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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 22:53

Par quoi commencer ? Déjà, par cette fin du chapitre 3 du roman de Ian McEwan que je suis en train de lire (fin de chapitre que j'ai lu dans le métro en allant au concert).

"Sa fatigue envolée, Henry s'écarte du mur auquel il s'était adossé et s'avance au centre de la salle obscure, plus près de cette grande machine à produire des sons. Il se laisse happer. Rares sont les moments où des musiciens atteignent ensemble quelque chose de plus délectable que tout ce qu'ils ont pu connaître en concert ou en répétition, bien au-delà de la simple collaboration ou de la compétence technique, et où leur expression acquiert la légèreté et la grâce de l'amitié ou de l'amour. C'est alors qu'ils nous offrent un aperçu de ce que nous pourrions être, de ce que nous avons de meilleur, de ce monde impossible où l'on donne tout aux autres sans rien perdre de soi-même.

Dans le monde réel il existe des programmes détaillés, des projets visionnaires de sociétés paisibles, sans conflit, promettant le bonheur à tous et pour toujours - des mirages au nom desquels les gens sont prêts à tuer et à se faire tuer. Le royaume du Christ sur Terre, le paradis des travailleurs, l'Etat islamique idéal. Mais seule la musique, en de rares occasions, laisse vraiment entrevoir cette communauté de rêve, séduisante illusion qui s'évanouit avec les dernières notes."


C'est une effrayante banalité que de citer l'adage "la musique rapproche les peuples". Mais quand c'est la vérité... L'Orchestre Philarmonique de Radio France est bien sûr "français", mais compte de nombreux solistes internationaux (le violon solo Svetlin Roussev est probablement russe !!!). L'Orchestre Simon Bolivar des Jeunes du Venezuela est majoritairement vénézuelien... Ils se produisent à Paris, jouent des oeuvres françaises et vénézueliennes pour un public cosmopolite, et le tout est retransmis en direct sur le site live d'une chaîne franco-allemande, l'indispensable Arte. Mais qu'importent ces nationalités ? Jouer de la musique, en écouter, il n'y a pas de langues qui comptent. Les émotions, les frissons sont humains, universels.


Le concert (j'avais manqué le premier concert de mon abonnement de la saison 2009-10, pour un week-end familial absolument inamovible en septembre) - le concert donc commençait par "Daphnis et Chloé, suite n°2" de Maurice Ravel, interprété par l'Orchestre Philarmonique de Radio France (que je commence à connaître !), dirigé par Gustavo Dudamel, le directeur musical de l'orchestre vénézuelien et par ailleurs chef invité régulièrement à Paris. L'oeuvre, composée en 1912, a des tonalités de merveilleux.

Changement de musiciens, l'Orchestre Simon Bolivar des Jeunes du Venezuela prend place. La salle Pleyel est grande, et ça tombe bien, car la formation l'est aussi: près de 40 violons, et tous les pupitres à l'avenant ! Ils sont jeunes, beaux et belles ("ils" ont des cravates, "elles" des robes plus courtes et échancrées que les musiciens de l'Orchestre Philarmonique français), et d'un talent immense ! Ils jouent "Santa Cruz de Pacairigua", du compositeur vénézuelien Evencio Castellanos (1915-1984). C'est festif, mais aussi très riche, car tous les instruments ont leur mot à dire ! Magnifique.

Après l'entracte, les deux Orchestres (avec quelques pertes évidemment) n'en forment plus qu'un, immense, où on doit friser les 50 violons, les 20 violoncelles, les 20 "bois", les 15 "cuivres", les 4 harpes... Presque démesuré... mais Gustavo Dudamel va assurer brillament la direction de tout ce beau monde pour la "Symphonie fantastique" d'Hector Berlioz. Nous voilà partis pour près d'une heure réellement "fantastique". Je connaissais de nom cette oeuvre, mais je pense que c'est la première fois que je l'écoutais intégralement, qui plus est avec une formation si exceptionnelle ! Bassons, flûtes, hautbois, cors et percussions ont l'occasion de faire une démonstration de leurs talents.


Après des tonnerres d'applaudissements, des échanges de médailles entre les musiciens, il y a même un petit morceau pour le rappel, très "latino", très festif encore. La joie de partager ce moment musical, cet instant de communion durant lequel rien d'autre ne compte, inonde la salle. Il s'est passé quelque chose de fort ce vendredi soir. Du bonheur, tout simplement.

Un bonheur auquel vous avez droit, au moins quelques jours, grâce à Arte Live Web, qui a diffusé le concert en direct, et le laisse disponible en streaming (encore quelque chose de fantastique):




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Published by davveld - dans Musique
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