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Jeudi 26 juin 2008


Je ne l'avais pas lu il y a quelques années, le titre m'avait rebuté. Mais c'est le début d'une série de romans que j'ai entamé il y a plusieurs mois (dernier lu: Le Souffle des dieux), et puis c'est aussi un exemplaire acheté et dédicacé au Salon du Livre.

Autant les premiers chapitres, ou pour faire simple, le premier tiers du roman, est passionnant (comment "explorer" la frontière entre vie et mort en expérimentant des comas artificiels), autant la suite est répétitive et finalement pas terrible. Encore pire, la jonction avec L'empire des anges (dont je viens de relire les premières pages) est franchement mauvaise.

Donc... l'a priori est plutôt négatif ("la mort", c'est pas très attractif comme sujet), le début est une excellente surprise (questions scientifiques, philosophiques, bioéthiques, etc.), et la suite est une déception. Tant pis.
par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Vendredi 20 juin 2008


Alain Mabanckou est congolais. Je voulais essayer un peu de littérature africaine, et ai parcouru les rayonnages de ma librairie, à la recherche de romans ne traitant pas de guerres, de violences, etc. Peine perdue. Je me suis donc décidé pour African psycho, l'un de ses premiers romans publié en Points, avant d'autres qui ont reçu des prix (Mémoires de porc-épic, prix Renaudot 2006; Verre cassé...).

Nous sommes en "caméro subjective", dans l'esprit de Grégoire Nakobomayo, carrossier à Celui-qui-boit-de-l'eau-est-un-idiot. Grégoire vit dans l'admiration d'Angoualima, un criminel qui a terrorisé la ville mais qui ressemble à un fantôme. Il rêve d'égaler puis de dépasser son idole. Oui mais voilà, un meurtre ce n'est pas si simple que ça à commettre. Et les réflexions de Grégoire, parfois très "rationnelles", deviennent aussi confuses et interminables (des phrases de plusieurs pages). Je pense notamment aux drogués de Polococktail Party.

C'est bien écrit, plein d'ironie, mais évidemment, on ne sort pas d'une image très "noire" de l'Afrique...
par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Vendredi 13 juin 2008

Il y a déjà bien plus d'un mois, entre l'Indiana et l'Ohio, j'avais assisté à des mini-soutenances de mémoires. Une des étudiantes présentait Une journée d'Ivan Denisovitch, d'Alexandre Soljenitsyne, et avait analysé la façon dont le héros s'applique à construire un mur, en tant que bagnard. Elle y avait trouvé un message chrétien - nous nous trouvions aussi dans une université chrétienne. Son exposé ayant été très intéressant, et comme Soljenitsyne faisait partie de ma liste d'auteurs à avoir lu (d'autant plus qu'au lycée, j'étais passionné d'histoire russe), je suis allé l'acheter.

Le livre fait 180 pages, et n'est pas chapitré, manière de donner une continuité à la journée de notre héros. Ivan Denissovitch Choukhov a été fait prisonnier par l'armée allemande pendant quelques heures lors de la Seconde Guerre Mondiale. Suspecté de connivence avec l'ennemi, donc coupable, il est condamné à 10 ans de bagne. Il essaie donc de survivre au goulag, en Asie centrale. Où, naturellement, il fait froid. Soljenitsyne décrit (avec expérience) une journée ordinaire, sans événements majeurs, une "bonne" journée même dans la mesure où Ivan mangera plus que le strict minimum et se serait presque fait plaisir en travaillant. S'il décrit un environnement particulièrement inhumain, Soljenitsyne ne fait pas dans la caricature: il existe des solidarités dans ces camps, certains gardiens sont moins bornés que d'autres, et puis on n'est pas dans un processus de négation de l'humanité comme chez les Nazis. Le goulag est une arme du totalitarisme, mais l'espoir subsiste, toujours.

