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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 18:01

Mercredi 24 septembre, Cinéma Jacques Prévert, Aulnay-sous-Bois

HIPPOCRATE

De Thomas Lilti (France, 2014)

Ces jours-ci, ma formation m'entraîne à découvrir de plus près les rouages du milieu hospitalier, en particulier en région parisienne; l'angle d'approche n'est pas le versant médical, pour lequel je n'ai aucune compétence. Il y a, vous le savez, des dizaines d'intervenants dans cet univers un peu à part.

Hippocrate propose aussi une immersion dans le monde de l'AP-HP (les hôpitaux publics de la région parisienne), à travers le quotidien de Benjamin, jeune interne en médecine générale... dans le même hôpital que son père. La vie d'interne est rythmée de constats amusants, d'autres révoltants, de doutes, de moments de décompression discutables. Et entre vocation et malédiction, il y a le réel, le manque de moyens, les injustices de fonctionnement (humiliantes pour les praticiens étrangers, pourtant déterminants pour notre système de soins)... Entre la vie et la mort, quand faut-il se battre pour une machine, ou au contraire, pour éviter l'acharnement ? Le film, qui n'est pas un documentaire mais reste très proche de la réalité, aborde ces questions éthiques (la fin de vie et la loi Leonetti) de façon franche mais sans moralisme.

Bien réalisé, interprété avec justesse, le film n'a à mon avis pas de gros défaut; il vaut donc la peine d'être vu !

Affiche du film

Affiche du film

Bande annonce du film

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 20:40

Encore un billet pour plusieurs lectures, mais entre un déménagement et un début de stage, le temps de bloguer a un peu manqué... Les occasions de lecture moins, heureusement !

J'ai d'abord lu Bouvard et Pécuchet (texte intégral sur Wikisource), de Gustave Flaubert (fiche Wikipedia). Pourquoi le souvenir du film inspiré de ce roman, film vu dans ces derniers jours de classe en... troisième (eh oui), m'est revenu, mystère. Mais le film était associé à un certain comique, celui de la maladresse des deux héros, et j'ai pensé que le roman de Flaubert méritait d'être découvert. J'ai notamment appris qu'il était inachevé, malgré sa longueur. En fait, Flaubert se proposait de faire un état des lieux de la connaissance dans de très nombreuses disciplines à travers les expérimentations de ses deux héros. Mais qui sont-ils ? Petits employés faisant connaissance à Paris, ils sympathisent, et décident d'être maîtres de leurs vies en emménageant en Normandie. Bouvard et Pécuchet s'intéressent à un sujet (l'agriculture, la botanique, la politique, la religion, et tant d'autres), consultent sans méthode la littérature correspondante, et dilapident leur capital à force d'erreurs dans la mise en pratique de ce qu'ils ont consulté (et qui s'avère souvent contradictoire). La lecture du roman est du coup un peu fastidieuse, et le comique de répétition devient lassant. Pour Flaubert, tant les sciences que les efforts des hommes sont bêtises, vanités peut-être. Pas très réjouissant...

"Bêtise" titrais-je. Les quatre autres livres lus tournent autour de ce monument d'absurdité qu'est la Première Guerre Mondiale, dont nous commémorons les 100 ans du commencement. Premier ouvrage, Le fusillé innocent, intéressante enquête historique de Didier Callabre et Gilles Vauclair (site éditeur) sur Eugène Bouret, blessé dans les Vosges après quelques jours de combat, et fusillé début septembre 1914 pour abandon de poste devant l'ennemi, alors qu'il était en état de choc après sa blessure. Le livre montre bien en quoi le commandement, dérouté par le recul des troupes, et observant quelques cas de mutilations volontaires pour éviter le front, a voulu faire des exemples, sans que les principes élémentaires de justice ne puissent être appliqués. Le soldat originaire de Dijon ne sera pas oublié, car après cette erreur judiciaire, son cas sera défendu par un député socialiste et d'autres, qui obtiendront sa réhabilitation (posthume) en 1917, c'est-à-dire très tôt par rapport à d'autres cas proches.

