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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 23:18
Timbuktu

Mercredi 4 mars, Cinéma Jacques Prévert (Aulnay-sous-Bois)

D'Abderrahmane Sissako (France-Mauritanie, 2014)

La pluie de récompenses qui s'est abattue sur le film aux Césars lui donne une deuxième vie: les salles le reprogramment, des spectateurs "rattrapent" leur retard... Mais entre temps un malentendu n'a pas été levé. Il a été écrit et dit que Timbuktu montrait l'absurdité des djihadistes, notamment au Sahel (le film est bien entendu lié à la tentative de conquête du Mali par ces illuminés se réclamant à tort de l'islam), il a été suggéré qu'il y avait beaucoup de dérision, et de l'humour dans ce regard sur une réalité sombre.

En fait, il y a de la poésie (dans des paysages et images superbes, très classiques au demeurant), il y a bien une vive dénonciation de la folie et de l'hypocrisie de ces fanatiques, il y a une proposition subtile de ne pas "enfermer" ceux qui coexistent avec ces envahisseurs dans un rôle de victime... mais la légèreté voire l'humour attendus ne sont pas au rendez-vous. Le film d'Abderrahmane Sissako traite la violence de la situation de façon ambivalente: elle est montrée, sans détours, sans ostentation non plus; elle s'impose parfois mais pas à chaque instant, grâce à de longs dialogues plutôt respectueux, et les traductions multiples renforcent l'idée de négociations qui prennent leur temps. Appliquer la chariah, c'est à la fois de la cruauté et de la diplomatie (ce qui, en soi, ouvre un espace d'espoir pour sortir de ce système). Timbuktu est une dénonciation implacable (et consensuelle) de cette violence, une condamnation habile mais pas aussi subversive qu'on a pu le suggérer et qui n'évite pas quelques naïvetés (la vie du héros avant l'incident du fleuve est trop belle pour susciter l'adhésion).

Le film est bien réalisé, avec quelques séquences superbes, et d'autres choix que j'ai moins aimé (un trop grand usage du plan poitrine par exemple). Rien à dire sur le jeu des acteurs. Par ailleurs, je trouve justifié que la bande-son ait été récompensée, je l'ai beaucoup appréciée. Peut-être plus que le film dans son ensemble, donc, qui était intéressant mais moins drôle et subversif qu'attendu.

Bande annonce

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 19:09
Le président des riches, de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot

Le président des riches. Enquête sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy date, pour cette édition revue et augmentée, de 2011. Le couple de sociologues (anciens directeurs au CNRS), compte plus de vingt-cinq années d'exercice dans l'analyse des élites françaises et une bonne série d'ouvrages sur le sujet. Ils constituent donc des références, et accordent parfois des interviews expliquant leurs travaux. Le président des riches a rencontré un vrai succès, puisqu'au moment de la nouvelle édition, plus de 100 000 exemplaires en avaient été vendus (ce qui n'est pas rien pour ce type de document !).

À partir de l'élection de Nicolas Sarkozy à l'Élysée en mai 2007, les deux chercheurs ont compilé ses discours et surtout ses actes, en particulier dans le domaine fiscal et économique. Les faits sont accablants. Plus que le décalage entre les mots et les réalités, ce qui est mis en lumière, c'est comment la politique menée par Nicolas Sarkozy et sa majorité ont contribué à encore accroître la richesse des plus aisés, comment des stratagèmes ont été trouvés pour leur faire éviter l'impôt, comment, alors que les services publics destinés au plus grand nombre et plus particulièrement aux plus nécessiteux ont été obligés de faire toujours plus avec moins alors que dans le même temps tout était fait pour récompenser une oligarchie obsédée par l'accumulation d'argent au mépris de toute responsabilité envers la société. C'est d'une immoralité telle que la lecture suscite parfois des hauts le coeur, alors qu'il ne s'agit que de faits (politiques, législatifs, relatés par la presse).

Bien sûr, la présentation de ces données est engagée, fait appel à une notion de classes sociales (selon l'idée que leur "disparition" servirait en fait les intérêts des dominants, et c'est bien argumenté); cela donnera des boutons à quelques inconditionnels de l'UMP, mais les sources sont référencées, rien n'interdit d'essayer de les contredire.