Du coup, le message est très chrétien. Ce qui est paradoxal ! Il faut savoir que Khrouchtchev avait autorisé la publication de ce livre en 1962, y voyant une dénonciation du culte de la personnalité de Staline. Il avait d'étranges lunettes, parce que le "Père la Moustache" n'est qu'à peine évoqué dans le récit. Le livre n'en demeure pas moins un OVNI dans le monde soviétique ! Quant à L'Archipel du Goulag, LE livre de Soljenitsyne, il reprendrait, selon la préface, des éléments de La Journée..., donc je ne vais pas m'y mettre tout de suite, je risquerais d'y trouver des redites.
par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Jeudi 5 juin 2008


Au lycée, j'avais lu une grande partie des Rougon-Macquart, la somme du génie naturaliste. J'en ai relu certains à de nombreuses reprises (Germinal, surtout). L'Assommoir, je ne l'avais lu qu'une fois.

En l'ouvrant à nouveau, quelle surprise ! L'action se passe dans le quartier de la Goutte d'Or: Barbès, rue des Poissonniers, rue de la Goutte d'Or, mais aussi... rue Polonceau, une petite rue où étaient situés jusqu'en juillet 2007 les locaux de PRSF ! En consultant le plan actuel de Paris, je constate que je suis passé plein de fois sur la place de l'Assommoir (eh oui, il y a juste à côté un bureau de la Poste où je suis allé expédier plein de Chronopost et autres plis farfelus), sans même savoir le nom de la place. Maintenant que PRSF a déménagé, je devrais prévoir un petit tour à la lumière du livre, qui décrit justement la percée des grandes artères pendant le Second Empire (Haussmann n'est pas nommé, mais c'est lui !).

Si les rues décrites par Zola sont les mêmes (ou presque) qu'aujourd'hui, les populations ont bien changé. La vie n'est pas pour autant devenu plus facile pour les habitants de ce quartier, très populaire.

Retour au roman de Zola. Gervaise vit avec Lantier, qui refuse de l'épouser et préfère l'abandonner sans prévenir, ce qui n'est pas particulièrement une bonne chose quand la situation de la jeune femme - qui se retrouve avec ses trois enfants - est plutôt précaire. Mais elle ne veut pas d'histoire, et finit par épouser Coupeau. Le ménage travaille dur et gagne suffisamment sa vie pour épargner. Jusqu'à ce que Coupeau, zingueur de son état (Gervaise est blanchisseuse, Lantier serait chapelier), ait un accident. Il s'en remet, mais c'est pour tomber dans l'alcoolisme. Il cesse vite de travailler, laissant la famille, qui s'est endettée avec l'accident et l'investissement d'une boutique pour Gervaise, dépendre uniquement des ressources de Gervaise. Elle a bon coeur, ne veut pas d'histoires, héberge même ceux dans le besoin, vit dans l'ostentation... Les dégâts sont encore contrôlables quand revient Lantier, qui s'arrange pour s'installer chez les Coupeau. Et lui est malin. Il encourage le penchant de Coupeau pour la boisson, et un véritable ménage à trois s'installe. A force, la boutique de Gervaise fait faillite, et l'ivrognerie de son mari le conduit de plus en plus souvent à l'hôpital. La route est droite, mais la pente est forte, dirait un de nos anciens premiers ministres. La descente aux enfers devient inéluctable: Gervaise se met elle aussi à boire, les enfants sont depuis longtemps abandonnés à eux-mêmes (la cadette deviendra l'héroïne de Nana), et le quartier s'empresse d'abandonner Gervaise.

L'Assommoir, c'est le nom de la gargote qui abreuve ces malheureux. L'Assommoir -le roman-, c'est ce qui se fait de plus efficace, à ma connaissance, pour prévenir des dégâts de l'alcoolisme (la description du delirium tremens de Coupeau est effrayante). Parce que Zola, qui a provoqué une véritable controverse avec la crudité de la langue employée (pour l'époque, on afait bien pire depuis), et le sujet, a choisi de montrer une relative ascension sociale rendue possible grâce au travail (tiens, ça plairait à quelqu'un) mais freinée puis détruite par la dépendance à l'alcool et ses conséquences (démotivation, violence, maladie).