Ce premier titre m'a fait ressentir le besoin de me replonger dans les grandes lignes du conflit (les cours d'histoire sur le sujet datent un peu en ce qui me concerne...). Le petit livre de la Grande Guerre, de Jean-Yves Le Naour (site éditeur), a parfaitement répondu à cet objectif. En quelques dizaines de pages, l'essentiel de l'engrenage, des combats, de la vie à l'arrière, et de l'après sont évoqués. Je n'aurais plus qu'à vérifier dans une littérature plus scientifique si les jugements de l'auteur sur les erreurs de l'état-major et du haut commandement, en particulier de Joffre, sont partagées ou au contraire discutées.

Après ces deux approches, place au témoignage. Celui de Louis Pergaud, prix Goncourt 1911 et auteur, notamment, du livre La guerre des boutons (fiche Wikipedia). Ici, il s'agit de son Carnet de guerre (site éditeur). Mobilisé, comme Eugène Bouret, en août 1914, il est envoyé dans le secteur de Verdun. Il n'est pas concerné par la guerre de mouvements, mais voit le début de celle des tranchées. Il disparaît en avril 1915, sans que son corps ne soit retrouvé, mais laissant donc son Carnet, sorte de journal où il consigne dans un style souvent télégraphique ses impressions, ses rencontres, un certain nombre de menus, mais aussi les mesquineries de la vie militaire. Témoignage de première main, le Carnet reste assez sobre et peu descriptif du début des tranchées. Il donne à voir un état d'esprit, permet de prendre conscience de la correspondance extrêmement soutenue entretenue par certains soldats avec ceux restés plus loin du front, mais maintient une distance importante avec le lecteur d'aujourd'hui.

C'est moins le cas du roman déjà lu et relu A l'ouest rien de nouveau, d'Erich Maria Remarque (site éditeur - fiche Wikipedia). Publié en 1929, on suit Paul, jeune Allemand appelé avec sa classe dans les tranchées alors que la guerre a déjà bien commencé. Le héros du roman tiendra jusqu'en octobre 1918, et décrit de beaucoup plus près (ce qui est normal, chronologiquement), l'enfer des tranchées, en dépit de la camaraderie des situations extrêmes. Je ne regrette pas de l'avoir encore relu, car les absurdités qui y sont dénoncées le sont en considérant que dans ce drame, il ne pouvait y avoir de vainqueur, mais qu'une humanité pulvérisée et marquée à jamais par l'innommable. Un innommable qui ne pouvait, de fait, pas avoir dit son dernier mot. Glaçant.

Lectures sur la bêtise humaine
Lectures sur la bêtise humaine
Lectures sur la bêtise humaine
Lectures sur la bêtise humaine
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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 13:08

Je n'ai pas eu le temps de recenser séparément les livres que j'ai lu ou relu ces dernières semaines, mais voici quand même quelques impressions rassemblées en un billet.

Suivant une recommandation de David Lerouge, j'ai lu Jésus, j'y crois, un témoignage de l'acteur Michael Lonsdale (page Wikipedia), aux éditions Bayard. L'un des rôles les plus récents et connus du comédien est celui d'un des moines de Tibhirine dans le film Des hommes et des dieux. Le livre est court, les phrases simples, les anecdotes sans artifices. Michael Lonsdale a un parcours de vie unique, un cheminement avec Dieu qui l'est tout autant... Comme chacun d'entre nous. Son texte évident d'authenticité est touchant et résonne comme l'humble récit d'un homme sage, recueilli à mi-voix sur une terrasse ombragée...

Voyage en Extrême-Orient oblige, j'ai aussi découvert la Chronique japonaise de Nicolas Bouvier (page Wikipedia), aux éditions Payot, cité dans la plupart des guides de voyage comme l'un des ouvrages de référence. Le voyageur (d'il y a plus d'une cinquantaine d'années quand même) captive rapidement son lecteur et dépeint de façon passionnante l'histoire, les us et coutumes, la culture de ce pays si exotique pour nous. Passionnante, même si j'ai lu avec moins d'enthousiasme la dernière partie, qui évoque notamment les premiers peuples du Japon, dont les Aïnous. Le livre demeure extrêmement pédagogique et bien écrit, je confirme que c'est une bonne préparation au départ, en sachant donc que le Japon a beaucoup changé depuis les années 1950-70s ! Nicolas Bouvier écrit bien mieux qu'un guide de voyages, et je serais curieux de découvrir ses photographies.

