Tom. Ian McEwan sait articuler les univers pour qu'ils composent un ensemble harmonieux, sans jouer non plus la confusion. Il lève aussi le voile sur une réalité qui ne fait pas plaisir: celle de l'influence (connue ou non, assumée ou non) des "puissants" sur le domaine créatif, ici en particulier sur la fiction. Comme d'habitude, l'intrigue se déploie lentement, rythmée par les relations de Serena, et aboutit à un final assez réussi malgré les risques prévisibles. Un roman maîtrisé qui ne m'a donc pas déçu !

Pour en savoir plus :

Opération Sweet Tooth, de Ian McEwan
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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 10:32

Une lecture qui fait voyager dans les Caraïbes (l'actuelle République dominicaine, Haïti et Cuba), dans le temps (Bonaparte et les débuts du dix-neuvième siècle), et aussi dans le fantastique, car dans ce récit où l'on suit Ti Noël, un esclave, et les maîtres/colons, il y a de l'inexplicable pour les uns ou les autres. Le vaudou n'est pas très loin... Les esclaves "tiennent le coup" face à la cruauté des maîtres en se moquant d'eux secrètement, mais aussi en menant des actions de guérilla (en armes "conventionnelles" et avec d'autres "forces"). De leur côté, les maîtres sombrent dans la panique et la débauche. Chercher à détruire ce qu'il y a d'humain chez l'autre se révèle contre-nature... Mais renverser un système d'oppression pose aussi la question, jamais évidente, de l'après.

L'édition Folio est brouillonne (plusieurs coquilles...), le texte court, ramassé, parfois loufoque, rappelle la violence de l'esclavage, et ouvre des pistes de réflexion sur les imaginaires découlant de ce système terrible. Je saurais dans quelques semaines comment nous exploiterons le roman, lu pour un cours de Nouveau Testament sur l'esclavage, à l'IPT...

Pour en savoir plus:

Le Royaume de ce monde, d'Alejo Carpentier
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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 16:51

Budaï est un linguiste, de talent, qui maîtrise au moins les rudiments de près d'une trentaine de langues. Quand il prend l'avion pour Helsinki, où il est attendu pour un congrès de linguistique, il se trompe d'avion. Mais s'endormant pendant le vol, il ne se rend pas compte de son erreur. A l'atterrissage, il suit le flot des passagers et se retrouve dans un hôtel. Là, il obtient une chambre même si personne ne semble le comprendre, ni être en mesure de le renseigner. Après une première nuit, il veut tout faire pour reprendre son trajet. Mais l'hôtel fonctionne bizarrement. Et dans la ville, la foule est omniprésente, et personne ne comprend aucune des langues que Budaï connaît. D'ailleurs, l'écriture ne ressemble à rien de ce qu'il a déjà pu voir. Notre héros va tout essayer pour sortir de ce mauvais pas...

Perspective cauchemardesque, car absurde, que cette situation décrite par l'auteur hongrois Ferenc Karinthy en 1970. L'absence quasi-totale d'une quelconque notion de solidarité contribue à déstabiliser le lecteur attaché au héros, la présence oppressante d'une multitude se bousculant sans cesse crée une atmosphère d'agoraphobie... Le texte est à cet égard impressionnant. Il suppose néanmoins d'accepter (pas trop tard) que Budaï a basculé dans un univers parallèle, et "faire avec" ces pages aux dialogues extrêmement rares.

C'est donc un roman très original, une expérience de lecture assez marquante, qui peut enthousiasmer ou énerver. Je reste dans un sentiment plus mitigé, entre amusement et légère frustration...

Pour en savoir plus:

Epépé, de Ferenc Karinthy
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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 15:53

Jacques Ellul ne se qualifie pas comme théologien; juriste, sociologue, philosophe même, c'est un penseur "global". Imprégné de protestantisme, mais aussi, témoin de son époque, proche du marxisme, il est vu par certains comme un quasi-prophète (par exemple sa critique de la technique). J'étais curieux de le lire, ayant personnellement une affection pour la réflexion transversale, mêlant sciences humaines et théologie.