Ce qui est tragique, c'est que François Hollande, "ennemi de la finance" avant l'élection, et libéral après son accession à l'Élysée, poursuit, peut-être moins massivement, en tous cas plus discrètement, cette tendance qui accroît les inégalités ; ceux qui n'appartiennent pas à l'élite subissent davantage d'impôts pour des services publics exsangues, ils sont soumis à plus de précarité, alors que les plus riches continuent à voir leurs intérêts protégés.

Alors que Nicolas Sarkozy est de retour sur la scène politique, alors qu'il semble manquer d'idées (mais les discours du précédent mandat l'ont un peu privé de ressources en termes de mensonges à proposer aux électeurs), alors que le parti socialiste aux affaires n'a pas le courage de mener une vraie politique de gauche, on pourrait manquer d'espoir. Mais les sociologues donnent des pistes. La première, c'est de se réapproprier une compréhension de ce qui se passe. Informés (dégoûtés aussi), on peut essayer de ne pas être dupes. Tant que nous disposons du droit de vote (notamment), nous pouvons chercher à imposer démocratiquement davantage de justice. Difficile de ne pas y voir un devoir, vital, pour notre société. Les chantages d'une minorité ne peuvent pas vaincre la volonté du plus grand nombre !

Pour en savoir plus:

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 17:50
Ainsi va toute chair, de Samuel Butler

L'Angleterre, dans la première moitié du dix-neuvième siècle. M. Overton, le narrateur à la première personne, nous présente la dynastie Pontifex: John, son fils Georges, son petit-fils Théobald, et surtout son arrière petit-fils Ernest. De la menuiserie et d'un certain dilettantisme des premiers, on arrive à une succession d'ecclésiastiques dans l'Église d'Angleterre. Les choses ne se passent pas tout à fait comme aujourd'hui, puisqu'après les études, la personne ordonnée doit trouver une cure en l'achetant... Et surtout, cette "vocation" est davantage décidée par les parents que par l'intéressé lui-même... Or Ernest, qui est le vrai héros du livre, n'a pas seulement hérité de ce projet de vie; il doit composer avec les failles (terribles humainement) de l'éducation version Pontifex. Théobald est persuadé que ses enfants doivent lui être soumis en tout, que les bons résultats s'obtiennent par les menaces, les privations voire les coups. Georges n'avait pas été un modèle de bienveillance, d'affection ou de générosité, et Théobald et son épouse (issue d'une famille avec cinq soeurs à marier, c'est elle qui a gagné, aux cartes, le droit de séduire le prétendant l'assistant de leur père !) reproduisent ces relations. Pour eux, ils font ainsi preuve de vertu et de sainteté. En bout de chaîne donc, considéré comme privilégié (son père aurait tant dépensé pour son éducation !), Ernest n'est pas le mieux armé pour "se trouver" comme on dirait aujourd'hui. À peine ordonné, un incident le conduit en prison... L'occasion de prendre du recul, et d'amorcer une rupture, délicate, vitale, sous le regard du narrateur qui sait qu'un coup de pouce attend le héros, un jour.

Ainsi va toute chair est donc l'histoire de pasteurs de père en fils, écrit par un fils de pasteur. Il figure parmi les "classiques" de la littérature britannique, notamment parce qu'il critique les mentalités à l'heure victorienne et leur hypocrisie. C'est également une référence de la littérature sur le thème des relations père-fils, qu'il observe avec finesse, refusant de rentrer dans un manichéisme facile. Histoire de famille et un peu des sociétés concernées, le roman fait revivre les débats d'idées qui traversent l'Angleterre et l'Église anglicane, des débats théologiques et ecclésiologiques, alors que les thèses évolutionnistes de Darwin contribuent à faire bouger les lignes.

Même si je pense qu'Ainsi va toute chair prend encore plus de saveur avec quelques notions de l'histoire des idées dans l'Angleterre du dix-neuvième siècle, le roman, bien écrit et traduit agréablement, constitue une très bonne lecture pour tout amateur de cette période, ou des histoires de famille (même si selon nos standards, c'est parfois déconcertant).

