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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 22:47

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Jean-Luc Mouton est directeur de la rédaction de l'hebdomadaire protestant Réforme, où j'ai effectué deux stages il y a quelques années. Homme de média et donc vulgarisateur au sens noble du terme, il a signé une biographie de Jean Calvin, le réformateur le plus connu après Martin Luther. L'Eglise réformée de France, de laquelle je me sens membre, se réclame explicitement de l'héritage calviniste (le distinguo avec l'Eglise évangélique luthérienne de France - qui, comme son nom l'indique, est plus proche de Martin Luther sur certains points de doctrine - va s'estomper progressivement, avec la "fusion" des deux entités dans les prochaines années). Et pourtant, hormis une biographie de Calvin en bande dessinée (dans la collection des Figures du protestantisme d'hier et d'aujourd'hui, d'excellente facture quoiqu'un peu datée), je n'avais jamais pris la peine d'en savoir plus sur le personnage. Alors avant de recevoir une longue bibliographie imposée dans quelques jours, je me suis décidé pour ce petit poche, que j'ai fini le week-end dernier, en route pour Dresde.

 

Le style de l'auteur est un peu déconcertant, puisqu'il multiplie les questions rhétoriques, les "il n'y a qu'un pas" (qu'il franchit aisément parfois, qu'il rejette aussi souvent), et la vie de Calvin, en particulier dans ses premières années, se prête bien à ce jeu d'hypothèses multiples. Mais la lecture n'en est pas facilitée. Jean-Luc Mouton prend position, ce qu'il faut vue la diversité des possibles, mais plus de rigueur formelle (rien à dire sur le fond) aurait densifié le propos et appuyé l'exposé. J'y apprends nombre d'éléments, comme le fait que Calvin ait été très peu loquace sur sa "conversion" aux idées de ce qui s'appellera ensuite la Réforme. Jean-Luc Mouton considère que Calvin a, assez tôt, tenu à maîtriser ce qu'on appellerait aujourd'hui son image publique, sa communication; ses choix de vie, ses déplacements, ses décisions s'inscrivent dans le plan de Dieu, et cela doit se savoir, car cela accroît sa crédibilité pour porter ses idées, et diriger une communauté, comme celle de Genève. D'ailleurs, les éclairages sur la situation des "cités" helvétiques, coincées entre Charles Quint, le Pape, la France, etc. sont précieux pour comprendre l'enjeu que représente, aux yeux de Calvin, le caractère exemplaire de Genève. Bien sûr, l'acharnement et la somme de travail abattue par Calvin sont documentés; son errement à propos de Michel Servet, qu'il ne sauvera pas du bûcher alors que celui-ci osait contester la Trinité, lui colle naturellement à la peau et à la réputation. Convictions de fer, goût de la polémique, exigence extrême dûe à un sentiment d'urgence lié à l'époque, il n'en faut pas plus pour expliquer (sans justifier) l'image d'austérité, de sévérité voire d'autoritarisme qui lui sera associée.

 

Portrait compréhensif néanmoins sans aucune complaisance, cette biographie constitue une bonne introduction à la vie d'une des personnalités les plus marquantes de l'histoire occidentale moderne.

 


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Published by davveld - dans Livres
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