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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 17:54
Je voudrais que cela ne finisse jamais, de Åke Edwardson - 2

Suite de la relecture (dans l'ordre, mais avec des interruptions) de la série policière suédoise avec le commissaire Erik Winter. Chez Åke Edwardson, les conditions météorologiques constituent un paramètre majeur de l'atmosphère... Dans cet épisode, il fait chaud, très chaud même, à Göteborg. Un crime cinq ans auparavant, non élucidé, refait surface quand une agression d'une jeune femme dans un parc est commise, avec un mode opératoire trop ressemblant pour être ignoré. Mais l'enquête piétine, entre secrets dissimulés car peu reluisants, et secrets dissimulés car appartenant au registre de l'horrible, presque de l'innommable. Un des subordonnés du commissaire, en période de deuil, est à la fois particulièrement clairvoyant, et intrépide au point de prendre des risques qui accroît l'urgence de la résolution. Les histoires de famille, y compris dans la police, permettent au roman d'être tour à tour chaleureux et glaçant... ni naïf, ni complètement cynique.

Pour en savoir plus :

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 10:15
Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison, d'Arto Paasilinna

Le héros, Jalmari Jyllänketo, travaille pour la police secrète de Finlande. Vous vous attendez à une enquête, peut-être en lien avec le terrorisme ? Non, le problème semble bien plus exotique. Pensez, une ferme, ancien kolkhoze de l'ère soviétique, s'est reconvertie dans l'agriculture biologique et ses cultures de champignons connaissent une prospérité impressionnante ; certes, les propriétaires utilisent judicieusement une ancienne mine de fer pour leurs récoltes, mais l'Etang aux Rennes (le nom du domaine) n'est-il que cela ? "Déguisé" en contrôleur de l'agriculture biologique, Jalmari découvre la ferme et ses principaux acteurs. Mais d'autres restent cachés. En fait, le recrutement des employés est très original, clairement illégal, et très trouble sur le plan moral.

Beaucoup moins drôle que d'autres opus de l'auteur finlandais, quoiqu'avec une bonne dose d'absurde et donc quelque part de loufoque, Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison pose différentes approches de la justice, en partant du postulat que les notions de loi et de morale sont éminemment relatives. Je n'adhère personnellement pas du tout à cette façon de donner du crédit à une option qui prend acte de la perte de confiance envers des institutions et cherche à s'y substituer.

Bien sûr, il s'agit d'un roman dans lequel l'auteur reste distant, mais il aborde un sujet lourd de conséquences et occasion de malaise, que la légèreté des rebondissements et du ton ne peut pas effacer. Au final, un ressenti ambigu.

Autres romans du même auteur déjà recensés sur ce blog :

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 14:35

Dimanche 2 novembre, Cinéma Jacques Prévert (Aulnay-sous-Bois)

BANDE DE FILLES

De Céline Sciamma (France, 2014)

Bande de filles

Excellent film, ou au contraire succession de clichés et fantasmes sur le quotidien des jeunes femmes des banlieues en France ?

Le troisième film de Céline Sciamma fait couler pas mal d'encre, et ce depuis quelques mois vu que le film a été projeté au printemps dernier au festival de Cannes. J'avais adoré son premier, Naissance des pieuvres ; je n'ai pas vu le second, Tomboy, utilisé comme épouvantail par les militants "anti-genre" alors qu'il a été projeté dans des environnements scolaires.