Pour en savoir plus:

"Dans l'ignorance du complot qui se tramait contre sa tranquillité d'esprit, et sans autre idée que celle de gagner ses trois guinées et peut-être d'éblouir les habitants de Crampsford par son savoir universitaire, Théobald se rendit à pied à la cure un dimanche de décembre, quelques semaines seulement après son ordination. Il avait pris beaucoup de peines pour composer son sermon, dont le sujet était la géologie, qui commençait alors à devenir un sérieux épouvantail pour les théologiens. Il démontrait que la géologie, pour autant qu'elle eût quelque valeur, - car il était trop libéral pour lui refuser toute espèce de valeur -, ne faisait que confirmer le caractère strictement historique du récit mosaïque de la création tel qu'on le trouve dans la Genèse. Tous les phénomènes qui semblaient à première vue aller contre cette opinion n'étaient que des phénomènes partiels auxquels des recherches plus approfondies enlèveraient toute valeur. Tout cela était du meilleur goût, et quand Théobald se retira à la cure, où il devait déjeuner entre les deux services, M. Allaby le félicita chaudement de son début, et les dames de la maison purent à peine trouver des paroles capables d'exprimer leur admiration.

Chapitre X

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 18:47
Norman sur scène, à la Cigale

Quel internaute français de moins de 30 ans ne connaît pas Norman ? Norman fait des vidéos, donc, pour ceux qui ne connaissent pas, et ce depuis 4 ans, et ses petits films humoristiques ont rencontré un immense succès sur YouTube.

Comme il le reconnaît lui-même, et cherche aussi un peu à en sortir, son public est majoritairement plus jeune que lui (il a 27 ans, ses fans commencent à 7 ans et ont probablement en moyenne moins de 20 ans). Question de générations ? D'habitude de consommation d'Internet plutôt...

Quoi qu'il en soit, le jeune homme a décidé de passer sur scène, "in real life" comme on dit. Il est à la Cigale depuis le début du mois, où il joue à guichets fermés, avant une grande tournée. Nous y étions mercredi soir, en présence d'une salle en effet plutôt plus jeune que nous ! Heureusement, nous n'avons pas eu l'impression de manquer de "références" pour comprendre l'humour de Norman, qui porte notamment sur les transports d'Île-de-France (un thème commun à sa première partie, Noman Hosni), les nouvelles technologies, les Chtis, les bobos, les stages, les relations de couple bien sûr... C'est drôle et bon enfant, avec quelques fragments scatologiques probablement inévitables. Norman s'en sort bien dans un contexte miné.

En effet, comme je n'assiste pas souvent à des shows d'humoristes, je ne me pose pas souvent la question, mais il est vrai qu'il doit être aujourd'hui particulièrement difficile de faire rire sans blesser. Se moquer oui, si c'est de soi. Mais pas des autres, tant nos identités (et l'estime de soi) sont fragiles dans notre société en grave crise. Quand des jours meilleurs arriveront, il sera sûrement plus facile de supporter des blagues qui resteront bienveillantes. Mais aujourd'hui, l'humoriste fait sûrement plus de bien en étant prudent qu'en étant impertinent.

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 18:02

Il semblerait que je ne me lasse pas de relire mes classiques, parmi lesquels les Voyages extraordinaires du génial Jules Verne. L'excentrique professeur Otto Lidenbrock, de Hambourg, découvre par hasard un manuscrit d'un savant du seizième siècle. Un manuscrit chiffré, qui doit donc cacher une information importante... En effet, ce savant affirme avoir atteint le centre de notre planète et en être revenu ! Le neveu et assistant du professeur est assez dubitatif, mais face au caractère du géologue, il doit bien s'incliner. Les voilà partis en Islande: le point de départ est situé au début d'une galerie dans le cratère d'un volcan. Avec l'aide d'un guide local peu expansif, les trois hommes s'enfoncent dans les tunnels, déterminés à aller aussi loin que possible. Leur solitude dans ces sous-sols n'empêchent pas quelques péripéties (choisir le bon chemin à une intersection, trouver de l'eau, se retrouver après un moment d'inattention, dépasser les obstacles naturels sur la route...). Les voyageurs font des découvertes scientifiques, à plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur. Mais un incident précipite leur remontée et ils retrouvent la surface à un endroit imprévu.