L'Assommoir, ce n'est pas une lecture qui fait sourire. C'est une chronique d'hommes et de femmes honnêtes mais qui se font prendre dans un tourbillon et n'arrivent pas à en sortir. Un peu comme Les raisins de la colère. J'ai tendance à croire qu'avec le système de protection sociale qui existe aujourd'hui en France, de telles situations sont bien plus improbables. Mais il y a tous ceux qui, pour une raison ou une autre, restent à l'écart du système. Pour eux, ces romans doivent furieusement ressembler à la réalité. C'est pour ça que relire de temps à autre Zola est nécessaire.
par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Lundi 19 mai 2008


Je poursuis mes re-lectures de polars avec le commissaire Maigret (après celui-ci, celui-là, ou encore ce livre). Le commissaire est ici en vacances à Vichy. En cure, pour être plus précis. Son médecin lui a conseillé de changer d'air, et de rythme pendant trois semaines. Le commissaire et sa femme se joignent aux colonnes de curistes et prennent leurs habitudes. Et bien entendu, il est impossible de ne pas essayer d'imaginer qui se cache derrière chacun de ses buveurs d'eau. Une "dame en lilas" (qui s'habille souvent avec cette couleur) l'intrigue particulièrement... et elle est retrouvée étranglée. Le responsable de l'enquête, un ancien adjoint de Maigret, trouve tout naturel d'inviter son ex-patron à assister aux interrogatoires. Pour le commissaire, c'est plus dur. Il est partagé entre ces mystères humains, et son souhait d'obéir à son médecin. Difficile de dire qu'il mène l'enquête. Mais quand les choses s'éclairent un peu, il lâche "J'espère qu'il sera acquitté...", un moment de franchise qui résume à lui seul l'état d'esprit du "curiste" Maigret. Derrière les drames, il n'y a en somme que des hommes et des femmes. Certains dangereux, d'autres malchanceux.

Ca me fait penser, sans lien direct, mais quand même... Lors de la conférence au Grand Orient de France, le Grand Orateur expliquait les conditions d'entrée/d'initiation. Parmi celles-ci, un casier judiciaire vierge... ce qui me choque: derrière l'affichage humaniste, on ne donne pas de seconde chance au condamné... alors que "se surpasser soi-même pour bâtir un monde meilleur", ça peut aussi se faire avec des anciens délinquants et criminels. "Aussi". Je pourrais aussi écrire "particulièrement" ! Cette condition m'a déçu.

par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Jeudi 15 mai 2008
Titre français: A la poursuite d'Octobre Rouge.
Tom Clancy sur Wikipedia - Le livre sur Wikipedia - Sites éditeurs (US) (FR)

C'était à JFK, il y a (déjà !) une semaine. Encore quelques heures à attendre avant l'avion, et puis quelques heures dans l'avion à combler... et j'avais épuisé mon stock de livres apportés de France. Je me suis donc acheté ce livre, que j'avais déjà lu en version française. C'est le premier publié des aventures de Jack Ryan, le héros de Tom Clancy, qui commence comme contractuel à la CIA pour, dans les plus récents ouvrages, gravir les échelons et devenir président des USA à l'occasion d'un attentat qui décapite le pays (un Boeing s'écrasant sur le Capitole du fait d'un kamikaze - et c'était avant le 11-Septembre).

Les livres de Tom Clancy sont des best-sellers depuis des années. Parce qu'il colle à l'actualité, de la Guerre Froide aux menaces du Moyen-Orient, voire les devance. Parce qu'il s'appuie sur des données techniques pointues, en les vulgarisant. Parce qu'il multiplie les points de vue, ce qui contribue à faire monter le suspense autour d'une trame très structurée. Vous me direz, et je serais d'accord avec vous, que ce sont des ficelles maintenant assez répandues (on peut penser à Bernard Werber, par exemple). Il n'empêche, ce n'est pas parce que ce n'est pas unique que ce n'est pas efficace ! Il suffit de savoir qu'on ne cherche pas de la grande littérature, mais juste du divertissement.

