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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 10:35

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Louise est une ado australienne. Elle a des parents peu regardants, des soeurs qui ont le chic pour faire les mauvais choix (de fréquentations, de consommations, d'itinéraires de vie). Surdouée, ultra-cynique, notre héroïne-narratrice n'en peut plus. Elle est donc ravie d'avoir gagné une bourse pour une année d'études aux Etats-Unis. Son objectif secret ? En profiter au maximum et trouver un moyen de rester sur la Terre Promise. Elle arrive dans une famille riche, les Hardings, dégoulinants de bien-pensance, avec qui, forcément, l'ajustement n'est pas évident. La fille des Hardings pense shopping, le fils pense à Lou de façon assez déplacée, et quoi qu'il arrive, la communication échoue. Les choses ne s'arrangent pas alors que les mois passent... Lou parviendra-t-elle à trouver des alliés sûrs, parviendra-t-elle à rester ?

 

En narration subjective, Le voyage de Lou met dans la peau d'un personnage atypique, à la fois attachant et inquiétant. Le récit invite à réfléchir sur cette marginalité parfois ignorée, celle de ceux trop lucides pour leur âge, de ceux trop indépendants pour la société, de ceux trop sensibles pour la dureté de notre vivre ensemble. Quelque chose d'assez déstabilisant, rappelant les limites de notre capacité d'accueil et de compréhension de la complexité de chaque individu, et le poids du conformisme social. On hésite à basculer dans le fatalisme... Sentiment mitigé donc au sortir de cette lecture, au style banal, sans génie particulier.

 

"J'ai écrit une lettre d'enfer à Mrs Walsh; ma seule lettre. J'y dépeins quelque chose qui ressemble au contenu des brochures en couleur vantant les mérites du programme international d'échanges: des garçons et des filles en canoë sur des rivières miroitantes, des garçons et des filles en costumes en train de répéter une pièce de Tchekhov, des familles assises ensemble sur des gradins en train de manger des hot-dogs à un match de base-ball, et une joyeuse fête d'étudiants du programme chantant et dansant dans un parc, enveloppés dans le drapeau de leur pays.
Bridget entre dans ma chambre et s'assied au pied de mon lit, une serviette nouée autour de la tête, la peau du visage tendue et sèche de trop de savon et d'eau.
- Comment vas-tu ? demande-t-elle.
- Bien, dis-je.
Je remarque pour la première fois que Bridget a une verrue sur le genou droit, petite, mais une verrue quand même. Je pense à la question sur le formulaire de demande pour mon passeport, celle sur les signes particuliers. Je n'en ai pas mais je mourais d'envie d'écrire que j'avais une verrue bleue derrière le genou droit." (page 118)

 

"J'écris dans mon cahier un truc que mon professeur de sciences nous a dit hier:
Les êtres humains partagent plus de quatre-vingt-dix-huit pour cent de l'ADN des chimpanzés.
Mais il n'a pas précisé que les êtres humains partagent aussi cinquante pour cent de l'ADN des bananes." (page 231)

 

"Comment un débile pareil peut-il être assistant social ? Quel genre d'abruti faut-il être pour penser qu'il y a une explication rationnelle à tous les comportements humains ? Quel genre d'imbécile faut-il être pour croire qu'on peut expliquer la perversité ? C'est tellement évident. Pour une raison ou une autre, je me sentais nulle et j'ai bu pour me sentir mieux même si ça risquait de ruiner mes chances d'évasion. Qu'y a-t-il donc de si difficile à comprendre là-dedans ?
J'ai envie de lui filer un coup de pied dans le tibia mais, à la place, je transforme ce qu'il s'est passé en histoire avec un début, un milieu et une fin bien nets, et toutes sortes de justifications à mon comportement. Cette version des événements semble le satisfaire, surtout quand je dis que mon attitude était motivée par un besoin profond d'acceptation et de reconnaissance." (page 270).

 

"Tout d'un coup, j'ai les yeux brûlants et pleins de larmes. C'est toujours triste quand deux personnes ont pensé la même chose au même moment et que ni l'une ni l'autre n'a réussi à trouver un moyen de la dire à voix haute. Henry est comme moi. Il aimerait que les gens soient meilleurs qu'ils ne sont, qu'ils se comportent davantage comme l'impression qu'ils donnent dans leurs lettres; qu'ils disent tout haut des choses plus gentilles - le genre de choses que je dis dans mes lettres. Nous aspirons tous deux à plus de vérité, plus d'émotion, moins de tension, moins de faux-semblants mais nous sommes tous deux trop timides, trop mal à l'aise pour ne serait-ce que commencer à nous comporter comme l'être meilleur que nous trimballons dans notre tête." (page 293)

 


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Published by davveld - dans Livres
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