Le progrès scientifique est, comme d'habitude chez Jules Verne, un des moteurs de l'oeuvre, mais il s'agit plus d'une question de curiosité intellectuelle, de courage et de détermination que de prouesses techniques. L'auteur montre bien qu'il est au fait des débats des géologues, minéralogistes et autres naturalistes de son temps. Aujourd'hui encore, cet univers des très grandes profondeurs reste peu connu, ce qui explique peut-être pourquoi le dosage entre prudence et fantaisie dans les descriptions demeure compréhensible et habile. L'absence d'"adversaire" (à part les éléments) n'exclut pas le suspense, puisqu'il y a des incidents, et la curiosité du "et après ?", mais le rythme du Voyage au centre de la terre est un peu moins soutenu que d'autres romans de Jules Verne.

Pour en savoir plus :

Gravures de l'édition originale (Source: https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Illustrations_from_Journey_to_the_Center_of_the_Earth_by_%C3%89douard_Riou?uselang=fr)
Gravures de l'édition originale (Source: https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Illustrations_from_Journey_to_the_Center_of_the_Earth_by_%C3%89douard_Riou?uselang=fr)

Gravures de l'édition originale (Source: https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Illustrations_from_Journey_to_the_Center_of_the_Earth_by_%C3%89douard_Riou?uselang=fr)

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 15:14
Babylone Underground, d'Éloïse Cohen de Timary

La vie de Gaston Galibert ne l'enthousiasme pas vraiment. Les dettes contractées sont un vrai fardeau pour la famille. Alors une issue se dessine: disparaître, ou plutôt mettre en scène un décès, pour que sa femme, qui adore mentir, puisse voir l'ardoise effacée, toucher l'assurance-vie, et reprendre aussi sa liberté. Les deux enfants du couple ne sont pas des attaches suffisantes pour retenir Gaston. Il s'en va, et prend une nouvelle identité. Comme il n'a pas vraiment le choix pour l'obtention de papiers, il devient... Marguerite Schwarz, une femme, juive (ironie, le père de Gaston avait tout fait pour se détacher de son judaïsme), et - pour brouiller davantage les pistes -, part vivre au Argentine. Gaston/Marguerite découvre le monde des travestis et des transsexuels, un univers aux codes spécifiques, un espace où tendresse et violence cohabitent.

Babylone Underground est un roman à l'intrigue intéressante, avec des rebondissements judicieux ("heureux" masquerait la dimension tragique de plusieurs d'entre eux), un vocabulaire et des expressions à la fois riches et crus. L'originalité de l'idée et l'exotisme de l'univers qui le porte ajoutent aux qualités de Babylone Underground, que j'ai pris plaisir à lire. Paru il y a quelques semaines, il s'agit du premier roman d'Éloïse Cohen de Timary, une camarade de promotion quand j'étudiais (d'autres camarades ont déjà été publiés: lui et elle).

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 21:09
Croissance et contestations, 1958-1981, de Jean Vigreux

Une fois n'est pas coutume, c'est un livre d'histoire que je viens de lire, qui couvre la période des débuts de la Cinquième République jusqu'à l'élection de François Mitterrand comme président en 1981. Économiquement, ce sont les Trente Glorieuses et le début de la crise. Jean Vigreux, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne, rappelle bien sûr les faits, mais il propose aussi, au cours de son texte, un panorama légèrement commenté des travaux de référence dans la recherche historique sur un certain nombre de phénomènes. Il ne s'agit donc pas tant d'affirmer "une" vision de la période que de donner accès à un certain nombre de clés de lecture, qu'il s'agisse d'ouvrages généraux ou de monographies très ciblées. Comme le dernier cours d'histoire politique française que j'ai pu suivre remonte à déjà longtemps, la lecture a été particulièrement riche. Heureusement, Jean Vigreux s'adresse à des lecteurs au courant des grandes idées mais pas spécialistes. Il se situe aussi résolument dans le registre de l'histoire sociale, et cite à de nombreuses reprises une professeure que j'avais pu entendre il y a un an à l'EHESS sur la socio-histoire des féminismes.