The Hunt for Red October, c'est quand le capitaine d'Octobre Rouge, le sous-marin lanceur d'engins le plus perfectionné d'URSS, décide de "passer à l'Ouest". Il laisse derrière lui une lettre, cache son projet à la majorité de son équipage. Il pense pouvoir éviter l'ensemble de la flotte soviétique, lancé à sa poursuite, et la marine américaine, qui n'est pas supposée lui faciliter la tâche. Mais notre transfuge a de la chance, parce qu'au Kremlin, il y a un traître, qui prévient les Américains de la défection de ce gradé. Jack Ryan va être impliqué dans les tentatives des Etats-Unis pour accueillir le transfuge et prendre le contrôle de son sous-marin innovant, sans que l'Union soviétique ne puisse protester... Ruses diplomatiques et batailles sous-marines constituent bien entendu de nombreuses pages du livre.

Tom Clancy est controversé, dans le sens que dans ses romans, l'option militaire est toujours la plus efficace côté américain (bien entendu la moins efficace quand ce sont les "méchants" (Soviétiques, Chinois, "Iraniens", narcotrafiquants, etc.) qui l'emploient). C'est aussi très manichéen (comme je disais, il y a les champions du bien, et puis les "très très méchants", sans entre-deux). Bref, conforme aux clichés français sur les Américains. Mais Tom Clancy est loin d'être représentatif (enfin ce qu'il écrit est représentatif des caricatures), et c'est tant mieux. Et puis n'oublions pas qu'il s'agit uniquement de romans, par ailleurs bien distrayants.
par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Jeudi 8 mai 2008


Je pensais le commencer tranquillement dans le métro (ce que j'ai fait) et le finir dans l'avion... mais le livre est vraiment court et j'avais du temps cet après-midi, résultat je n'en ai fait qu'une bouchée. Dépaysement total, vu que l'action se passe à Paris pendant un hiver particulièrement rigoureux. Le Dr Pardon, ami de longue date du commissaire Maigret, l'appelle en pleine nuit après avoir soigné une femme d'une blessure par balle. Le lendemain, on retrouve le corps du mari, avec une balle lui aussi, mais lui en est mort. Le mari, un Libanais du nom de Nahour (d'où le titre) est "joueur professionnel"; Lina, sa femme, est une Néerlandaise ex-miss Europe. Elle est en compagnie d'un Colombien. Leur personnel de maison (un Libanais, une Hollandaise, une Française) est extrêmement peu loquace. Le commissaire, comme d'habitude, évolue dans une atmosphère et un milieu qu'il essaie de comprendre, sans juger. Il sent qu'on lui ment. Alors en vérifiant les dires des uns et des autres, en les confrontant, la vérité émerge.

Intrigue efficace et enquête ramassée, profonde humanité, un très bon Maigret !
par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Mercredi 7 mai 2008


1700 pages... passionnantes (je les ai lues en moins de 3 semaines) ! Inde, 1951-1952. Le pays est tout jeune, découvre son indépendance. Dans une saga très colorée, très vivante, très érudite, nous suivons Lata, jeune femme de 19 ans, que sa mère veut marier à "un garçon convenable". Et ce n'est pas évident. Lata a des vélléités d'indépendance, elle aussi. Nous suivons donc Lata, sa famille rapprochée, sa famille étendue, bref jusqu'à quatre familles entremêlées, avec des personnages attachants et complexes: un juge, un ministre, un professeur, un médecin, un étudiant sportif, un poète musulman, une "courtisane", un entrepreneur, Nehru comme chef d'Etat, les notables traditionnels en perte d'influence (quoique...), des musiciens, la liste des personnages est très longue, très variée. J'apprends sur Wikipedia que l'édition originale comprend les arbres généalogiques des quatre familles principales... ça aurait dissipé quelques flottements à la lecture, mais je dois avouer que ça n'a pas diminué le plaisir.

Voyages entre les villes indiennes, voyages dans les campagnes, aventures amoureuses, compétitions sportives, monde de l'entreprise, recherches d'emplois, émois littéraires, rivalités de professeurs d'université, tensions et émeutes entre Hindous et Musulmans, importance des fêtes religieuses, débats parlementaires et devant des cours constitutionnelles, campagnes et déboires électoraux, on vit tout ça et plein d'autres choses encore, sans temps morts, avec une sensation d'immersion complète dans un univers exotique et à la fois européanisé (le poids de l'ancien colonisateur, les entreprises étrangères qui s'implantent, etc.). Très, très fort !

