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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 00:30
Mardi 5 mai
Paris 19, MK2 Quai de Seine

HOMO TOXICUS
Documentaire de Carole Poliquin (Canada, 2008)
dans le cadre des Mardis de Courrier International



Voir les éditions précédentes: (2009): avril - février - (2008): décembre - juin - avril - mars - février

Mon appréciation: 7/10

Le documentaire de ce soir fait voyager, ne serait-ce que par ces accents québecois plus ou moins marqués. Nous passons aussi aux Etats-Unis et en France. Mais c'est surtout du côté des peurs que devraient susciter nos modes de consommation et nos environnements que nous voyageons !

Croisement militant à la Michael Moore et pédagogique à la C'est pas sorcier, Homo Toxicus est extrêmement documenté. Des dizaines de scientifiques étayent des propos assez techniques mais plutôt bien vulgarisés par quelques témoignages (le fermier québecois, ou l'Amérindienne et les pastilles colorées sur les silhouettes recensant les maladies survenues dans l'environnement direct d'un complexe industriel). Sans mauvaise foi (on va écouter un représentant de l'association des industries chimiques) ni candeur (le porte-parole de l'agence de santé canadienne est un monument de bêtise au naturel), la réalisatrice dresse un réquisitoire accablant contre la manipulation de la nature au nom du profit et aux dépens de la vie (pas seulement humaine) sur la planète.

Multiplication des affections "modernes" (allergies et asthmes, cancers...), développement des anomalies à la naissance, baisse de la quantité et de la qualité des spermatozoïdes en particulier dans les populations rurales fortement exposées à toutes sortes d'insecticides, herbicides, fongicides et autres toxiques, incohérence voire inconscience des politiques qui abandonnent le principe de précaution au profit d'une "gestion du risque supportable" (en gros on prend tous les risques et quand ça va mal on prend des mesures), c'est sans appel. Et on voit mal comment, hormis une révolution au sens propre du terme dans tous les pays industrialisés, on pourrait remettre du bon sens et éviter l'aggravation de la situation...

Des espoirs néanmoins, certes insuffisants, mais à développer (cela a été bien discuté pendant le débat qui suit traditionnellement la projection pendant les Mardis de Courrier International): malgré les puissants lobbys industriels, et malgré ses faiblesses, la récente directive REACH de l'Union européenne marque une avancée; et, au quotidien, rien de tel que les fruits et légumes, mais bios uniquement (car ne pas manger de fruits et légumes favorise la survenance de cancers, mais avaler des microgrammes de cocktails détonants de toxiques présents sur les "fruits et légumes conventionnels" aussi !).

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 07:03

Dimanche 3 mai
Paris 3, MK2 Beaubourg

ILS MOURRONT TOUS SAUF MOI !
De V. Gaï Guermanika (Russie, 2008)


Mon appréciation: 7/10

Même à Paris, la durée de vie des films en salles est excessivement limitée. Il suffit de ne pas aller au cinéma pendant une dizaine de jours, et plus moyen de voir des films en deuxième ou troisième semaine d'exploitation à un autre moment que le lundi à 16h ou le mardi à 12h. C'est la mauvaise surprise qui m'attendait à la lecture du programme des cinémas. Tant pis donc pour Un été italien (vu par la demoiselle) et Sois sage (je voulais revoir Anaïs Demoustier). Heureusement, j'ai quand même pu voir Ils mourront tous sauf moi !

Un film sur des adolescentes qui se cherchent, ce n'est pas très nouveau. Première soirée de fin d'année, premiers mecs, premiers shots d'alcool, tensions avec la famille, les profs, les amies... Oui, ça ressemble à beaucoup d'autres histoires, lues, vues, entendues. Et pourtant. Nous sommes dans une zone urbaine "moyenne" de Russie (ce n'est pas la Sibérie, ce n'est pas non plus le clinquant de Moscou ou de Saint-Pétersbourg). Janna, Vika et Katia sont en seconde. La proviseure annonce une soirée pour la fin de l'année, toute proche, le soleil est déjà partout. Mais une potacherie aura des répercussions et menacera même la soirée. Au royaume de la débrouille, où la relative dureté des temps conduit rapidement au "chacun pour soi", aux dépens du moindre soupçon de romantisme, les obstacles sont surmontés... pour ouvrir, assez douloureusement, sur une réalité et une lucidité qui auraient gagné à être préservés un peu plus. C'est l'histoire éternelle de l'adolescence, celle où l'on doit faire soi-même des erreurs pour prendre conscience de certaines idées de bon sens.