La première approche (hors extraits lus ou mentionnés en cours) est donc via ce livre La subversion du christianisme. Son point de départ ? Alors que le christianisme, se diffusant, est devenu religion officielle de l'Empire romain, et qu'il a considérablement modelé nos sociétés, comment se fait-il que notre réalité soit si éloignée du message évangélique ? Pour Ellul, dans de nombreux domaines, les sociétés issues du monde chrétien sont même diamétralement opposées à l'esprit de ce qui peut être discerné par une lecture de la Bible. Il va s'attacher à détailler ces lieux où le christianisme n'a, selon lui, rien à voir avec ce qu'il devrait être; puis à en rechercher les causes (quand le christianisme devient religion des masses; quand il s'institutionnalise; quand il devient anti-féministe; quand il copie l'islam pour mieux le concurrencer; quand il ne parvient pas à se réformer sans produire de nouvelles dérives, quand il prône et diffuse des valeurs "scandaleuses" pour l'esprit humain, comme la tension entre liberté et sécurité...), et finir par une note un peu moins sombre, expliquant que malgré tout, la grâce surgit. Globalement, le propos est très radical, catégorique, véhément. Il fait référence à d'autres travaux dans son argumentation, ce qui allège le présent livre mais crée parfois une impression de déclarations plus tranchées qu'étayées. J'ai aussi eu du mal à discerner dans quelle mesure les processus de subversion évoqués étaient "inéluctables", et la conclusion n'esquisse pas de pistes pour corriger un tant soit peu la situation. Dans une approche très respectueuse de Karl Barth notamment, il rappelle l'action toujours première de Dieu.

Plusieurs passages m'ont particulièrement intéressés:

  • la réflexion sur l'ambivalence intrinsèque au christianisme dans le monde
  • celle sur le sacré et la sacralisation (y compris dans la Réforme)
  • bien sûr l'analyse du processus de patriarcalisation et de misogynie croissante dans les premiers siècles
  • le travail historique de mise en parallèle de l'évolution médiévale du christianisme et celle de l'islam (heureusement assez subtil, mais polémique)
  • les liens entre christianisme et pouvoir politique
  • les pistes pour interroger l'idéal de liberté
  • une façon de reconsidérer les puissances qui agissent dans le monde, et qui nuisent à l'avancée de la Bonne nouvelle
  • enfin, dans la toute fin de l'ouvrage, la réflexion sur le succès de Solidarnosc en Pologne dans le début des années 1980s (il omet néanmoins l'influence protectrice quasi-indéniable de la présence de Karol Wojtyla au Vatican...)

Je reste réservé (je n'ai pas encore d'opinion arrêtée sur le sujet) par la virulence du ton, le caractère catégorique des critiques (je ne sais pas, même si j'aurais préféré, si on aurait pu critiquer avec davantage de modération), mais sinon, vous l'aurez compris, je n'ai pas été déçu quant aux perspectives ouvertes !

La subversion du christianisme, par Jacques Ellul
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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 10:07

Les concerts de rock japonais se suivent mais ne se ressemblent pas. Vendredi dernier, 14 mars, Miyavi, rock star incontestable, a déjà le bon goût de choisir une vraie salle de concert (la Cigale, si vous n'avez pas lu le titre). Qui ouvre ses portes bien avant le concert, évitant que les fans et les autres perdent une partie de leur énergie et de leur bonne humeur dehors. Qui fait commencer la première partie avant même l'heure annoncée (je n'ai jamais vu ça). Qui a de vrais ingénieurs du son. Rien à voir avec une autre salle...

La première partie, c'est un DJ qui n'indique même pas son nom. J'ai toujours du mal à considérer légitime en tant que "musique vivante" un gars derrière son ordinateur, ses platines, avec un casque sur les oreilles: en terme de partage d'un art, d'une expression ou d'une créativité personnelle, d'émotions, ça pose problème. Ca n'a pas été désagréable, ni enthousiasmant.