Bande de filles, c'est l'histoire - essentiellement - de Marieme, collégienne noire dans ce qu'on appelle maintenant "les quartiers" (les journalistes ont remplacé banlieues ou cités par quartiers, province par région... mais plutôt que de changer de mots, on pourrait changer de préjugés, non ?). La conseillère d'orientation ne sait pas lui proposer autre chose qu'un CAP. Sa mère nettoie des bureaux, il ne semble pas y avoir de père, du coup c'est le "grand frère" qui fait régner l'ordre parmi les trois soeurs. Un ordre qui se résume à garder son honneur, un ordre qui est instauré par la menace (au mieux) et les coups (le plus souvent). Les possibilités ouvertes sont les suivantes:

  • se résigner à subir, à rester dans le moule (voir le mariage que lui propose Ismaël) ;
  • s'offrir des espaces de liberté, entre filles, ailleurs (souvent citée, à raison, car très forte, la séquence de danse sur Diamonds, de Rihanna) ;
  • se conformer au modèle qui impose la force physique comme cause de respect et de légitimité (la scène, terrible, où le frère de Vic lui permet de jouer avec lui à la console, après qu'elle ait "vengé" la leader du clan), modèle qui voudrait que les corps soient tous masculins ;
  • se révolter, et donc devenir "une pute" (elle passe la nuit avec son amoureux mais ils ne sont pas mariés...) ;
  • chercher des protections quitte à prendre des risques, avec la loi, avec son corps.

Marieme cherche sa voie dans cet univers qui ne conçoit les femmes que comme épouses ou comme prostituées. Pour qui, comme Vic, veut une autre existence, il faut d'abord chercher à survivre.

Je n'ai pas les moyens de savoir dans quelle mesure cet univers est exagéré, fantasmé, ou malheureusement pas très loin du réel. J'aimerais éviter les écueils pointés par la critique du Sens des images. J'ai personnellement beaucoup apprécié le film, parce que Céline Sciamma réalise des séquences fortes (celle d'ouverture avec du soccer féminin, celle de Diamonds déjà mentionnée, et d'autres), tant visuellement que musicalement ; parce que son casting est extraordinaire ; parce qu'elle rappelle aussi que certaines populations sont facilement oubliées.

Si la justesse du film en terme sociologique peut être questionnée, sa qualité esthétique me semble en revanche très convaincante.

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 15:27
Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson

C'est amusant: j'avais beaucoup aimé l'Eloge de l'énergie vagabonde, du même Sylvain Tesson, au point de le recenser deux fois sur ce blog (en 2007 et en 2008), et pourtant je n'avais jamais été jusqu'à lire d'autres ouvrages de l'auteur. Et, comme pour le premier livre, c'est par la recommandation d'une connaissance que j'ai commencé Dans les forêts de Sibérie, qui a reçu le Prix Médicis Essai en 2011.

Sibérie, Baïkal, ermite... Des mots-clés qui me font penser également aux romans de Christian Garcin. Mais ici, pas de roman, plutôt le journal d'une expérience personnelle, celle de vivre six mois dans une cabane de quelques mètres carrés sur une rive du lac Baïkal, à plusieurs heures de marche (dans la neige pendant plusieurs mois) du plus proche voisin... Une expérience de solitude volontaire, de rusticité et de simplicité puisque le confort est rudimentaire. Il faut couper son bois, pêcher son poisson sous la glace, savoir accueillir le visiteur de passage (du thé toujours, de la vodka presque toujours), prendre garde aux ours dont c'est le territoire, savoir contempler la nature et des paysages peu mobiles, surmonter les mauvaises nouvelles... Sylvain Tesson a appris à compter sur deux chiens qui lui ont été prêtés, et a meublé ces longues journées de nombreuses lectures en retard (cette idée me plaît).

J'ai beaucoup aimé Dans les forêts de Sibérie, comme d'ailleurs Eloge de l'énergie vagabonde, pour le regard que pose l'auteur sur le monde, et pour son talent pour la formule (probablement encore davantage aiguisé par l'expérience !). Il propose une éthique de la sobriété, entre détachement qui ferait penser au bouddhisme, et exigence d'une responsabilité écologique ; une réflexion citoyenne pour des alternatives à la consommation et à la modernité. Un concentré de sagesse et de poésie.