Ils mourront tous sauf moi ! est filmé nerveusement, caméra à l'épaule, avec une économie d'effets (notamment musicaux), mais avec une certaine tendresse, et une certaine urgence, qui arrive à saisir ce moment souvent complètement flottant où l'enfance s'achève vraiment. En lisant Télérama, on apprend que la réalisatrice a à peine 25 ans. Ceci explique peut-être cela...

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 21:01

Avec Sophie, nous avions d'abord pensé aller au Grand Palais, pour l'exposition "Un visage peut en cacher un autre". Mais on a pensé que l'affluence serait trop importante alors que nous n'avions pas tout le dimanche après-midi, et que de toute façon passer plusieurs dizaines de minutes dans une file d'attente, même pendant un week-end de trois jours, c'est plutôt moyen.

Elle a ensuite eu l'idée de l'exposition "Un siècle de jazz", au musée du quai Branly. Bonne idée, Télérama venait d'attribuer 4 étoiles à l'exposition, c'était bon signe. En plus, premier dimanche du mois, les expositions permanentes sont gratuites... mais aussi l'exposition temporaire, ce qui nous a agréablement surpris. Entre les Nuits des musées et autres passages éclairs, c'est donc la troisième fois que je visite quelque chose dans le musée laissé par le non-regretté prédécesseur de Sarkozy.

Donc l'exposition "Un siècle de jazz". Le vingtième, naturellement. La collection est impressionnante, elle semble même par moments ne pas avoir de fin. La scénographie est excellente (pas comme la collection permanente) avec le léger reproche (comme pour la permanente, décidément) de manquer d'explications.

Posters, peintures, pochettes de 78 tours, photographies, c'est souvent très beau (des couleurs; noir, rouge, rose dominent), parfois difficile à dater tant l'univers du jazz est "spécifique". On aperçoit un dessin de Pablo Picasso, de Fernand Léger, une toile de Pollock.

On entend (car il y a, partout, des petites pastilles diffusant des extraits des "grands" du jazz), surtout dans la première moitié (l'exposition est chronologique autour de 10 périodes), beaucoup de trompettes qui sonnent. Puis c'est le temps du saxophone, blues mélancolique. Peu d'extraits où le piano domine, cela nous étonne un peu. Le mouvement "Free Jazz" (1960-1980, 9ème partie de l'exposition) est celle qui nous convainc le moins. Quelques vidéos, très conceptuelles, laissent également sceptiques ("songeurs" serait trop neutre).

Mais sur la superficie de l'exposition, qui, je le répète, est remarquablement agencée, les quelques pièces qui plaisent un peu moins ne peuvent ternir la très bonne impression que suscite la visite. A faire donc, avant le 26 juin.



Pour en savoir plus:
Site de l'exposition
L'avis de Télérama

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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 22:48

Samedi 2 mai
Paris 20, MK2 Gambetta

COCO AVANT CHANEL
D'Anne Fontaine (F, 2009)




Mon appréciation: 7/10

Bravo ! Le film me fait penser à ces magnifiques réalisations britanniques en costumes (récemment: The Duchess, Deux soeurs pour un roi), ce qui, en ce qui me concerne, est un très beau compliment, qui plus est pour un film français ! Les images sont très belles, les couleurs parfaites.

Anne Fontaine signe ici un très bon film (j'avais aussi adoré Entre ses mains avec - déjà- Poelvoorde), alors que j'avais été déçu par le précédent (La fille de Monaco). Les acteurs sont excellents, Audrey Tautou en tête, mais bon ce n'est pas une nouveauté.

Bonne chose pour les complètement ignares (comme moi) en matière de mode, un certain nombre de grands traits de l'oeuvre de Coco Chanel sont bien explicités. Cela évite de passer à côté de tout un aspect du film, parmi les plus importants ! Mais c'est la seule limite de ce film (d'où la "bonne" appréciation sans plus): Coco avant Chanel ne me parle pas tant qu'à quelqu'un sûrement plus conscient de l'influence de la créatrice. Quelqu'un, pas forcément quelqu'une, parce que je refuse d'expliquer le désintérêt pour la mode par mon genre !