Il fallait bien que la première partie ait un dispositif léger, car Miyavi, c'est aussi "minimaliste" en terme de moyens: Miyavi à la guitare et au chant, et un batteur. Mais derrière cette simplicité, les deux sont absolument bluffants de technique, d'énergie, de talent. Quelle dextérité, quel rythme ! Le répertoire est un peu plus rock que ce que j'écoute habituellement, et logiquement mon moment préféré du concert aura été les deux morceaux les plus calmes (dont un en hommage aux victimes de Fukushima). Je suis impressionné par la virtuosité des deux, par leur générosité et leur joie d'être sur scène, une joie communicative. Un beau concert !

Première partie

Première partie

Miyavi à la Cigale le 14 mars 2014 (1) (davveld)

Miyavi à la Cigale le 14 mars 2014 (1) (davveld)

Miyavi à la Cigale le 14 mars 2014 (2) (davveld)

Miyavi à la Cigale le 14 mars 2014 (2) (davveld)

Miyavi à la Cigale le 14 mars 2014 (3) (davveld)

Miyavi à la Cigale le 14 mars 2014 (3) (davveld)

Miyavi à la Cigale le 14 mars 2014 (4) (davveld)

Miyavi à la Cigale le 14 mars 2014 (4) (davveld)

Une des chansons "calmes"

Une chanson plus rock

Virtuoses et généreux

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 18:12

Lundi 10 mars

12 YEARS A SLAVE

De Steve McQueen (USA, 2014)

Solomon Northup est un homme libre. Noir. Aux Etats-Unis, avant la Guerre de Sécession, donc avant l'abolition de l'esclavage. Il vit à New York, où un tel statut est possible. Il a une famille, joue du violon. Il rencontre deux hommes, qui lui proposent de s'associer avec eux pour rejoindre une troupe artistique. Mais le voilà drogué, enfermé dans une cave, battu, dépouillé de son identité (de son statut, de son nom), déporté dans le Sud, esclavagiste. Il est vendu à un premier maître, peu violent, même si des contremaîtres supportent mal cette relative douceur. Mais ce maître a une dette, et s'en acquitte en livrant Solomon, devenu Platt, à un autre planteur de coton, Epps, toujours en Louisiane. Epps, probablement plus représentatif du Sud esclavagiste, considère ses esclaves comme ses propriétés, dont il peut disposer à sa guise, y compris bien entendu les femmes.

A l'origine, ce récit se caractérise par son sujet et son auteur: l'esclavage, par un Noir qui l'a vécu. Ce sont ce qu'on appelle les slaves narratives. 12 years a slave, c'est donc d'abord un roman, publié en 1853. Et maintenant un film, récompensé récemment aux Oscars. Un film dur, souvent insoutenable, avais-je lu. Il est dur, c'est certain, mais finalement moins que je ne le craignais. On traite le sujet avec gravité, sérieux, ce n'est pas l'outrance de Django Unchained, par exemple.

Nous l'avons visionné dans le cadre d'un cours de Master à l'Institut protestant de théologie, sur l'esclavage dans le Nouveau Testament, un thème de ce qu'on appelle les "études post-coloniales". Pourquoi ce thème, et ce film ? Tout simplement parce que la Bible a servi d'outil, tant pour justifier l'esclavage, que pour le subvertir. Parce que le Nouveau Testament ne condamne pas l'esclavage (à la limite, ses abus), et que certains textes appellent explicitement à la soumission à l'ordre existant (car étant établi par Dieu), bon nombre d'esclavagistes n'ont pas jugé que leur comportement posait problème (au contraire, ils obéissaient au plan divin, compris avec une interprétation là aussi raciste d'autres passages bibliques); mais qu'un message plus global (mais généralement plus implicite) affirme l'égale dignité de tous devant Dieu et prône la justice... Dans le film, les propos et les attitudes tant des maîtres que des esclaves montrent bien que deux lectures de la Bible se concurrencent dans les mentalités. Que dire de - et comment lire - l'apôtre Paul, qui, alors qu'il appartenait aux hommes libres, a été persécuteur au début de sa vie, puis a écrit des textes où il se qualifie d'esclave ? (Le cours, que je ne vais pas vous faire ici, nous a notamment conduit à nous interroger sur les réalités de l'esclavage dans le monde méditerranéen du premier siècle - des réalités probablement aussi complexes que celles des Etats-Unis au 19ème siècle.)