J'ai été frappé par l'articulation retenue par l'auteur, qui mentionne les bouleversements très rapides dûs à la croissance d'après-guerre, mais aussi les résistances et les oppositions, fortes et parfois violentes, face à ces évolutions. J'ai pu mieux comprendre les décisions (les erreurs) commises à l'issue de la guerre d'Algérie, erreurs dont notre société est toujours souffrante. Bien sûr, les événements de mai 1968 sont traités, mais rétrospectivement, le climat et les mentalités de l'époque me paraissent encore plus étrangers. Enfin, la violence politique de la fin des années 1970 (plusieurs responsables politiques morts dans des circonstances ou violentes ou mystérieuses) m'a surprise, et m'interroge, face aux tensions de notre contemporain: même si comparaison n'est pas raison, finalement, il semble que les tensions extrêmes, qui pourraient laisser présager un éclatement sociétal, ne soient pas si nouvelles... Bref, le livre de Jean Vigreux a habilement ré-introduit de la complexité dans ma compréhension de cette période.

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 22:56
Le ciel se trouve sur terre, de Åke Edwardson

Pas pratique, quand l'éditeur français publie la série dans un ordre différent de celui d'origine ! Le ciel se trouve sur terre a été publié en 10/18 en 2012, après Voile de pierre et d'autres titres de la série policière de Åke Edwardson, or l'enquête se passe avant ces autres titres ! Du coup, on revient quelques mois en arrière, le commissaire Erik Winter vient juste de reprendre du service après un congé parental (oui, le modèle social suédois...), et les relations de certains de ses collaborateurs prennent aussi un peu de recul par rapport à Voile de pierre. Bizarre... mais on arrive surmonter cette étrangeté fortuite !

Quelques jours avant Noël, à Göteborg. Des étudiants qui à priori n'ont aucun lien se font agresser et gardent la cicatrice d'une arme non identifiée. Plusieurs postes de police reçoivent aussi des appels de parents de très jeunes enfants, qui leur disent que ces mêmes enfants leur racontent être montés dans une voiture avec un inconnu, mais qui ne présentent aucune trace de violence... Devant ces récits éclatés, et sans fondement pour des plaintes, on constate la difficulté d'agir, de prévenir un acte plus grave. Bref, les deux enquêtes semblent mal engagées, et les policiers ont un certain nombre de soucis familiaux avant les fêtes. Mais un jour, un enfant disparaît. Et quand les enquêteurs partent dans des fermes isolées, dans la campagne, zones d'ombres et silences suggèrent des drames oppressants.

Le ciel se trouve sur terre est peut-être l'un des romans de la série qui se concentre le plus sur la vie privée de l'équipe de police menée par le commissaire Winter. Pour une fois, il faut du temps pour que la tension monte vraiment, explorant aussi ces temps où l'on pressent des tragédies futures, mais qu'il n'est pas possible d'empêcher. C'est aussi l'occasion de suggérer une réflexion (mais ce n'est pas l'objet du livre) sur la parole des jeunes enfants dans une enquête policière en particulier, et au-delà.

Ces éléments viennent équilibrer l'impression de légère confusion quant au dénouement et aux origines des drames. Au final donc, pas le meilleur de la série, mais intéressant et efficace quand même.

Pour en savoir plus :

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 17:00
Source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Michel%20Strogoff/

Source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Michel%20Strogoff/

Mystère... Comment se fait-il qu'en neuf ans de blog (sur OverBlog), je n'ai encore jamais recensé Michel Strogoff, de Jules Verne, l'un de mes romans préférés depuis assez jeune, que j'ai lu et relu à de nombreuses reprises ? L'aurais-je délaissé si longtemps ? Ou correspond-il aux (très rares) lectures dont je ne fais pas écho ici ? Quoi qu'il en soit, je l'ai donc relu ces derniers jours.

Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire, il s'agit des aventures d'un "courrier" du tsar dans l'empire russe de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. Alors que le territoire fait face à une invasion venue d'Asie centrale, des Tatares, le tsar envoie Michel Strogoff prévenir le frère du monarque qu'un traître dirige les envahisseurs et cherche à se venger de ce frère. Le tsar est à Moscou, son frère à Irkoutsk, près du lac Baïkal, au-delà de l'Oural, mais aussi en pleine Sibérie, où les combats ont lieu. Pour réussir, Michel Strogoff devra être rapide (5000 kilomètres à parcourir, les liaisons télégraphiques sont suspendues) et discret (l'ennemi espère l'intercepter pour que l'invasion n'échoue pas). Nous suivons donc son voyage, pendant lequel il rencontre la jeune Nadia (qui part rejoindre son père à Irkoutsk), et deux journalistes, l'un français (Alcide Jolivet), l'autre britannique (Harry Blount), qui couvrent cette campagne militaire. Ces deux personnages de journalistes ont longtemps constitué pour moi un sujet de fascination; leur addiction à l'actualité, leur curiosité, mais aussi leur humanité m'ont beaucoup parlé... sans compter leur découverte des grands espaces russes, encore et toujours un rêve pour moi !

Si je connais presque par coeur les rebondissements des aventures de Michel Strogoff, j'apprécie toujours autant ce roman, auquel, vous l'aurez compris, je suis particulièrement attaché. Bon, dans cette relecture, j'ai en revanche un peu "tiqué" quand Jules Verne décrit les différents peuples qui composent l'empire du tsar - ou l'armée d'invasion tatare, parce que ces descriptions sont datées et assignent à chaque ethnie des traits distinctifs (physiques et vestimentaires), qui aujourd'hui sont inutilisables.

À cette exception près, qui d'ailleurs ne se comprend que parce que nous vivons 140 ans après la publication du roman, je me suis donc encore régalé... et je répare enfin cette anomalie de n'avoir pas encore consacré de billet à cet ouvrage si marquant pour moi !

Pour en savoir plus :

Gravures des éditions originales (Source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Michel%20Strogoff/)
Gravures des éditions originales (Source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Michel%20Strogoff/)
Gravures des éditions originales (Source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Michel%20Strogoff/)

Gravures des éditions originales (Source: http://jv.gilead.org.il/rpaul/Michel%20Strogoff/)

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 08:35
Affiche du film

Affiche du film

Vendredi 23 janvier, Cinéma Jacques Prévert (Aulnay-sous-Bois)

QUI VIVE

De Marianne Tardieu (France, 2014)

Chérif (Reda Kateb) vit dans une banlieue, près de Rennes. Il rêve de passer le concours d'infirmier, mais en attendant de réussir les épreuves, il est vigile ("non, agent de sécurité") dans un centre commercial. Un vigile harcelé par les préadolescents de son quartier, et il semble bien seul pour faire face. Bien sûr, il a des amis, il n'est pas foncièrement malheureux, mais Chérif ne voudrait pas que ses perspectives se limitent à cet univers. Alors qu'une étape est franchie pour le concours, alors qu'il se lie avec une jeune enseignante (Adèle Exarchopoulos), la guerre d'usure de la "racaille" s'amplifie. La peur voire la colère envahissent logiquement notre héros. Quand une connaissance lui offre une possible protection, la tentation est forte... mais le prix à payer aussi.

Entre thriller, drame, et chronique, comme le décrit la programmatrice du cinéma qui introduit le débat avec la réalisatrice, Qui vive est une réussite scénaristique (la brièveté du film - 1h25 - est étonnante car le récit est à la fois lent et ample), très bien portée par les acteurs, qu'ils aient des rôles principaux ou non. Pas de morale dans le film, qui se veut à la fois ancrage dans un quotidien très ordinaire, et portrait d'un personnage fascinant. La réalisation est efficace, la bande-son pertinente. La banlieue y est vue sans angélisme ni misérabilisme, à hauteur d'êtres humains, avec des ambitions et des lâchetés. La réalité y est souvent sans intérêt, parfois dure, mais l'espoir, même réduit, y reste possible. Un film qui mérite d'être vu !

La séance était donc suivie d'un échange avec Marianne Tardieu, la réalisatrice, qui habite en Seine-Saint-Denis. Une discussion utile puisqu'elle a pu expliquer davantage certains de ses choix, décrire les conditions de réalisation, bref, apporter une plus-value à la projection. Les jeunes aulnaysiens, présents dans le cadre d'un concours sur le cinéma, se sont quant à eux montrés très curieux sur la dimension économique du film...

Bande annonce du film

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