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 18:50

Ma librairie Le Comptoir des Mots apprécie beaucoup et le fait savoir la petite maison d'édition nancéenne de La Dragonne; d'ailleurs, quelques libraires contribuent au bon fonctionnement de la maison. C'est donc tout naturellement qu'une soirée était organisée par l'équipe du Comptoir à l'occasion du dixième anniversaire de La Dragonne. Qui publie des textes courts, entre nouvelles et novelas. 65 titres au catalogue.

Ce mercredi 29 avril, l'éditeur et trois de ses auteurs nous racontent leur métier, nous lisent leurs textes, et on est émerveillés. Par les arguments qui portent ("nous devons nous adapter à l'époque, pouvoir être lus dans le métro"), par la langue (ou comment l'absence de ponctuation peut donner des couleurs différentes aux mêmes mots), par les émotions... Du coup, comme je n'avais pas laissé ma carte bancaire chez moi, j'ai succombé à la tentation, et ai acheté un livre de chacun des auteurs présents, qui ont eu la gentillesse de me les dédicacer. Recensions à venir (mais ces 200 pages de "nouveaux textes" à lire sont noyées dans ma pile qui en compte plus de 4500... donc il va me falloir le temps d'en venir à bout !).

Les livres achetés:
- au nord tes parents, d'Antoine Mouton
- Chérie, nous allons gagner ce soir, de Fabien Sanchez
- Clémence et l'acteur nu, de Benoît Fourchard

Pour en savoir plus:
- le site éditeur
- l'album photos de la soirée sur Facebook

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 18:15

J'ai déjà lu Germinal plusieurs fois. Probablement près d'une dizaine depuis le lycée. Mais la fresque d'Emile Zola continue à me fasciner, parce que, comme je le rappelais récemment, j'aime les romans qui nous font mieux comprendre une période du passé. Bien sûr, Zola écrivait sur son époque. Mais la précision documentaire de son oeuvre, de son manifeste naturaliste, fait penser à un travail scientifique de type ethnologique ou historique.

Tout a sûrement déjà été dit sur ce récit où Etienne Lantier arrive à Montsou en pleine nuit, à la recherche de moyens de subsistance. C'est la crise (tiens !), le capitalisme et la spéculation ont fragilisé l'économie réelle (tiens derechef): les industries produisent moins, donc ont besoin de moins d'énergie; au bout de la chaîne, les mines de charbon sont dans une situation précaire. Etienne parvient à se faire embaucher et se lie avec la famille Maheu, mineurs depuis des générations et pour encore quelques décennies. Au coron des Deux-Cent-Quarante, la vie est dure, les idées socialistes ou encore plus extrêmes s'expriment dans le bar de Rasseneur, auprès du russe Souvarine... mais aussi avec Etienne, qui s'insurge contre l'injustice entre quelques familles qui vivent de la mine, et quelques centaines de mineurs, qui survivent pour/malgré la mine. Une nouvelle méthode de calcul des salaires, défavorable aux plus exploités, comme d'habitude, met le feu aux poudres. La grève commence, une grève "perdant-perdant"...

La vie quotidienne des habitants du coron, la personnalité de la mine, les états d'âmes des "bourgeois", la naissance de la conscience de classe, les conditions de travail plusieurs centaines de mètres sous terre, il y a tout cela, et tellement plus encore dans Germinal, décidément un chef d'oeuvre, incontournable... dont je termine la relecture un 1er mai, tout un symbole !



Pour en savoir plus:
Emile Zola sur Wikipedia
Germinal sur Wikipedia
Lire Germinal sur Wikisources (texte intégral et gratuit)

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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 22:10