Bref, je le recommande vivement... même si, même au format poche, il n'est pas très pratique à transporter et lire (les deux tomes de 850 pages ont des pages très "noires" et denses: peu de marges et d'espaces...)
par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Samedi 19 avril 2008


Wikipedia sur l’auteurSite éditeur

 

Son vrai nom importe peu. L’héroïne, la narratrice, se joue des identités. Normal, elle est née dans un univers d’apparences, un cirque. Un père colérique mais tolérant, une mère ne prenant rien au sérieux, difficile de ne pas avoir des goûts de liberté ! De sa très tendre enfance (deux ans et demi) à bien plus loin (l’internat, le mariage, l’installation à Paris), l’héroïne nous emporte dans un tourbillon, un refus des conventions, une vraie vie bohème. Pas bobo, juste bohème ! Comme un feu follet, par exemple. Insaisissable et donc tellement vivant et attachant. J’ai beaucoup aimé.

Pour la petite histoire, le livre était rangé dans le même compartiment de sac à dos qu’une bouteille de dos qui a méchamment décidé de s’ouvrir pendant que j’étais dans le métro de Chicago. Il a fallu attendre que le livre sèche avant de lire les 50 dernières pages… (Je fais pas le fier !)

Quelques extraits du livre :

« Passer des heures à contempler le feu couvant dans les yeux d’un loup, c’est aller jusqu’au bout du monde. Aujourd’hui encore, dans cette petite chambre aux murs blancs, si je veux voyager, je m’approche de la fenêtre et je regarde le ciel longtemps, le plus longtemps possible, jusqu’à y reconnaître quelque chose de la brûlure et de la douceur d’un loup. Les visages de mes amants, je les regardais comme ce morceau de ciel. J’y cherchais la même chose : c’est le loup qui me rassure chez l’homme. Je sais ce qui s’est passé en Pologne dans les années mille neuf cent quarante, mille neuf cent quarante-cinq. Ma grand-mère me l’a raconté : à chacun ses contes de nourrice, à chacun ses Barbe-Bleue. Ce qu’on a fait aux juifs, aux tziganes, aux homosexuels et aux autres, je le sais et que c’est une chose humaine dont aucun loup n’aurait jamais été capable. »

« Sa folie lui vient d’Italie, son premier pays. En Italie, ce qui est dedans, ils le mettent dehors. Leur linge à sécher et leur cœur à laver, ils mettent tout à la rue sur un fil entre deux fenêtres, et ils font l’inventaire plusieurs fois par jour, devant les voisins, dans un interminable opéra de cris et de rire. En apparence c’est gai – en apparence seulement. Les Italiens sont tristes, ils imitent trop la vie pour l’aimer réellement, ils sentent la mort et le théâtre : c’est mon père qui dit ça quand il veut mettre ma mère en rage. Le pays de mon père, j’ignore comment il s’appelle. Le pays de mon père, c’est le silence. Mon père c’est tous les hommes quand ils rentrent le soir à la maison. Des taciturnes. Des sans-mot. Mon père est comme un loup : le feu qui coule dans ses veines remonte aux yeux, et rien pour les lèvres.»

« L’amour fait un cercle comme celui du cirque, tapissé de sciure, doux aux pieds nus, lumineux sous la toile rouge gonflée de vent. Le cercle est simple : plus vous êtes aimée et plus on vous aimera. Le truc c’est au départ, pour être aimée une première fois. Il faut surtout n’y pas penser, ne pas le rechercher, ne pas le vouloir. Etre folle, se contenter d’être folle, de rire en pleurant, de pleurer en riant, les hommes finissent par arriver, attirés par la clairière de folie, séduits par celle qui n’a même pas souci de plaire. Après c’est joué, vous tournez et dansez dans le cercle d’amour, un mari à vos bras pour ne pas perdre l’équilibre, un mari qui roule des yeux partout en silence. »