Affiche du film

Affiche du film

Bande annonce du film

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 08:54

Samedi 8 mars
Paris 14, Gaumont Parnasse

LES GARÇONS ET GUILLAUME, À TABLE !

De Guillaume Gallienne (France, 2013)

Guillaume est-il la fille que sa mère n'a jamais eu, mais que son père et ses frères n'assument pas ? Est-il une fille attirée par les garçons, ou un garçon attiré par les garçons, ou encore un garçon attiré par les filles ? Quand le genre et l'orientation sexuelle, déconnectés de "données physiologiques" évidentes, deviennent malléables dans une relation parent-enfant étonnante, ça donne une comédie qui sait être très drôle par moments (par exemple quand le héros tente d'éviter le service militaire). Adolescent donc, Guillaume, le héros, pense qu'il est une fille, apprend à danser le flamenco (en tant que partenaire féminin), préfère apprendre les langues étrangères que faire du sport, etc. Il voudrait aussi et ainsi tellement faire plaisir à sa mère, éprouvant un attachement à elle que le film ne m'a pas rendu compréhensible (d'où mon avis mitigé sur le film)...

Le héros et sa mère sont joués par Guillaume Gallienne, incontestablement doué, avec un phrasé et des mimiques qui évoquent un jeune Fabrice Luchini. La réalisation ne suscite pas de commentaires, à part, comme je le sous-entendais, que je n'ai pas aimé ce bric-à-brac entre scène de théâtre, souvenirs d'adolescence réels, souvenirs des "apparitions" de sa mère dans son adolescence... Au final donc, quelques rires et l'impression d'avoir vu traité un sujet improbable, mais pas de "coup de coeur". Mais le succès du film en salles et dans les cérémonies montrent que d'autres ont davantage accroché !

Affiche du film

Affiche du film

Bande-annonce du film

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 11:23

Quelques années après, relire les nouvelles de ce recueil de Russell Banks, et être encore frappé de cette écriture, sobre mais très précise, très juste... Quelques épisodes de vies ordinaires, aux Etats-Unis, dans le troisième quart du vingtième siècle (mais l'époque importe peu), sans maquillage, sans Photoshop non plus: des jeunes qui veulent aussi embarquer dans le rêve américain, d'autres qui comptent sur une émission de télévision pour dissiper un instant les pesanteurs du quotidien; des couples improbables qui se forment ou se défont, de l'alcool, voici ce que raconte Banks. Avec humanité et talent. Ca donne envie d'en lire davantage !

Histoire de réussir, de Russell Banks (2)

"J'avais passé Noël et le Nouvel An à la maison, travaillant jour et nuit comme vendeur dans un magasin de vêtements pour hommes, me donnant toutes les peines du monde pour faire comme si rien ne s'était passé. Ma mère semblait toujours avoir les yeux rougis de larmes, mes amis du lycée me traitaient froidement, avec distance, comme si j'avais abandonné l'université à cause d'une maladie vénérienne. D'une certaine façon, ma famille formait une association pour le rétablissement de l'ordre moral - les beaux et brillants enfants et l'épouse pathétique d'une brute qui avait disparu dix ans auparavant dans les forêts nordiques avec une postière et dont on n'avait plus jamais entendu parler. En tant que victime masculine la plus âgée de cet abandon, j'étais censé, dans l'esprit de tous ceux qui connaissaient l'histoire, venger ce crime surtout en accomplissant une réussite visible, en m'élevant au-dessus de ma condition, et, de cette manière paradoxale, en montrant au malfaiteur à quel point son crime avait été dénué de sens. Pour des raisons dont je n'étais que vaguement conscient, mon histoire était importante pour tout le monde."