"Le Romain bâtissait pour mille ans. Pour le Russe, il s'agit de passer l'hiver. Rapportée à la violence des tempêtes, la cabane est une boite d'allumettes. Fille de la forêt, destinée à la pourriture: les rondins de ses murs étaient les troncs de la clairière. Elle retournera à l'humus quand son propriétaire l'abandonnera. Elle offre dans sa simplicité une protection parfaite contre le froid saisonnier. Elle n'enlaidit pas le sous-bois qui l'abrite. Avec la yourte et l'igloo, elle se dresse sur le podium des plus belles réponses humaines à l'adversité du milieu." (12 février)

"Je voulais régler un vieux contentieux avec le temps. J'avais trouvé dans la marche à pied matière à le ralentir. L'alchimie du voyage épaississait les secondes. Celles passées sur la route filaient moins vite que les autres. La frénésie s'empara de moi, il me fallait des horizons nouveaux." (17 février)

"La glace est le marqueur du temps. Le printemps donnera bientôt le coup de grâce. L'eau a infiltré la couche, y a creusé d'infimes sillons verticaux. La glace est rongée par les vers. Il faut guetter le jour où elle se désagrègera en gressins de cristaux. La surface vérolée n'offre plus la belle surface obsidienne, dure comme le métal. La nacre croustille." (6 mai)

Mais aussi, en vrac:

"Les livres sont des icônes" (14 février)

"La contemplation, c'est le mot que les gens malins donnent à la paresse pour la justifier aux yeux des sourcilleux qui veillent à ce que 'chacun trouve sa place dans la société active'." (24 juin)

"'Moins on parle et plus on vivra vieux', dit Youri. Je ne sais pas pourquoi mais je pense soudain à Jean-François Copé. Lui dire qu'il est en danger." (2 mars)

"Qu'est-ce que la société ? Le nom donné à ce faisceau de courants extérieurs qui pèsent sur le gouvernail de notre barque pour nous empêcher de la mener où bon nous semble." (4 juillet)

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 21:44

Dans un "avertissement" qui ouvre le livre, Joël Schmidt affirme qu'il est conscient que le genre de l'uchronie n'est pas des plus familiers de la culture française. Certes. Mais je pense qu'il y a différentes façons de rédiger dans un esprit "uchronique"; celle adoptée pour La Saint-Barthélemy n'aura pas lieu ne m'a pas du tout convaincu.

A l'origine, cette année 1561 durant laquelle Catherine de Médicis, qui exerce la régence, tente de faire naître une certaine coexistence pacifique et respectueuse entre protestants et catholiques. En "vrai", le colloque de Poissy échouera. Sous la plume de Joël Schmidt, la régente met tout son talent politique et son autorité pour que les deux camps cessent de se battre. Du coup, la monarchie passe au protestantisme, et une bonne partie de la noblesse puis de la France aussi. Les rôles sont renversés. La situation diplomatique du royaume est très différente, car les alliances sont redistribuées sur des fondements confessionnels. L'économie nationale connaît des fortunes diverses...

Le potentiel est intéressant, pourtant je n'ai pas aimé le livre:

  • d'abord parce qu'il se focalise trop sur la dimension confessionnelle pour relire l'Histoire; celle-ci a son importance mais je pense qu'elle est exagérée ici;
  • deuxième raison "historique": en gardant les "dates-clés" de l'histoire de France, Joël Schmidt semble au contraire affirmer qu'un changement de confession d'Henri III n'aurait pas empêché Ravaillac, la Fronde, etc. et donc que Napoléon (par exemple) était inéluctable. Or propose-t-il une uchronie ou un survol (certes érudit) de l'histoire de la France moderne en se concentrant sur l'appartenance confessionnelle des élites ? En gardant la trame des dates charnières, le livre devient davantage un catalogue des protestants influents de ces temps-là, auxquels on a adjoint quelques figures (Richelieu, Louis XVI...), qu'une histoire vraiment alternative.
  • enfin, mon dernier reproche se résume à une attente littéraire déçue, qui découle de ce qui précède. Là où j'attendais un roman historique alternatif, se concentrant sur des personnages fictifs ayant des liens avec des personnages historiques dont on se serait permis de changer la confession, pour partir dans un univers historique original, je me suis retrouvé avec ce condensé d'histoire confessionnelle des élites françaises jusqu'en 1905 (il aurait fallu s'arrêter bien plus tôt pour le roman que je pensais lire).