« Elle ne croyait pas au monde, ma mère, et là-dessus je suis bien sa fille. Elle ne croyait qu’à l’amour et quand on ne croit qu’à l’amour, on n’a pas d’humeur matinale, on reste entre les draps parce que l’amour est là. Ou parce qu’il manque. »

« Je ne risque rien à donner cette adresse : j’ai remarqué que presque toutes les villes ont une avenue Leclerc. Je me demande ce qu’il a fit pour ça, Leclerc. Je ne sais pas si j’aimerais avoir une rue à mon nom. Il faudrait que ce soit une rue qui donne sur la campagne, dans les faubourgs, là où les maisons se détachent les unes des autres et fondent dans la nature comme un sucre dans l’eau. »

 

Et maintenant, je m’attaque à un pavé (en fait deux, car il y a deux tomes d’environ 800 pages chacun, en format poche), Un garçon convenable de Vikram Seth. Ca devrait me tenir occupé pendant quelques semaines !

par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Mercredi 16 avril 2008
Je suis allé dimanche après-midi et mardi matin à la Chicago Public Library, à 20 mètres de l'auberge de jeunesse (vous imaginez mon bonheur), histoire de me documenter un peu sur le sujet des prisons aux Etats-Unis, un sujet que je souhaite approfondir pendant ce séjour.

J'ai parcouru trois livres, tous passionnants et très "scientifiques", car s'appuyant sur de nombreuses statistiques.


Prisons
Library in a book

Jeffrey Ferro (BA, University of Michigan, UCLA Program, Senior Paralegal with the Los Angeles County Office of the Public Defender)
Facts on File, Inc., 2006 -
Site éditeur
Une Bible: statistiques de base, textes législatifs, jurisprudence, chapitre de bibliographie, de liens Internet, annuaire des organisations travaillant sur le sujet... Une porte d'entrée qui semble extrêmement complète, et plutôt à jour.

Prison, Inc.
A Convict Exposes Life Inside A Private Prison

By K.C. Carceral, edited by Thomas J. Bernard (Professor of Criminal Justice and Sociology, Pennsylvania State University)
New York University Press, 2006 -
Site éditeur
Un ancien prisonnier raconte la dégradation subite de ses conditions de détention, et l'augmentation de la violence, quand il a été transféré d'une prison gérée par l'Etat à une prison privée, comme beaucoup d'autres. L'argument de la privatisation ? "On fait mieux et moins cher". Dans les faits ? Ils font moins cher à court terme, mais tellement moins bien que l'Etat (qui n'est déjà pas terrible), qu'à terme ça va coûter plus cher, notamment au contribuable US (qui, comme chacun sait, aime bien les économies). Des gardiens recrutés sans formation, payés trois fois rien, des prisons construites en quelques mois et donc ne répondant pas aux contraintes spécifiques de la prison, le bilan est accablant.

Punishment and inequality in America
Bruce Western (Professor of Sociology and Faculty Associate of the Office of Population Research at Princeton University)
Russell Sage Foundation, New York, 2006 -
Site éditeur
Avec de très nombreuses statistiques, l'auteur analyse les très fortes sur-représentations des Africains-Américains dans les prisons américaines (et dans une moindre mesure des Hispaniques); croisant ces données avec le niveau de diplômes, la stabilité conjugale, le nombre d'enfants, et encore d'autres éléments, l'universitaire montre, si besoin en était, l'effet dévastateur du système sur certaines communautés.

par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Vendredi 11 avril 2008


Lors de mon avant-dernière sortie cinéma, j'ai vu la bande-annonce pour Le Grand Alibi, adaptation d'un roman d'Agatha Christie, Le Vallon. Le film sortira en France le 30 avril.

(EDIT 01/06: j'ai vu le film hier soir: mon avis dans ce billet)

Ca m'a fait penser que je pourrais relire ce whodunit de la Reine du Crime avec Hercule Poirot. Aussitôt pensé, aussitôt fait, j'ai terminé cette relecture dans l'avion.

