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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 21:15

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Arto Paasilinna. Ca faisait un moment que je n'avais pas lu un de ses romans. Le cantique de l'apocalypse joyeuse est un bon cru de l'écrivain finlandais. Comme dans les précédents, et comme l'indique le titre, la religion -ou plutôt croyants et pasteurs luthériens- jouent un rôle important, notamment comme ressort comique (comme l'ours, d'ailleurs). Ici, le récit commence alors que l'Union soviétique vit ses derniers mois. Un révolutionnaire finlandais, vétéran de nombreux conflits, et réputé pour avoir brûlé un certain nombre d'églises, décide que son héritage doit être consacré à une fondation. Celle-ci aura pour mission d'ériger une église. N'importe laquelle. Son petit-fils, alors au chômage, s'empare du projet. Mais construire une église dans une forêt finlandaise ne va pas sans quelques oppositions. Progressivement, une communauté se soude autour du chantier, puis de la construction. Une communauté d'alters, comme on dirait aujourd'hui, mi-hippies soixante-huitards mi-écolos bobos du vingt-et-unième siècle. Le temps passe; des crises terribles secouent la Russie, l'Europe, les Amériques. Nous arrivons au début de notre siècle (le livre date de 1992), et une Troisième Guerre Mondiale éclate en 2014. Pourtant, autarcique, la communauté survit et prospère.

 

Le cantique de l'apocalypse joyeuse, c'est donc le développement inconscient d'une utopie - non pas sur une île exotique, mais dans le froid du grand Nord -, autour d'une humanité qui court à marche forcée à sa perte. Les pages apocalyptiques, brillantes, ne sont pas sans rappeler franchement Le dernier monde, de Céline Minard (des capitales dévastées, des migrations forcées, et quelque part, une survie), ou la situation malheureusement tellement banale (à Naples, à Marseille en temps de grève, dans les pays du Sud en général) dans laquelle une prétendue civilisation est mise gravement en danger tout simplement parce que sa production journalière de déchets n'est pas évacuée...

 

Derrière les messages "premier degré" ("c'est une fiction", et "vivre en respectant mieux notre environnement, c'est vital"), l'humour très vif, et parfois vraiment tordant cache une inquiétude forcément sincère, qui frappe par sa lucidité (en 1992... pour un roman s'étendant de 1990 à 2030 environ).

 

Allez, quelques extraits qui vous feront sourire ou plus !

 

"Inspecter la distillerie était une tâche agréable. La soirée se passa à goûter la production, comparer avec soin les différentes qualités, faire des projets afin de doter l'établissement d'un alambic supplémentaire qui servirait à fabriquer de l'eau-de-vie de bigarade, ou peut-être de la vodka au cumin. On verrait à l'usage. (...) Ragaillardis par leur rigoureux contrôle de qualité, Eemeli et Taina reprirent au galop le chemin de Vieille-Frontière. Se tenant par le cou, ils chantaient de joyeuses chansons à boire. Eemeli tenait les rênes. Les roues du phaéton soulevaient des nuages de poussière. Quel plaisir de rouler à folle allure dans le crépuscule sur les petits chemins de terre, sans avoir à craindre d'être arrêté pour conduite en état d'ivresse. D'ailleurs le cheval était à jeun."

 

"Devant le spectacle de l'ours grincheux assis dans l'un des chariots, le garde-frontière s'interrogea cependant sur ce que les règlements douaniers pouvaient bien stipuler à ce sujet. Les directives de la Communauté européenne étaient muettes. Pour les animaux morts, l'exportation n'aurait posé aucun problème, ils étaient considérés comme de la viande, mais l'ours était vivant. Les boeufs, aussi vivants fussent-ils eux aussi, pouvaient franchir la frontière, car il s'agissait d'animaux de trait, et donc d'animaux domestiques. Mais un ours ? Ce n'était ni un animal de trait, ni un animal domestique, ni un animal de compagnie. L'adjudant le regarda d'un air perplexe. Le plantigrade, peu soucieux de son propre intérêt, grogna d'un air menaçant dans sa direction.

'Si on le tuait sur place, le règlement serait respecté', suggéra le garde-frontière. Mais Eemeli Toropainen se refusait à abattre son camarade d'hôpital pour de simples motifs bureaucratiques. On régla le problème en inscrivant le plantigrade sur le manifeste de douane en tant qu'artiste, en déplacement à titre d'ours de cirque.

On acquitta pour lui un droit de passage d'un demi-litre d'eau-de-vie aux herbes, que l'adjudant décida de boire personnellement. L'Union européenne ne lui avait pas versé de salaire de tout l'été.

L'objectif des Ukonjärviens était de poursuivre leur route dans les chariots à boeufs, mais le garde-frontière, après avoir goûté aux droits de douane, eut une idée pour faciliter le voyage. (...)

On ne savait pas à quel Etat appartenait le matériel ferroviaire, mais le fonctionnaire était prêt à le céder gratuitement, en échange d'un ou deux litres d'eau-de-vie."

 

 

 


 

 

Ce que j'avais déjà lu d'Arto Paasilinna (en 2007-2008):

 

Pour en savoir plus:

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Published by davveld - dans Livres
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commentaires

Le Moineau 25/10/2010 23:16



Hum, ça a l'air savoureux!


Faudra que je le lise.


Merci David pour le conseil.



davveld 26/10/2010 23:15



Ca l'est... Et de rien !



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