Malentendu sur le projet du livre ou déception partagée ? Si vous l'avez lu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !

La Saint-Barthélemy n'aura pas lieu, de Joël Schmidt
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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 20:44

Côte de Floride. Les promoteurs immobiliers exploitent le littoral en bâtissant des logements pour riches retraités. Soleil, argent... Les apparences sont belles... Mais la société compte aussi ses exclus. Des moins favorisés, bien sûr. Mais aussi des personnes condamnées pour des délits et des crimes sexuels et qui, après la prison, vivent avec des bracelets électroniques, avec des contraintes quasi-impossibles à respecter (ne pas quitter l'Etat... et ne pas approcher à moins de 800 mètres de lieux fréquentés par des enfants). Ils sont relégués loin de tout, par exemple sous un viaduc autoroutier. En période électorale, les "sans droits" (considérés comme incurables ou irrécupérables) sont tabassés tranquillement par la police sous les regards des journalistes. Parmi ces exclus, le Kid, 22 ans, accompagné d'Iggy, son iguane, s'adapte plus ou moins à ce quotidien de survie, où même les anciens puissants perdent toute influence. Mais un sociologue, "le Professeur", s'intéresse à leur sort et plus particulièrement à celui du Kid. Cherche-t-il sincèrement à comprendre ce qui se joue avant d'aboutir sous le viaduc ? Ou a-t-il un autre projet ? Au fait, le Kid est-il condamné à survivre ainsi, ou des améliorations sont-elles possibles ?

Voilà pour l'intrigue. Comme toujours, Russell Banks a une écriture très efficace, qui ne juge pas ses personnages mais soulève d'importantes questions de société. Il ose affronter directement, sans l'édulcorer dans les descriptions, un sujet ultra-sensible. C'est donc à la fois un roman captivant, très bien construit, et un geste, fort, d'interrogation du réel.

Pour en savoir plus:

Lointain souvenir de la peau, de Russell Banks
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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 18:34

Sans l'avoir prémédité, il semble que je me trouve dans une période de relecture de grands classiques de ma jeunesse, et même de grands classiques tout court, quand il s'agit des oeuvres de Jules Verne ! En fait, je venais de revoir sur Netflix le film produit par les studios Disney il y a "quelques" décennies (Wikipedia), et les raccourcis scénaristiques de l'adaptation m'ont donné envie de relire l'original, à la fois plus complexe et plus ennuyeux (les nombreux passages de classifications de la flore et surtout de la faune sous-marine ont un intérêt un peu trop confidentiel !).

Peu de suspense pour moi dans ce nouveau parcours du texte, bien sûr, mais toujours de l'admiration pour le souci documentaire de l'auteur, sa créativité... Si par hasard vous ne savez pas ce dont parle Vingt mille lieues sous les mers, il s'agit des aventures d'un scientifique français (le professeur Aronnax), de son domestique (Conseil) et d'un harponneur canadien (Ned Land), dans les années 1860. Partis à la chasse d'un "monstre" non-identifié qui causerait des avaries à certains navires, les trois héros se trouvent embarqués malgré eux dans un engin sous-marin (le Nautilus), conduit par le mystérieux capitaine Nemo et son équipage...

Dans Vingt mille lieues sous les mers, il est aussi question de révolte face à l'injustice et à l'oppression, de conscience personnelle, de responsabilité envers la nature et les autres... Il est question de progrès technique et scientifique qui ne s'accompagne pas nécessairement d'un processus de "civilisation" des relations entre êtres humains. Une thématique qui n'a pas perdu de son actualité. C'est une des magies de la littérature, d'être capable de faire surgir une telle pointe dans une oeuvre de quasi-science-fiction près de 150 ans plus tard. J'aime !