En voyage, il y a parfois de longs trajets, ou des moments où l'on se pose pour lire tranquillement... Faute d'avoir emporté une bibliothèque physique, j'ai fini par recourir aux possibilités numériques, notamment en pouvant accéder gratuitement aux classiques libres de droits. Ce fut l'occasion de relire pour la énième fois Quatre-vingt-treize, de Victor Hugo (page Wikipedia), un roman qui m'épate à chaque fois. Je l'avais recensé ici.

Autre relecture, même si c'est un classique "plus récent": Les fourmis, de Bernard Werber (page Wikipedia), que je n'ai apparemment pas recensé sur le blog même si je l'ai mentionné dans ce billet comme l'une de mes lectures "fondatrices" (comme Quatre-vingt-treize) de mon adolescence. Bien sûr, le suspense ne fonctionne plus comme la première fois (et à force de lire du Bernard Werber, les "ficelles" narratrices sont de plus en plus flagrantes), mais l'idée de départ reste brillante et bien menée. Une bonne relecture de vacances, quand même.

Enfin, à nouveau dans la catégorie des "classiques du dix-neuvième siècle", un titre des Rougon-Macquart que je n'avais pas encore lu (je pensais en avoir parcouru près des trois quarts, il semble que je n'en suis qu'à la moitié !): Son Excellence Eugène Rougon, d'Emile Zola (page Wikipedia). Amateur d'histoire et du roman naturaliste, j'ai découvert cette fois-ci avec plaisir que la fresque de Zola ne s'intéressait pas qu'aux couches les plus défavorisées de la société (au collège et au lycée, on se concentre sur Germinal, La bête humaine, L'Assommoir, Nana...). Ici, on suit un homme d'Etat du Second Empire, et son entourage, qui ne vit que des faveurs que le pouvoir peut accorder. Son Excellence Eugène Rougon explore les ressorts du clientélisme et du népotisme au gré de l'influence déclinante ou ascendante de tel ou tel ministre, dans un régime certes pas vraiment démocratique, mais cela ne change pas grand'chose. On n'en est pas tout à fait aux abjections du clan de notre précédent président, ni aux copineries tout aussi problématiques côté socialiste, mais Zola rappelle que les liens malsains entre pouvoir politique et intérêts personnels (sans égard pour l'intérêt général) ne sont pas nouveaux. L'exigence d'exemplarité a ses limites, mais aussi quelques vertus !

Lectures de juin et juillet
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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 14:05

Dimanche 27 juillet
Paris 14, Sept Parnassiens

BOYHOOD

De Richard Linklater (USA, 2014)

Le film a fait parler de lui, par son dispositif: sans effets spéciaux, suivre un garçon (et sa famille, c'est-à-dire sa mère, sa soeur, et les hommes qui passent) de 6 à 18 ans... en tournant avec les mêmes acteurs, chaque année pendant douze ans ! Ce n'est pas un documentaire, mais bien une fiction, avec un scénario. La famille de Mason - c'est le nom du héros - évolue au Texas, avec ce qu'on aime des Etats-Unis (des paysages, des rites comme les graduations days, un ascenseur social pas bloqué, etc.) et ce qu'on aime ne pas aimer des Etats-Unis (l'apparente compatibilité de valeurs chrétiennes et de l'attachement aux armes à feu, le patriotisme un peu lourdaud). Il y a aussi beaucoup d'humanité, tout simplement, dans ce récit évidemment un peu initiatique : histoires d'amours adolescentes et adultes, violences conjugales, échappatoires illusoires (alcool), recherche et construction de soi...

Le film dure 2h45, ce qui est long, mais on y pense rarement pendant la séance. Il faut dire que la vie de cette famille ne manque pas de rebondissements, que la réalisation est efficace, les acteurs excellents, et la bande-son m'a beaucoup beaucoup plu. Oui, un très beau film pour occuper quelques heures pas assez (ou trop) estivales !

