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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 07:54

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La biographie de Chen Wanglin, personnage (et l'un des narrateurs) de La piste mongole, apparaît furtivement sur la page précédant les premiers mots du roman. D'ailleurs, il y a même deux-trois pages qui se retrouvent exactement dans les deux ouvrages... Christian Garcin aime les tiroirs qui en cachent toujours d'autres... Car pourquoi ce narrateur supplémentaire ? Mystère... Mais qui laisse place à l'entrée en scène - nous sommes d'abord en Chine - à... Zorro, enfin Zuo Luo, ou de son "vrai" nom Zhu Wenguang, plus justicier que détective privé. Sa mission ? La politique de l'enfant unique conduit les familles pauvres à se lamenter de mettre au monde des filles, avant de les "vendre" (les guillemets sont de trop, mais le procédé mérite d'accentuer le verbe) à leurs futurs époux. Notre héros dispose d'un relais d'informateurs qui captent des appels de détresse de ses femmes, et lui se charge de les secourir. Par des moyens légaux, parfois, mais plus souvent par ruse et par force.

 

C'est donc un roman d'aventure ? Non, pas vraiment. Plutôt une quête, entre mélancolie, humour, et fantômes intérieurs de Zhu Wenguang. Parfois, les phrases s'allongent sur plusieurs pages, quand libre cours est donné aux pensées de notre justicier. Ses amis (Bec-de-Canard), ses alliés (un chien errant de New York), ses airs d'opéras cantonais... Et ces thèmes récurrents de Garcin: la mort en ermite dans des terriers, les renards, la Chine, la Mongolie, New York, une bande-son spécifique pour chaque atmosphère, et j'en passe. Comme pour ses autres romans, on s'amuse à retrouver ici et là tel fil conducteur, tel motif (on se demande même si certains nouveaux, comme ici le hongrois, vont être repris dans d'autres textes), et à se laisser entraîner dans un univers à la frontière du merveilleux. 

 

"Les coups de pieds plurent, non pas au type, mais sur ses jambes et ses côtes, dont certaines faisaient un petit bruit sec en se cassant, et accessoirement sur son visage. A l'intérieur de son appartement la télé fredonnait en sourdine une chanson de Faye Wong." (page 45)

 

"Lorsque son cousin eut terminé, Wenguang se gratta la tête en signe d'intense perplexité. A vrai dire, il ne savait que penser de toutes ces fariboles. Certes, cela prêtait plutôt à sourire, mais il restait qu'il était le seul ici à savoir que ce que racontait Michele Chen avait un fond de vérité, que Vieux-Fang avait bien été celui qu'elle disait qu'il avait été: un vieux membre des triades qui résidait dans sa petite ville de Deyang. Plus étonnant encore, ce Vieux-Fang, qu'il avait rencontré un quart de siècle plus tôt, était assez étroitement lié à la raison de son voyage à New York. En ce qui concernait cette abracadabrante histoire de réincarnation, il y avait bien entendu la morphologie du chien, long et efflanqué, qui jurait avec celle de l'humain Vieux-Fang, quant à lui plutôt petit et rond, se disait Wenguang, mais cela ne pouvait suffire à invalider la teneur des propos de Michele Chen qui demeuraient, quelles que soient la méfiance et l'incrédulité naturelles de Wenguang, extrêmement troublants.
C'est amusant, non ? avait demandé Menfei. Ridicule, mais amusant. Mais enfin, avait-il très vite ajouté en chuchotant de crainte que les époux Chen assis à deux tables d'eux ne l'entendent, précaution parfaitement inutile vu qu'entre-temps une vingtaine de clients s'étaient assis, emplissant la salle d'un intense brouhaha, ce sont de bons cliens, très polis et généreux, et puis gentils comme tout. Bon, elle, elle est un peu bizarre, mais tout à fait charmante." (page 66)

 

"L'heure arriva, et Wenguang ne put se résoudre à lui faire sa déclaration. Après avoir longuement marché dans le petit parc qui bordait le lac Jinghu, puis le long du lac lui-même, ils s'étaient assis sur un minuscule banc, tout au bord de l'eau. Les derniers rayons du soleil soulignaient la crête dorée des vaguelettes, au-dessus desquelles des myriades d'insectes s'agitaient dans la tiédeur poudrée du jour finissant. La température de l'air était idéale: les gens vaquaient ici et là, souriants et confiants; les enfants ne hurlaient pas pour un oui ou pour un non; même les policiers semblaient sereins. Quant à Wenguang, il se réjouissait de l'exiguïté du banc, grâce à quoi Cuicui et lui étaient presque collés l'un à l'autre.
Ce jour-là, comme les autres jours, ils avaient parlé de choses et d'autres, sans que rien de très personnel n'affleurât dans la conversation. Une des caractéristiques de leurs rencontres résidait en cette capacité qu'ils avaient à ne jamais parler de rien de très important, mais à parler tout de même, surtout Cuicui, sans réticence et sans frein, et de se trouver naturellement bien ensemble, comme des amis de toujours. Cuicui l'appelait "grand frère", et lui "petite soeur", ils riaient souvent, partageaient jiaozi et friandises, se prêtaient les livres qu'ils avaient aimés, et allaient parfois au cinéma. Wenguang, incapable d'infléchir le cours de cette relation plus adolescente qu'adulte, attendait que quelque chose se passât, mais il ne savait pas quoi. Quant à Cuicui, elle semblait se satisfaire de ce type d'amitié chaleureuse et résolument chaste." (page 100)

 

"Le monsieur a fait une sorte de moue perplexe. Je ne sais pas pourquoi, c'est là que je me suis demandée comment il s'appelait. Je me suis dit que j'allais lui demander son nom. Il y a eu un long silence et puis il a dit quelque chose comme "Ca n'en finit jamais". Je lui ai demandé de quoi il parlait, il m'a dit: "Les signes, les coïncidences, les collusions de destins, tout cela n'en finit jamais." Comme je ne comprenais rien, je me suis bornée à regarder par la fenêtre où, en contrebas de la route, quelques chevaux couraient, leurs crinières flottaient, ils avaient l'air libres et heureux, c'était très beau. Je me suis tournée vers le monsieur et lui ai demandé comment il s'appelait, il m'a dit: "Zorro. - Zorro, comme Zorro ?" lui ai-je demandé. Il m'a dit: "Exactement: comme Zorro." " (page 165)

 

 


 

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Published by davveld - dans Livres
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