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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 20:50

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Paru en janvier, ce roman s'ouvre sur une évocation qui ravit l'amateur d'histoire... et de théologie. Les premiers chapitres brossent un portrait précis (beaucoup de noms, de faits) mais concis de la France de 1926; et que ce soit en évoquant Jonas (un personnage biblique, si vous avez oublié, ça se relit ici) ou Bultmann (un des "très grands" théologiens protestants du vingtième siècle, si vous voulez en savoir plus, c'est là), l'auteur montre bien que la Première Guerre Mondiale a bouleversé la notion d'humanité, et qu'un tel traumatisme affecte durablement sociétés et individus.

 

Ici, nous suivons Théo. Russe, ancien soldat, il était dans le corps d'armée ayant réprimé en 1905 l'insurrection du cuirassé Potemkine, puis dans les tranchées du côté allié. Devenu photographe à Paris, il prospère en particulier grâce à ses clichés pornos. Quand le film d'Eisenstein sur les événements d'Odessa est projeté à Paris (en 1926 donc), Théo, pensant y trouver des images de sa terre natale, est sous le choc. Soudainement, il prend conscience de la cruauté de la répression de l'insurrection. Il se voit comme un monstre, se dénonce à la police... qui l'envoie quelques jours dans un hôpital psychiatrique. Mais l'image d'un autre meurtre surgit, dont il doit discuter avec l'un de ses amis vétérans. Les rencontres se multiplient, sans que la conscience du héros ne soit apaisée. Sortir d'un cycle de violence est-il possible ?

 

C'est un monde cru, tourmenté, au bord de la folie que le court texte de Iouri Bouïda met en scène, une série de variations autour du thème de la fuite, et plus indirectement de la rédemption. La traduction est faite dans une langue fluide, qui adoucit les passages les plus durs. Un bon roman, prenant, qui aide à rendre présent l'état d'esprit d'une période difficile à appréhender aujourd'hui.

 

"On venait d'inaugurer à Paris la Grande Mosquée, bâtie en plein centre de la ville, dans le Vème arrondissement, sur l'initiative de l'Etat français et avec ses deniers - un geste de gratitue de la France envers les soldats musulmans qui avaient donné leur vie pour elle durant la Première Guerre Mondiale. Mais les tenants radicaux de l'islam voyaient plutôt dans cette mosquée un acte de dérision: la plupart des musulmans de Paris n'avaient pas de tenue convenable pour se montrer en ville parmi les riches bourgeois." (pages 15-16, et ça rappelle évidemment ceci).

 

"Telle était l'année 1926. Elle ne fut pas marquée par des événements grandioses, et pourtant, Rudolf Bultmann, professeur de théologie à l'université de Marburg, en se promenant sur les berges de la Lahn avec son ami le professeur Martin Heidegger, a qualifié cette époque de 'prénatale' et d' 'intermédiaire', die qualvolle Pause zwischen der Kreuzigung und der Auferstehung - une halte douloureuse entre la Crucifixion et la Résurrection." (page 16)

 

"Il eut un hoquet. 'Mon père disait toujours q'il n'y a pas de mauvaises gens, qu'il n'y a que des mauvaises actions. C'est pour ça que les hommes savent ce qu'est d'avoir honte, mais c'est que la honte, ça, même Spinoza n'en sait rien... Et si personne ne sait ce qu'est la honte, alors d'où peut bien venir le bonheur ? Car le bonheur, ça n'a honte de rien... Vous êtes heureux, mon ami ? Vous ne cherchez pas le bonheur ? Le vrai bonheur ?

- Non, monsieur.' Jacques-Christian avala son Pernod d'un trait. 'Je suis au régime.' " (page 36)

 

 


 

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Published by davveld - dans Livres
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