Je suis fan de Mélanie Laurent. Mais je n'avais pas encore vu l'un de ses premiers grands rôles, celui de Lily dans Je vais bien, ne t'en fais pas. Pour une fois, malgré les horaires télévisés qui correspondent de moins en moins à mon rythme de vie, malgré le tapage de mes voisins qui regardaient une autre chaîne, j'ai réussi à regarder attentivement la plus grande partie du film, diffusé sur France 3 ce mardi soir. D'habitude, pas moyen de me concentrer sur mon écran de télé: celui de l'ordinateur me fait de l'oeil.
Bref, Je vais bien, ne t'en fais pas (réalisé par Philippe Lioret, le même que Welcome), c'est l'histoire d'une jeune fille qui rentre de vacances et ne retrouve pas son frère jumeau, qui serait parti de la maison après une dispute avec son père (Kad Merad, bien meilleur qu'en clown). Depuis, plus de nouvelles. Lily (Mélanie Laurent, donc) perd l'appétit. Plongée dans l'horreur du totalitarisme psychiatrique. Puis une lettre de son frère. Elle remonte la pente, à l'aide d'amis. Mais continue à chercher ce qui a pu se passer, et où se trouve son frère. Les surprises ne sont pas toujours bonnes.
Le film est bouleversant. On y parle bien sûr des relations entre parents et enfants, mais aussi de ces perspectives d'avenir qui divergent entre générations et entre "classes" (avec un "petit quelque chose" autour de la diversité et de l'élitisme que je n'arrive pas à exprimer proprement pour le moment, mais très bien vu et original), de ces équilibres entre personnes et arrangements avec la vérité nécessaires pour vivre.

Pour en savoir plus: Télérama
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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 22:58

Tout est une histoire de réseaux. A Bruxelles, l'Europe, le monde sont petits. Ce n'est pas péjoratif. Non, c'est quelque chose que j'aime.

Il y a la Sciences Po Lille Connection, et ces amis avec qui j'ai pu échanger quelques mots au détour d'un métro (Sharon et Sylvestre) ou d'un anniversaire (Tiffanie et Caroline); la Faidherbe Connection (un mois dans une classe de prépa, il y a huit ans, et je suis reconnu lors d'une soirée bruxelloise, je reste impressionné - et un peu honteux de ma très mauvaise mémoire), la Polish Connection (Hervé, Kasia, Marta), et même la Mélie Connection (Delphine) (voir aussi ici). A Bruxelles, le monde entier est représenté, mais tout le monde se connaît. A Bruxelles, on parle toutes les langues, mais beaucoup se comprennent.

Ce week-end donc, après plusieurs mois de promesses, je suis allé à Bruxelles. Pas question de courir, mais plutôt de retrouver quelques amis et de prendre le temps de découvrir la vie de la capitale belge (les musts touristiques, j'avais déjà fait). La météo a été beaucoup moins mauvaise qu'annoncée (au lieu de deux jours d'averses, une très belle éclaircie dans la journée de samedi, et un petit crachin le dimanche matin). Du coup, entre plusieurs soirées très européennes, j'ai pu découvrir les Serres royales (ouvertes trois semaines par an, à proximité du parc de Laeken et de l'Atomium), le quartier des Marolles et la place du Jeu de Balle, le Musée des instruments de musique... Suite du récit en photos.

Allez, une photo-cliché, au pied de l'Atomium

 

Avec Hervé, Kasia et leur chienne Plampka au parc de Laeken



Les Serres royales

 

Autre cliché, l'hôtel de ville sur la Grand'Place. Manque sur la photo le cornet de frites.



Le marché aux puces de la Place du Jeu de Balle (quartier des Marolles), où commence Le Secret de la Licorne, pour les tintinophiles avertis. Avec une vue à partir d'un bouquiniste L'imaginaire, où il m'a fallu du self-control...



Déjeuner et bières bruxelloises avec Delphine



Vue de Bruxelles à partir du dernier étage du Musée des instruments de musique, qui dispose par ailleurs d'une magnifique collection...
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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 22:52


Destination le Japon. Mes parents y passent quelques jours. Moi, comme tout ce qui touche à l'Asie en général, je n'y connais rien. Mais, allez savoir pourquoi, je pense avoir moins d'incompatibilité de principe que pour la Chine. Bref, je me suis fait offrir (après une recommandation lilloise me semble-t-il), La course au mouton sauvage, de Haruki Murakami.

Soit un publicitaire tokyoïte, blasé et à la vie assez ennuyeuse. Au début du récit, il rencontre une mannequin aux oreilles ensorcelantes. Mais surtout, il reçoit la visite d'un homme mystérieux dans son agence, qui le convoque à un rendez-vous avec un homme influent au Japon, positionné à l'extrême-droite. Lors de l'entretien, il s'avère qu'une photo qu'il a utilisé pour une banale campagne de publicité comporte un mouton étrange. Il faut retrouver sa trace. Or cette photo a été envoyée par un ami du héros, perdu plus ou moins de vue depuis plusieurs années. Il va falloir retrouver sa trace et s'intéresser de près aux moutons d'Hokkaïdo...