Affiche du film

Affiche du film

Bande annonce officielle VOSTF

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 13:45

Ce n'est pas parce que l'on passe deux semaines au Japon, dont on ne parle pas la langue, que les opportunités de spectacle vivant manquent. Le 19 juillet dernier, nous avons assisté à une des représentations de Gear, un spectacle non-verbal, au Art Complex 1928, dans le quartier de Gion. Les organisateurs s'y connaissent en communication, puisque nous avons découvert cette possibilité par des tracts en anglais déposés à l'Office du Tourisme de la gare de Kyoto, des tracts qui mentionnent que la langue ne sera pas un problème et que malgré l'absence de mots, il y a quand même une histoire !

Soit, dans le futur, une usine de jouets tenue par des roboroïdes (des robots assez proches des êtres humains). L'usine n'est plus exploitée mais les roboroïdes l'ignorent. Soudain, une poupée surgit, une de celles qui sortait des chaînes de montage de l'usine. Cette poupée s'anime et interagit avec les roboroïdes... Mais l'usine, à l'abandon, se révèle dangereuse. Voilà pour la trame.

Le spectacle est composé de performances d'un contorsionniste, d'un breakdancer, d'un magicien, d'un jongleur, et donc de la "poupée". C'est drôle, très bien construit, dans des décors superbes et de géniaux accessoires, impressionnant... Ni vraiment du théâtre/mime, ni série de numéros de cirque, c'est original et les 90 minutes passent vite.

Pour en savoir plus, le site (en anglais), et un mini-clip de la version 3.50 (oui... mais nous on a vu la 3.70 !!!)

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21 juin 2014 6 21 /06 /juin /2014 17:53

Le récit se déroule dans une petite ville à proximité de la Black River et du massif des Adirondacks (décidément, des lieux habituels), entre la fin des années 70 et le début des années 2000. En 1983, Zoe Kruller, ancienne employée de la laiterie Honeystone réputée pour ses glaces, chanteuse sexy dans un groupe local de bluegrass, a été sauvagement tuée. C'est son fils Aaron qui a découvert le crime. Zoe, mariée à Delray, issu des réserves des Native Americans, était aussi connue comme ayant plusieurs hommes dans sa vie. Les enquêteurs portent leurs soupçons vers deux hommes en particulier: Eddy Diehl, qui a passé la soirée précédant le meurtre avec Zoe, et Delray Kruller, car "Indien", alcoolique, et potentiellement violent s'il devait être jaloux. Si les indices manquent, empêchant d'inculper ou de disculper quiconque, une certitude demeure pour l'épouse d'Eddy Diehl: la trahison dont son mariage a été victime. La famille Diehl se décompose: Ben, le fils aîné, prend le parti de sa mère, alors que Krista, l'une des narratrices du roman, continue d'aimer son père.
Petit oiseau du ciel raconte dans le désordre (heureusement les chapitres comportent des dates, qui aident à s'y repérer), à travers les yeux de Krista, puis d'Aaron, comment les deux adolescents au moment des faits ont vu leurs vies évoluer, de la fin de l'enfance au début de leur vie adulte, en passant par les années lycées. Comment le poids des origines (des pères soupçonnés de meurtres) et des préjugés (en particulier pour Aaron) contribue à déséquilibrer le développement de jeunes êtres humains ordinaires.

Du fait de la construction non chronologique et d'une lecture très fragmentée de la première partie du livre, j'ai d'abord eu un peu de mal à percevoir le projet de Joyce Carol Oates, le premier tiers me paraissant progresser peu entre de nombreuses répétitions. Mais avec de meilleures conditions de lecture pour la suite, j'ai pu retrouver les qualités de l'auteur: au plus proche de ses personnages, avec empathie et bienveillance, elle donne de l'épaisseur à ces vies relativement banales. Invitation à ne pas céder au fatalisme, le roman rappelle la résilience possible, sans minimiser de façon angélique ses difficultés. Comme d'habitude donc, ce sont de beaux portraits d'êtres humains, blessés mais debout, que nous propose Joyce Carol Oates.

