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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 08:04


Découragé par le roman La tache, de Philip Roth, dont je n'ai lu qu'à peine 100 pages en 10 jours de vacances (j'avais donc du temps mais les chapitres interminables et le rythme du récit ont pour l'instant eu raison de moi), je décide de changer de texte. A Alès, où je passais samedi dernier pour le mariage d'un ami, j'entre dans une librairie, cherchant Chez nous, de Marylinne Robinson, encensé par Télérama et d'autres magazines pour le trajet de retour en train. Il n'était plus disponible (je me rattrape ce lundi soir à Paris). Je me rabats sur un autre roman conseillé par mon hebdomadaire culturel, Fille noire fille blanche, de Joyce Carol Oates, où il est aussi question de fille de pasteur (apparemment un personnage principal chez Robinson, je vous dirais dans quelques jours !). Bonne pioche, les 370 pages tiennent moins de 3 jours !

1974-1975. Au Schuyler College, un collège prestigieux aux Etats-Unis, Genna Meade, blanche, descendante du fondateur de l'établissement, partage sa chambre étudiante avec Minette Swift, fille de pasteur noire. Genna, la narratrice, a été éduquée dans la culpabilité de la génération de ses parents, culpabilité par rapport à un "ethnocentrisme" blanc, à l'heure de la décolonisation, de la guerre du Vietnam, du mouvement pour les droits civiques. Le père, "avocat", et la mère, ancienne hippie un peu loufoque, tous deux anciens drogués et farouches agnostiques, ne sont pas très "structurants"; d'ailleurs le fils est parti, sans donner de nouvelles, avant de réussir dans les affaires. La fille, Genna donc, veut être admirée de ses parents pour son amitié avec Minette Swift. Oui mais voilà, Minette est évasive... au mieux ! Désagréable, presqu'asociale, elle est (devient ?) une cible facile pour quelques racistes. Vols, vitres brisées, graffitis, insultes... sa couleur de peau pose visiblement problème. Elle, chrétienne (forcément...) un peu fanatique, "tend l'autre joue" et refuse d'être défendue. Pendant des mois, les deux filles cohabiteront. Genna désespère de ne pas arriver à percer la carapace de Minette, qui elle ne prend plus soin d'elle (hygiène déplorable, boulimie...). La situation dégénère progressivement.

Joyce Carol Oates nous plonge dans un malaise profond. Celui de Genna, qui ne parvient pas à se lier avec Minette. Celui de Genna encore, qui ne comprend pas le racisme ambiant. Celui de Genna, toujours, qui ne reçoit de ses parents aucun soutien mais au contraire des nouvelles fantaisistes, ou des sujets d'inquiétudes (Max Meade, son père, a défendu de nombreux marginaux et autres radicaux, ce qui finit par lui attirer des problèmes). Mais aussi celui de l'ensemble de l'équipe de Schuyler College, tétanisée par ces actes racistes et par le comportement de la "victime", qui refuse d'endosser ce rôle.

Le livre interroge donc l'idéologie des "anti-racistes", mais aussi de ces opinions soixante-huitardes (mais pas seulement) où l'on veut faire ce qu'on suppose être le bien des autres malgré eux. Un thème de réflexion riche, surtout à partir de ce contre-pied où la riche blanche voit dans l'affection qu'elle porte envers la boursière noire l'opportunité d'effacer des privilèges injustes et insupportables.

Fille noire, fille blanche est très bien écrit. Dire que sa lecture est agréable serait exagéré, parce que le texte "remue". Et restera probablement dans mon esprit pendant un certain temps !


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Published by davveld - dans Livres
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Martine 01/12/2009 22:00


Bonsoir,

J'aime beaucoup le ton de vos posts. Je ne saurais trop expliquer ce qui me plait. Peut-être une sorte de bienveillance qui transparait, si rare, et tellement réconfortante.
J'aime beaucoup vos critiques de livres également. Vous savez donner envie.
Je suis contente de lire votre avis sur "La tache" de Philippe Roth. Je suis complètement d'accord. Je l'ai acheté parce que j'ai aimé d'autres romans de cet auteur. Et j'ai dû laisser tomber après
une centaine de pages. Il m'a été impossible de lire  "Mère disparue" de Joyce Caroll Oates également. Mais vous me donnez envie de découvrir son dernier opus.
Merci de partager vos pensées sur ce blog que vous tenez avec une belle assiduité.



davveld 01/12/2009 23:03



Merci pour votre commentaire. Je suis heureux de voir que je parviens à transmettre un peu de mes moments de bonheur, que ce soit à partir d'un livre, d'un concert, d'un film, d'une anecdote...
On ne manque jamais de difficultés, alors quand on trouve du "réconfort", autant le partager !

Je lis actuellement Chez nous, qui, pire que La tache, n'est même pas découpé en chapitres ! Pourtant, même 5-10 minutes de progression dans
Chez nous sont un plaisir. Je réessaierais La tache, parce que je n'aime pas rester sur un semi-échec... et bien sûr j'en parlerais ici.

Pour réagir sur la dernière phrase, je dirais que ce blog est aussi une nécessité; cela m'encourage à exprimer ce que j'ai ressenti, pensé, apprécié ou non dans un livre, un film... Parfois les
mots sont maladroits, j'aimerais soigner davantage mon écriture; mais le temps manque. Garder traces de mes impressions, et pouvoir en discuter avec des amis ou de parfaits inconnus constituent
deux fortes motivations.

Encore merci et à très bientôt !



mélie 24/11/2009 19:37


Deuxième critique que je lis de ce bouquin en moins d'une semaine, il fait envie.
Et sinon, je comprends tout à fait pour La tache - une prof de civi en première année nous en avait vanté les mérites, j'ai essayé de le lire une, deux fois, puis Lotte l'a lu et m'a dit
que ça ne valait pas tellement coup, et vu que je lui fais entièrement confiance... j'ai abandonné.


davveld 24/11/2009 20:58



Mm. Pas sûr que ce soit la meilleure lecture pour te changer les idées...

Tiens, un extrait que je voulais mettre dans le billet et puis j'ai oublié... Cela fait partie des textes en italiques, probablement des phrases entendues par Genna de la part de ses parents (de
son père en particulier). Deux phrases... qui prêtent à débat !
"Le désir de connaître totalement quelqu'un est une façon de se l'approprier, de l'exploiter. C'est un souhait honteux auquel il faut renoncer."
Au boulot, on tire à vue sur les adverbes qui se glissent dans nos phrases. Là, j'apprécie le "totalement" !

Et concernant La tache, une amie m'a écrit sur F*cebook aujourd'hui: "Comment as-tu pu être découragé par La tache? Ce roman est absolument génialissime.
Accroche-toi man !".
Ce à quoi j'ai répondu: "Il est très (très très) rare que je ne finisse pas un livre que j'ai commencé (et je lis beaucoup). J'ai essayé de m'accrocher au début, sans que ça marche vraiment.
Je réessaierais dans quelques temps... mais des chapitres de 80-100 pages, sans respirations, c'est quasi-impardonnable. Il faudrait que je me sente concerné par l'intrigue, et les 100 premières
pages n'ont pas suffi (bon, ça c'est peut-être mon problème). A suivre !"



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