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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 12:23

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David Abiker, en recommandant la lecture de Solaire, m'a surtout permis d'apprendre la parution de ce nouveau roman de Ian McEwan; Ian McEwan n'a pas besoin d'être recommandé ! Sans que ce soit voulu, ce texte fait écho au Monde selon Garp, que j'avais achevé juste avant, et ce pour toute une série de raisons. Dans les deux cas, le héros est un génie qui est pressé par le temps et a le don de se créer tout un réseau d'ennemis. Dans les deux cas, le héros est travaillé par ses pulsions sexuelles, et les corps sont malmenés. Dans les deux cas, l'auteur adopte l'ironie comme procédé humoristique.

 

Solaire se déroule entre 2000 et 2009. Michael Beard est physicien, il a même obtenu le Prix Nobel de physique. Mais après ce sommet, il se repose sur sa notoriété pour donner des conférences, diriger sans conviction un centre scientifique voulu par les politiques pour montrer que la recherche travaille à contrer le réchauffement climatique, tromper sa cinquième femme, et éviter tout effort pour sortir d'une hygiène de vie déplorable et espérer ainsi prévenir des ennuis de santé. Un jour, il découvre qu'un de ses subordonnés au centre est l'amant de sa femme. Après une entrevue mouvementée, Beard accepte de regarder les travaux de ce subordonné. Ses idées innovantes pour une énergie propre sont convaincantes, et Beard se prend à l'idée de sauver l'humanité...

 

Ian McEwan a le talent d'être extrêmement réaliste, lucide sur les êtres humains. Le thème du réchauffement climatique, des opportunismes politiques, des aubaines financières, des querelles scientifiques qu'il suscite, est bien exploité; difficile de sortir des perspectives à courte vue pour les êtres humains ! Le "penser collectif et long terme" semble, à la lecture de Solaire, une naïveté. Pas très réjouissant... Est-il trop tard ? On verra... 

 

Deux extraits, qui donnent une idée du roman:

 

"Durant les trois dernières semaines de l'année, tout s'accéléra. Une invitation pour le pôle Nord arriva - du moins la décrivit-il ainsi aux autres et à lui-même. En réalité, sa destination se trouvait bien en dessous du 80è parallèle et, promettait la brochure, il séjournerait à bord d'un 'confortable vaisseau bien chauffé, aux couloirs lambrissés, aux moquettes profondes et à l'éclairage tamisé', un navire trônant placidement au milieu des glaces d'un fjord reculé, accessible au terme d'un long trajet en motoneige au nord de Longyearben sur l'île du Spitzberg. Les trois difficultés seraient la taille de sa cabine, l'accès limité à sa messagerie électronique et d'une carte des vins réduite à un 'vin de pays' nord-africain. Le groupe comprendrait vingt artistes et chercheurs travaillant sur le réchauffement climatique, et justement à trente-cinq kilomètres de là, reculant à une vitesse spectaculaire, se trouvait un glacier aux falaises lisses et bleues dont des blocs gros comme des manoirs s'écrasaient régulièrements sur les rives du fjord. Un chef italien de 'renommée internationale' officierait aux cuisines et, en cas de danger, les ours blancs seraient abattus par un guide armé d'une carabine de fort calibre. Beard ne serait pas astreint à donner des conférences - sa présence suffirait - et la fondation prendrait tous les frais à sa charge. Quant aux coupables émissions de dioxyde de carbone causées par vingt vols aller-retour, vingt trajets en motoneige et soixante repas quotidiens servis chauds dans ce froid polaire, on les compenserait en plantant trois mille arbres au Venezuela dès qu'on aurait identifié un site et acheté les responsables locaux." (pages 72-73)

 

"Aussitôt le jeune homme perdit sa belle assurance. Il revevint celui qui suppliait, prêt à tout pour garder son emploi.
- Voyons, professeur Beard. Vous allez trop loin. Revenons à l'essentiel. La raison...
- Rien de plus déraisonnable que de coucher avec la femme de son patron.
- Honnêtement, c'est plus profond que ça. Je me suis conduit comme un idiot, je sais que j'ai beaucoup à apprendre. Mais ce dont je veux parler, c'est d'un substrat de logique imparable...
Beard éclata de rire. Substrat ! Il avait l'impression de voir un joueur d'échecs avancer le pion de la dernière chance. Aucune circonstance particulière ne lui revenait en mémoire, mais lui-même s'était déjà trouvé dans ce genre de situation, peut-être face à une épouse indignée qui venait de le confondre, et là, par un coup de génie, il avait réussi un tour de passe-passe, un déplacement du cavalier dans la onzième dimension, une éblouissante envolée au-dessus du monde unidimensionnel du jeu conventionnel. Oui, ce substrat de logique imparable lui plaisait. Il écouta." (page 127)

 

 


 

 

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Published by davveld - dans Livres
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