Pour en savoir plus:

Petit oiseau du ciel, de Joyce Carol Oates
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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 17:13

Samedi 14 juin
Paris 14, Sept Parnassiens

BIRD PEOPLE

De Pascale Ferran (France, 2014)

Le minois d'Anaïs Demoustier (apprécié dans Les grandes personnes, un film que j'avais beaucoup aimé), la bande-annonce et la critique dithyrambique dans Télérama (voir lien plus bas) ont été les arguments en faveur de cette sortie cinéma. Un peu comme dans Deux jours et une nuit, la destination de l'évasion n'est autre que notre aujourd'hui européen. Nous ne sommes pas dans une petite entreprise belge, mais autour de la ruche Roissy-Charles-de-Gaulle, premier aéroport français, deuxième européen, huitième mondial. Le monde s'y croise, sans se regarder. Il y a Gary, cadre américain, toujours en transit, et qui, à la veille de s'envoler pour une énième réunion de travail à Dubaï, se rend compte qu'il étouffe dans sa vie. Et qui envisage un changement radical. Il y a Audrey, plus ou moins étudiante, qui gagne sa vie, faute de mieux, comme femme de chambre dans un hôtel de Roissy, celui où est descendu Gary. Qui, comme tant d'autres, passe plus de dix heures par semaine à "commuter" en RER. Et qui se plaît à deviner quelques facettes de la vie des clients dont elle nettoie les chambres.

Le film, quasi documentaire sociétal, prend le temps de l'observation, puis de la contemplation dans un basculement soudain, fantaisiste, peut-être poétique. Tout d'un coup en effet, la perspective change. Mais la parenthèse se fait longue, avant les dernières minutes, que certains reprocheront sûrement à Pascale Ferran, mais que j'ai trouvé nécessaires pour ne pas ressortir déçu de la salle. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, en tous cas pas à cette deuxième partie de film.

Du coup, bilan mitigé pour Bird People. Les personnages sont intéressants (et bien interprétés) mais on voudrait en savoir plus sur eux (ils sont deux, et la pellicule durait deux heures !). Le "regard" de la réalisatrice, remarqué au Festival de Cannes, est sensible, et montre très bien plusieurs choses, bien différentes: la solitude moderne, la tentation de laisser de côté ses responsabilités (égoïsme d'une crise de la quarantaine, ou autre chose ?), la magie et la poésie paradoxale de ces lieux atypiques... Plus ambivalente, la discussion proposée sur la lâcheté (de Gary ?) et le courage (de nos travailleurs précaires, de nos rêveurs...), tout cela dans un film peu bavard. Un reproche, aussi, le nombre de cigarettes à l'écran, affolant. Un film qui ne laisse pas indifférent, qui peut en fait aussi bien beaucoup plaire que profondément ennuyer.

Affiche du film

Affiche du film

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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 20:41

Samedi 31 mai
Paris 14, Sept Parnassiens

DEUX JOURS ET UNE NUIT

De Jean-Pierre et Luc Dardenne (France-Belgique, 2014)

Les frères Dardenne sont réputés pour leurs sujets "sociétaux", et ce dernier film, en compétition à Cannes (reparti sans récompense) répond bien à ce qu'on peut attendre d'une oeuvre naturaliste (je pense à Zola, bien sûr). Sandra sort de dépression et s'apprête à reprendre son travail dans une petite entreprise de panneaux solaires. Mais la crise est là, l'entreprise doit faire des choix. Le vendredi, les employés ont dû voter: le retour de Sandra ou... leurs primes ! Le week-end commence donc mal pour Sandra, licenciée... jusqu'à ce qu'une collègue et son mari la convainquent de lutter. La première bataille, obtenir un deuxième vote lundi, est remportée. Ne reste plus qu'à convaincre ses futurs-exs collègues de réfléchir voire de revenir sur leur vote... Sandra va les visiter, un à un, pendant le week-end...

Situation irréaliste selon certains, chantage affreux mais banal selon les autres, l'intrigue me paraît malheureusement très crédible. Combien d'employés ont dû accepter de travailler plus pour le même salaire, plutôt que de voir leur emploi supprimé ? Combien se voient proposer de suivre la délocalisation de leur usine, bref de partir travailler à l'étranger, avec un salaire moindre, là encore parce qu'on veut sauver les apparences ? Alors que le chômage explose, qu'il est facile d'opposer entre eux les faibles... Rien n'a changé depuis presqu'un siècle, par exemple ce qui a servi de trame aux Raisins de la colère.