Extrait de "Histoire de réussir", la nouvelle qui a donné son titre au recueil.

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 20:08

Cela faisait un moment que je n'avais pas assisté à un concert salle Pleyel. Ce mercredi, nouveauté, les places sont à l'arrière-scène, ce qui donne un point de vue décalé sur l'orchestre: on voit la tête du chef, mais pas celles des musiciens !

Au programme, dans une formation "orchestre à vents", une première pour l'Orchestre de Paris avec la Suite pour orchestre à vents d'après l'Opéra de Quat'sous, de Kurt Weill (1900-1950). De la musique de cabaret, évoquant les bas-fonds du quartier londonien de Soho au début du vingtième siècle, c'est vrai que cela change du répertoire "autorisé". Le résultat est réussi, parce qu'il y a du génie dans la musique méprisée. Bon, le premier basson en fait un peu trop pour attirer l'attention, et la présence d'un banjo ne semble pas toujours très utile ou pertinente, mais les évocations du jazz sont efficaces avec une telle formation instrumentale.

Deuxième pièce, un concerto pour violon en ré majeur, d'Erich Wolfgang Korngold (1897-1957, inconnu en ce qui me concerne). La partition soliste est à porter au crédit de Gil Shaham, excellent. J'en profite pour mentionner le chef de l'Orchestre de Paris pour ce concert, le jeune James Gaffigan (35 ans), lui aussi excellent. Le compositeur s'était fait connaître pour des musiques de films hollywoodiens dans les années 30 et 40. J'ai aimé, mais un peu moins que Weill, parce que je ne suis pas un très grand fan des concertos pour violon, indépendamment du talent des interprètes. Gil Shaham accordera un "bis", avec un court morceau de Bach, me semble-t-il.

Enfin, on nous propose 45 minutes d'extraits du ballet Cendrillon, de Serge Prokofiev (1891-1953). Alors bien sûr, sans danseurs et danseuses, il n'y a "que" la musique pour suivre l'intrigue (et le livret du concert). Le deuxième acte est annoncé comme celui des danses, j'ai du mal à les distinguer, ce que je regrette. Mais l'ensemble est évocateur, on est clairement dans l'univers du conte, pas très loin de Disney. Rien à redire sur l'interprétation, à la hauteur de la réputation de l'Orchestre de Paris. Le public, respectueux, écoute sans applaudissements intempestifs, ce qui contribue à la qualité acoustique de la soirée.

L'Orchestre de Paris interprète Weill, Korngold et Prokofiev
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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 22:02

Lundi 3 février, Paris

YVES SAINT LAURENT

De Jalil Lespert (France, 2013)

La "classe" française doit beaucoup au monde de la mode et de la haute couture. Yves Saint Laurent, directeur artistique chez Dior en ayant à peine dépassé les vingt ans, puis "marque" de sa propre maison, appartient aux figures mythiques de ce monde. Dans ce biopic autorisé, où - comme dans la vie - le héros est le couple que forme le créatif Yves Saint-Laurent et le gestionnaire (lui aussi habile) Pierre Bergé, les amours ne se conjuguent que rarement en mode hétéro, les addictions se déclinent en alcool et autres drogues, pour masquer des angoisses et des tourments profonds... Il n'y a d'artiste que de névrosé, en tous cas Yves Saint-Laurent ne déroge pas à cette règle un peu désagréable.

Deux légers regrets: de ne pas voir plus de tenues créées par YSL et ce qu'elles ont pu avoir de révolutionnaire (certes, en tant que film "autorisé", il y en a un certain nombre; et certes, Bergé en voix off donne quelques pistes, comme le coup de génie des motifs Mondrian, mais pour le novice, ça reste assez peu); et le caractère tonitruant d'airs d'opéras; les effets dramatiques étaient un peu exagérés à cet égard.

Mais le film est remarquablement interprété, avec des acteurs excellents. La réalisation, très classique, est bien maîtrisée. C'est donc un bon moment de cinéma.

Affiche du film

Affiche du film

Bande annonce du film

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