Pour une fois je n'ai pas eu trop de mal à ne pas mélanger les personnages. Hercule Poirot est invité chez ses voisins, mais à son arrivée, il assiste à un spectacle, qu'il juge de mauvais goût: un meurtre. En fait il ne s'agit pas d'une pièce de théâtre, il y a vraiment un cadavre, mais les efforts de mise en scène ne sont pas innocents. Alors, meurtre passionnel ? accident ? Pourquoi, par qui, avec quelle arme ?

On s'amuse baucoup avec les personnages, en particulier  Lady Angkatell, complètement déjantée,  Veronica Gray, l'artiste égocentrique, ex-fiancée de la victime, Gurgeon, le majordome excessivement loyal... Pointe aussi quelques tensions entre le mode de vie aristocratique où règne l'oisiveté, et le mode de vie des "travailleurs", ces gens étranges qui doivent "gagner leur vie".

Le dénouement est typique d'Agatha Christie, il n'est pas (trop) tiré par les cheveux mais je n'en dirais pas plus...
par David Veldhuizen publié dans : Livres
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Dimanche 6 avril 2008



J'avais lu une courte recension du livre dans Ouest-France, il y a quelques semaines. L'un des arguments pour que je le commande était sa brièveté (100 pages) et son côté bon marché (5 euros). De plus, le livre a obtenu le Prix du livre d'économie 2008, et précédemment avait été élu meilleur essai 2007 par le magazine Lire.

De quoi s'agit-il ? D'un discours simple, évidemment politique (le CEFREMAP, centre pour la recherche économique et ses applications, est dirigé par Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux affaires européennes actuellement en exercice dans le gouvernement Fillon). Qui relie comportements des Français et efficacité économique, qui remet en perspective le modèle social français. La méthode est intéressante, probablement assez innovante. Il s'agit de corréler les réponses de sondés à des questions sur la confiance (envers les gens en général, et envers certains concepts, comme le marché, ou institution, comme la justice) d'une part, avec des indicateurs relatifs au modèle social d'autre part (degré de protection de l'emploi, nombre de régimes de retraites pour une même catégorie, etc.).

L'exercice est riche mais pèche quand même par quelques raccourcis: les "déclarations" de "sondés", pour mesurer le "civisme des Français", c'est vraiment simplifier les choses ! D'autre part, comme les mêmes questions ont été posées à d'autres pays, il faut considérer quelques biais de traduction, inévitables.

Ces limites exposées, il faut bien reconnaître que les Français se méfient plus que les autres pays des autres citoyens et des corps institués: le marché, le syndicat, l'Etat... Pour les auteurs, c'est la construction de l'Etat-Providence depuis la Libération qui a favorisé le corporatisme et l'étatisme, deux causes de la défiance généralisée. Un cercle vicieux, car la défiance entraîne un mauvais dialogue social, donc encourage le corporatisme et l'intervention autoritaire de l'Etat, ce qui fait qu'on se méfie des corps intermédiaires: la boucle se referme vite. Conséquences: le système redistributif est particulièrement inégal (un comble !!!), et l'économie souffre de règles inadaptées.

Les pays scandinaves et nordiques sont cités en exemple à d'innombrables reprises dans le livre, qui se termine par quelques recommandations. La plus importante consiste à repenser complètement le syndicalisme en France (du mode de financement en passant par le pouvoir d'avancer sans l'Etat, etc). Pour gommer les effets désastreux du corporatisme (les taxis parisiens en prennent pour leur grade, mais c'est plus que normal), il faut également revenir à des aides étatiques plus universelles; pas seulement pour les cheminots, les facteurs, etc. Bref, les conclusions appellent aussi bien à un renforcement des groupes de défense de la société (mais dans son ensemble, et non morcelée) qu'à une libéralisation de certaines règles: c'est du "ni-ni" (ni "ultralibéralisme", ni "socialisme dirigiste", pour sortir de l'hypocrisie du discours égalitariste, en somme. Ca semble plein de bon sens, mais un peu illusoire. Dommage.

par David Veldhuizen publié dans : Livres
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