Marion Cotillard est excellente dans le rôle titre, malgré sa difficulté (une anonyme ordinaire, c'est paradoxalement très exigeant). Très bon jeu aussi des autres acteurs. Quand aux réalisateurs, ils ne jugent pas leurs personnages, et c'est tant mieux. La répétition des rencontres entre Sandra et chacun de ses collègues comporte assez de suspense pour ne pas être trop fastidieuse, mais il n'en aurait pas fallu beaucoup plus. Car il y a peu de franches bouffées d'oxygène dans ce film, ce qui était prévisible, mais est aussi sa limite. Deux jours et une nuit, c'est un drame subtil, un regard lucide sur certains travers de nos sociétés contemporaines. Sans remède apparent.

Déjà vu des frères Dardenne: Le silence de Lorna

Affiche officielle du film

Affiche officielle du film

Bande-annonce officielle du film

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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 09:24

Vendredi 16 mai
Paris 6, UGC Rotonde

LE PROMENEUR D'OISEAU

De Philippe Muyl (France, Chine, 2014)

La Chine d'aujourd'hui propose un cadre rêvé pour marquer des contrastes entre tradition et modernité. Philippe Muyl s'en sert pour réaliser un conte initiatique très classique dans son intrigue. Renxing, jeune fille ultra-connectée comme ses parents, vit à Beijing. Son père et sa mère voyagent fréquemment pour leur travail (Tokyo pour monsieur, Paris pour madame). Les vacances scolaires commencent, et la bonne doit s'absenter pour le mariage de son fils. Faute d'autre solution, Renxing est confiée à son grand-père paternel, Zhigen, qui s'apprêtait à rentrer dans le village de sa femme décédée quelques années auparavant. Zhigen tient à accomplir une promesse, celle de libérer un oiseau devant la tombe de sa bien-aimée. Il emmène Renxing avec lui...

Beijing est ultra-moderne et richissime, la campagne chinoise à la fois immuable et pas rétrograde (Skype qui fonctionne en pleine forêt...): les décors de Philippe Huyl sont aseptisés et très consensuels. Comme je le disais, le scénario n'a aucune prétention d'originalité, mais l'humour et la poésie peuvent suffire à rendre le film divertissant et agréable. Si on parvient à dépasser le simplisme du Promeneur d'oiseau, le voyage est réussi.

Affiche du film

Affiche du film

Bande annonce du film (VOSTF)

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 14:08

Jeudi 8 mai
Paris 14, Gaumont Parnasse

LAST DAYS OF SUMMER

De Jason Reitman (USA, 2014)

Une route de campagne, bordée d'arbres, qui font un peu d'ombre alors que le soleil estival brille et chauffe ce coin des Etats-Unis de 1987. Adele (Kate Winslet) vit avec son fils Henry (Gattlin Griffith), à quelques jours de la reprise des cours au collège. Le mari/père est parti il y a déjà un moment, avec sa secrétaire. Henry aimerait bien que sa mère surmonte ce vide, ce quasi-désert affectif. Alors qu'ils font quelques courses au supermarché local, Frank (Josh Brolin) les approche. Il semble blessé, a besoin d'aide... et s'invite chez eux par la menace. On découvre rapidement qu'il vient de s'évader de l'hôpital de la prison, prison où il purge une peine de 18 ans pour homicide... Déterminé, Frank a besoin de se cacher quelques heures. Les derniers jours d'été d'Adele et de Frank vont être bouleversés.

Oscillant entre le thriller (le suspense est haletant à plusieurs reprises, la bande-son y contribuant fortement) et le mélo (vous l'avez deviné, il va y avoir un certain apprivoisement entre le fugitif et ses hôtes-plus-ou-moins-malgré-eux), le film de Jason Reitman joue dans un autre registre que Juno, In the air, ou Thank you for smoking (oui, tous du même réalisateur). Peu d'humour, mais de l'émotion et beaucoup beaucoup de délicatesse et de sensibilité dans le traitement de ce scénario. Les images et les couleurs sont vraiment très belles, mais ce sont surtout les acteurs qui sont superbes sous la caméra de Reitman. Les trois principaux (Winslet, Brolin et Griffith) jouent superbement; les rôles secondaires sont également à la hauteur. Une "comédie dramatique" comme je les aime !

Affiche du film

Affiche du film

Bande annonce VOSTF

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