L'univers de Murakami m'a beaucoup plu. Beauté de la langue (le traducteur, Patrick De Vos, a d'ailleurs été récompensé en 1991 pour son travail), exotisme du récit pour le Français que je suis, mais aussi réflexion sur nos sociétés (l'influence secrète de quelques grands, les différences capitale/province, la recherche du passé, de l'isolement, l'humain et la nature...).

Quelques morceaux choisis, avec une forte thématique "voyages et transports".

Comme disait je ne sais qui, on parvient toujours à être au courant si on s'en donne la peine.

 

Je rêvais souvent d'un train de nuit. C'était toujours le même rêve. Je suffoque dans une atmosphère chargée de fumée, d'odeurs humaines et de relents de cabinets. Ce train de nuit est tellement bondé que je ne sais où mettre les pieds; de vieilles croûtes de vomi collent à la banquette. N'en pouvant plus, je me lèvre et descends à je ne sais quelle gare. L'endroit est désolé, je n'y vois pas la moindre lueur qui signalerait l'existence d'une habitation. Pas un seul employé de gare non plus. Il n'y avait rien, ni horloge ni horaire de chemin de fer... Tel était mon rêve.

 

Comment dire, c'était une bâtisse terriblement esseulée. Imaginez par exemple un concept. Il y aura bien quelques exceptions pour lui échapper. Or, avec le temps, ces exceptions font tache d'huile, pour finalement former un autre concept. Et d'autres exceptions apparaissent à leur tour - telle était, en un mot, l'impression que donnait cette bâtisse. On pouvait y voir un être antique qui aurait évolué à l'aveuglette, sans rien savoir de sa destination.

 

C'était une sensation formidable de monter les mains libres dans un train de grande ligne. La sensation de se trouver, au détour d'une promenade nonchalante, à bord d'un avion lance-torpilles entraîné dans les contorsions de l'espace-temps.

 

"Ca bouchonne drôlement ! dis-je.

- Eh oui, fit le chauffeur. Mais de la même manière que le jour toujours se lève au bout de la nuit, l'encombrement de la circulation n'est jamais sans fin.

- C'est vrai, dis-je, mais il ne vous arrive jamais de vous énerver ?

- Bien sûr, il m'arrive de trouver cela parfaitement désagréable. Mais je considère que tout cela constitue des épreuves qui nous sont infligées, et que, par conséquent, s'énerver signifierait une défaite personnelle.

- C'est une interprétation des bouchons qui n'est pas sans quelques accents religieux...

- Je suis chrétien. Je ne vais pas à la messe, mais j'ai toujours été croyant.

- Tiens, tiens. Et ça ne vous semble pas contradictoire d'être à la fois chrétien et chauffeur d'un gros bonnet de l'extrême droite ?

- Le Maître est une personne remarquable. Certainement la plus remarquable, après Dieu, parmi toutes celles que j'ai pu rencontrer jusqu'à ce jour.

- Parce que vous avez rencontré Dieu ?

- Bien sûr. Je lui téléphone tous les soirs."

 

 

"Pourquoi donne-t-on des noms aux bateaux et non aux avions, demandais-je au chauffeur. Pourquoi dire Vol 971 ou Vol 326, alors qu'on pourrait tout aussi bien dire Vol Muguet ou Vol Pâquerette ?

- Sans doute parce qu'il y a beaucoup plus d'avions que de bateaux. C'est un produit de masse.

- Vous croyez ? Les bateaux sont aussi un produit de masse. Il y en a même plus que d'avions.

(...)

- Ce serait pourtant formidable, un nom pour chaque bus ! s'exclama mon amie.

- Mais les passagers en viendraient à choisir leur bus selon leurs goûts. De Shinjuku à Sendagaya, on prendrait la Gazelle, mais pas le Mulet, dit le chauffeur. (...) Pensez donc au pauvre conducteur du Mulet, fit remarquer, tout à son propos, le chauffeur. On ne peut pourtant rien lui reprocher.

- Absolument rien, non, dis-je.

- Peut-être, dit-elle, mais je monterais quand même dans la Gazelle.