Vingt mille lieues sous les mers
Vingt mille lieues sous les mers
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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 21:40

La maison d'édition (Athanor) n'a pas de site Internet et probablement plus d'activité ; quand le livre paraît en 1995, l'auteur (ni écrivain ni historien) est conseiller municipal de la commune du Raincy (93), depuis déjà quelques années. Aujourd'hui, il en est le maire. C'est à l'occasion d'une visite avec une Raincéenne de longue date, passionnée par l'histoire de sa ville, que je récupère l'ouvrage, qui, vous l'aurez compris, ne doit pas être des plus faciles à trouver !

Jean-Michel Genestier propose en fait une chronologie de la commune, d'abord domaine forestier avec un château, plusieurs fois remanié, avant de devenir une "colonie" résidentielle au dix-neuvième siècle, de connaître un développement et un essor qui la distinguent des collectivités voisines. Comprenant un "Plateau", en hauteur, la ville a "accueilli" des canons prussiens qui bombardaient la capitale en 1870, avant d'être un lieu de rassemblement des "Taxis de la Marne" au début de la Grande Guerre. L'histoire du Raincy est également marquée par les caprices géologiques; carrières et aqueducs anciens provoquent régulièrement des glissements de terrain et des difficultés d'approvisionnement en eau...

Jean-Michel Genestier a épluché les procès-verbaux des Conseils municipaux et interrogés des anciens pour rédiger cet ouvrage, intéressant pour comprendre un peu l'identité de la commune.

On discerne beaucoup dans ces pages une volonté de faire l'éloge d'un certain esprit de concertation, de consensus souvent, d'absence d'esprit partisan assurément parmi les élus. Une telle conception de l'administration d'une commune était-elle si insolite dans les environs ? L'auteur valorise également fortement la cohésion de la population et de ses élus pour défendre les intérêts de la commune. Jusque là, d'accord, mais cela aboutit en fait un peu au syndrome "NIMBY" ("not in my backyard"): les usines polluantes et autres nuisances ? Au loin ! Les transports, les administrations ? Le plus près de chez nous ! Si ça pouvait être si simple...

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 20:19

Christian Garcin, peut-être l'avez-vous compris si vous lisez régulièrement ce blog, est un écrivain des passerelles et des coïncidences. Passerelles entre ses ouvrages et ses personnages, coïncidences dans les rencontres et péripéties qui parsèment les romans. Mais pour que ces correspondances ou liens inattendus fonctionnent, il faut d'abord créer - ou mettre en évidence - certaines dissociations. A l'écrit, cela prend la forme de chapitres (et de typographies) distincts, qui traversent les époques et les frontières. Ici, le manuscrit d'un homme mûr des années 90, les notes de captivité d'un soldat napoléonien sur le front russe en 1812, les carnets d'un médecin astronome de la fin du dix-neuvième siècle participant à une expédition de Patagonie, et deux hommes, en 2013, qui vont peu à peu découvrir et rendre visibles les coutures entre ces pièces à priori non assemblables. On retrouve certains des thèmes chers à l'auteur, ces histoires de terriers, de chamans, de renards, de romanciers chinois.

Naturellement, on prend davantage de plaisir à avancer dans le roman quand les contours du tableau commencent à prendre forme, plutôt que dans les pages où deux récits sont mis littéralement l'un en dessus de l'autre, ce qui force à parcourir deux fois les chapitres en question, pour suivre les deux textes. Il y a des personnages hauts en couleur, quelques trouvailles (en particulier des aphorismes), et une dose raisonnable de surprises, y compris autour du dénouement, mais - est-ce l'habitude du lecteur ou un fléchissement de l'auteur ? - je suis un peu resté sur ma faim. Malgré les correspondances évoquées, j'ai trouvé que Selon Vincent manquait un peu d'épaisseur, que les univers proposés ne se déployaient pas autant que dans d'autres romans... Mais, encore une fois, j'ai du mal à savoir si c'est une impression personnelle ou plus "objective"...

