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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 16:41

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Le magicien Garcin m'a à nouveau conquis, enthousiasmé, ravi. Dans le prolongement de  Aux bords du lac Baïkal, lui et son double, Chen Wanglin, nous transportent au cours d'un fleuve immense (le 7ème plus long du monde, 4400 kilomètres, pour en savoir plus merci Wikipedia), lui-même perdu dans le gigantisme de ces déserts russes très à l'est de l'Oural.

Des chapitres savoureux nous font partager les états d'âmes de quelques animaux pittoresques qui vivent dans le fleuve lui-même, ou à proximité immédiate. On retrouve quelques personnages des Bords du lac Baïkal, comme l'aigle Lelio Lodoli, mais aussi des esturgeons, des loups, un renard, une éphémère, des lièvres arctiques, tous au caractère bien trempé, et bien sûr l'Esprit du fleuve, Goritsa, capable de prendre (plus ou moins) n'importe quelle apparence vivante aux environs du long cours d'eau. Un fil conducteur réunit les chapitres: celui d'un morceau de bois avec deux extrêmités ressemblant à des oreilles de lapin. Chaque animal héros du récit voit sa vie influencée par son interaction avec ce simple morceau de bois.

 

La poésie et l'humour se glissent dans chaque nom, dans chaque phrase. Comme beaucoup des narrateurs de ce roman l'indiquent, la distinction entre rêve et réalité n'est valable que chez les êtres humains. Et encore. Christian Garcin nous rappelle à nouveau que le réel n'exclut pas l'imaginaire. Au contraire, et c'est grâce à ces histoires pour enfants que les adultes peuvent un peu mieux supporter le monde, du moins c'est ma conviction. Les pages de Christian Garcin font se déployer magnifiquement les ressources de la langue française et constituent des plaidoyers discrets mais efficaces pour ré-enchanter nos quotidiens.

 

"Lioubomira se déplaça de quelques mètres sur sa droite, afin de faireface à cet oiseau arrogant et, apparemment, un peu fêlé. Elle ne saisissait pas tout ce qu'il racontait, mais elle se disait qu'il n'avait finalement pas l'air très dangereux. Ivan, Dimitri et Aliocha la suivirent de très près, abandonnant derrière eux le bout de bois lapiniforme auquel ils ne pensaient déjà plus, ayant épuisé toutes les possibilités de jeux qu'il offrait. Ils étaient très intrigués, car ils ne comprenaient, mais alors, strictement rien aux propos de cet oiseau.
- Ecoute, Machin Boboli, dit Lioubomira d'un ton conciliant, si tu ne veux pas qu'il t'arrive des ennuis, je te conseille de partir d'ici très vite. Alors, vois-tu, tu peux faire ça au présent ou à l'imparfait, comme tu veux. Même au passé simple. Pour moi, et dans ce cas précis, je préfère utiliser l'impératif présent: envole-toi, et va poser tes plumes ailleurs. J'espère avoir été assez claire." (page 23)

 

"Car Mitrofane Stakhanov, outre qu'il était prévoyant, organisé et travailleur, était aussi extrêmement curieux, comme le sont tous les écureuils.
Il ralentit donc sa course, revint en arrière et s'approcha de la rive. Une dizaine d'esturgeons se trouvaient là, clapotant à la surface, qui ne cessaient de récriminer, gémir, râler, grogner et se plaindre du traitement qu'ils avaient subi.
- C'est tout de même un monde, disait l'un, vous vous rendez compte, nous arracher de l'eau comme ça, nous garder dans une cuvette entassés les uns sur les autres et puis nous relâcher n'importe où ! Non, mais je vous jure que des fois ! Franchement !
- Et puis ce machin qu'il nous a mis sous la nageoire, renchérissait un autre, impossible de l'enlever en plus, non, vous avouerez quand même, il y a des moments, on se demande où va le monde !" (pages 48-49)

 

"En effet, Pamphile Strogonov, le plus puissant des boeufs musqués du sud du Grand Delta, était éperdument amoureux d'Oksana Karpovna, la plus jolie de toutes les femelles du troupeau, la seule en tous cas à lui faire tourner la tête. Oksana Karpovna était douce. Oksana Karpovna était belle. Oksana Karpovna était élégante, avec ses cornes joliment recourbées, ses sabots fins et luisants, ses longs poils gris qui lui faisaient comme une houppelande, et ses grands yeux bordés de longs cils ébouriffés.
Bien entendu, tout cela, Pamphile Strogonov ne lui disait pas, car il avait sa fierté. Et puis surtout, il était timide: aussi timide que puissant, et aussi maladroit qu'ombrageux, si bien que dès qu'Oksana Karpovna arrivait il lui tournait le dos comme s'il ne l'avait pas vue, ce qui la rendait triste car elle-même n'était pas indifférente à la force, la fourrure, la carrure et la puissance phénoménale de Pamphile." (page 120)

 


 

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Published by davveld - dans Livres
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