- Vous voyez bien, dit le chauffeur. C'est là qu'est le problème. Si les bateaux portent un nom, c'est une survivance des coutumes d'avant la production de masse. On leur donnait des noms de la même manière qu'on en donnait aux chevaux. Le principe est identique. Les avions aussi étaient utilisés comme des chevaux et ils avaient tous un nom: Spirit of Saint Louis, Enola Gay, par exemple. Il y avait un échange sur le plan de la conscience.

- Vous voulez dire que le concept du "vivant" est ici fondamental ?

- Exactement.

- La finalité serait donc secondaire en matière de nomination ?

- Oui. La finalité se contente d'un chiffre. Voyez les Juifs à Auschwitz.

- Evidemment, dis-je. Bon, admettons que les noms reposent sur un acte d'échange au niveau de la conscience entre êtres vivants. Pourquoi alors les gares, les jardins publics, les terrains de base-ball ont-ils des noms ? Ce ne sont pourtant pas des êtres vivants."

 


L'air était d'une pureté à faire blêmir mes poumons.

 

Le train était formé de deux voitures et transportait au total une quinzaine de passagers. Tous ligotés l'un à l'autre par les solides liens de l'indifférence et de l'ennui.

 

De loin, la maison avait l'allure d'une créature vivante. Elle se sentait à l'étroit, se tortillait, s'ébrouait.  





Pour en savoir plus
L'auteur sur Wikipedia (fr)
Le livre sur Wikipedia (en)
(Poursuite du boycott des sites pourris du groupe La Martinière)

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 21:23

Tout est parti d'un court billet sur son blog:


Un tel enthousiasme, ça éveille l'intérêt. Surtout quand on habite à quatre minutes à pied du Théâtre National de la Colline, et ce depuis trois ans, sans y être jamais entré. L'occasion fait le larron, comme on dit.

Il n'y avait pas beaucoup de choix dans les dates encore non complètes, mais ce n'est pas grave, car j'ai trouvé mon bonheur avec la représentation de ce dimanche après-midi.

Qui plus est, le tarif est super sympa pour les moins de 30 ans, à 13 euros, poujr du spectacle vivant (20 comédiens sans compter toutes les équipes derrière), c'est donné.

Derniers arguments donnant un a priori positif: le nom de l'auteur (que je n'ai jamais lu mais dont j'ai entendu parler en bien); et puis les 3 étoiles accordées par Télérama.


Après de tels préliminaires, il est temps de passer à la représentation. Je ne partage pas complètement l'avis de Kevin. Il faut dire que j'ai eu un peu de mal à me retrouver dans les personnages, et pas seulement pendant le premier acte.

C'est l'histoire d'une fratrie aristocrate de la Russie du début du vingtième siècle, avant les Révolutions. Un frère et une soeur, les enfants, les domestiques, les voisins... A l'époque, c'est comme l'Ancien Régime: la noblesse vit au-dessus de ses moyens, et est criblée de dettes. La demeure ancestrale, La Cerisaie, doit être vendue. La soeur doit aller vivre à Paris (déjà la mobilité européenne comme une évidence), le frère va devoir accepter un emploi. Un descendant d'un serf de la famille déborde d'idées pour éviter la vente: pourquoi ne pas transformer la propriété en lotissement de datchas pour les estivants (déjà la spéculation, un peu comme la Costa Del Sol et le pitch de Let's make money, actuellement en salles) ? Ou comment des classes sociales se "croisent" dans l'ascenseur (un vieil étudiant marxisant est également présent)...

Tchekhov raconte ce changement d'ère; celui où le titre ne suffit plus pour conserver son rang, celui où le calcul financier écrase sur son passage les traditions, les histoires, les souvenirs, les hommes. L'insouciance de façade (voir la fête pendant que la propriété est mise en vente) ne parvient pas à cacher ce vingtième siècle qui commence, avec ces révolutions qui malmènent, certes des archaïsmes, mais avant tout des individus. Pour un monde meilleur ?

En sortant, à mi-chemin entre le théâtre et chez moi, je me suis empressé de commander le livre à ma librairie, pour saisir ce que je n'ai pas compris pendant la pièce. Mais, comme tous avant moi, je ne peux que saluer la mise en scène, géniale, les acteurs, excellents, les décors, magnifiques... Oui, vraiment un spectacle d'une excellente qualité, qui donne envie de retourner au théâtre !


En savoir plus:
Tchekhov sur Wikipedia
La Cerisaie sur Wikipedia
Site du Théâtre National de la Colline


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