C'était un dimanche après-midi. Myriam était partie rejoindre Brice quelque part en prétextant une sortie entre amies, les enfants étaient chez des copains, Lorna quant à elle se trouvait accaparée par un week-end familial avec mari et belle-famille. J'étais seul, ce qui en soi ne me dérangeait pas particulièrement - cela ne m'avait jamais dérangé. Et ce jour-là, alors que j'étais debout dans le salon à regarder les nuages passer par dessus la haie de troènes, je me suis soudain trouvé totalement bloqué. Impossible de bouger. Je restais immobile, à ne rien comprendre à ce qui m'arrivait. Je ressentais à la fois un vide et une lourdeur oppressante au niveau du plexus, ce qui provoquait une tension paralysante que je n'avais jamais éprouvée auparavant. C'était une étrange sensation: comme si un trou béant, d'une profondeur insondable, s'était creusé en moi, et que dans le même temps ce trou se trouvait chargé d'un poids considérable. C'était un vide plein, en somme. Un gouffre d'une densité effrayante. En astrophysique, on appelle cela un trou noir, si dense que la lumière elle-même ne parvient pas à s'échapper. (pages 36-37)

- Gentlemen, dit-il, puisque nous avons quelques minutes devant nous, j'aimerais vous entretenir de quelque chose qui me tient à coeur - si cela ne vous dérange pas, bien entendu.
Nous nous regardâmes d'un air neutre. Je haussai les épaules. D'un geste de la main, Paul et les deux autres l'invitèrent à continuer.
- (...) J'eus donc une idée toute simple: je décidais de collectionner les corps célestes. C'était un investissement de long terme. L'idée aurait pu sembler farfelue à toute personne dotée d'un solide bon sens. Heureusement, le bon sens n'a jamais été ce qui caractérise le mieux Wilfrid La Brea, fit-il en éclatant d'un rire gras - et c'est ainsi que je partis bille en tête dans ce projet ambitieux. Le bon sens n'était pas mon fort, répéta-t-il, mais j'ai toujours été quelqu'un d'extrêmement méthodique et opiniâtre. Je commençais par examiner le traité de l'Espace, datant de 1967... (pages 192, 199-2
00).

Le monde n'est pas peuplé de gens mais d'histoires. (page 246)

Selon Vincent, de Christian Garcin
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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 10:39

Je ne m'étais pas rendu compte que ça faisait si longtemps que je n'avais pas eu la chance d'écouter Jennie Abrahamson en concert. Il faut dire qu'en 2009-2010, les occasions avaient été nombreuses: au Café de la Danse d'abord, ensuite à la Dame de Canton, à nouveau au Café de la Danse, et enfin et déjà à l'International. Depuis, la chanteuse suédoise a composé deux albums, mais n'a toujours pas été "adoptée" par une maison de disques lui permettant de se faire connaître en France. Son public reste donc limité, mais Jennie le promet, elle ne renonce pas à venir, à choyer sa base d'amis et de fans (dont elle connaît certains prénoms...) en attendant davantage de moyens.

Ce jeudi 25 septembre donc, retour à l'International, dans le onzième arrondissement, entourée de trois musiciens, dont son batteur de toujours, jamais décevant, un bassiste et un aux claviers. On perçoit la connivence et la confiance entre eux. Au programme, bien sûr, des titres de son nouvel album Gemini Gemini, et des reprises des précédents. Rien à redire à la prestation, avec d'intéressantes variations sur certaines chansons bien connues de l'artiste. Un grand moment de plaisir, qui enthousiasme !

D'autres informations sur le concert dans cette recension très complète (avec vidéos et setlist).

Jennie Abrahamson à l'International, édition 2014
Jennie Abrahamson à l'International, édition 2014
Jennie Abrahamson à l'International, édition 2014
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