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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 23:11
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L'histoire des pays dits d'Europe centrale et orientale m'intéresse beaucoup. L'histoire polonaise particulièrement, pour toute une série de raisons. Il y a quelques années, la visite de la synagogue et du mini-musée juif d'Oswiecim (la ville où fut ensuite implanté le camp d'Auschwitz-I) m'avait particulièrement marqué. En effet, plus que les visites des ghettos de Cracovie ou Varsovie, ce musée m'avait fait prendre conscience du caractère très "communautaire" de la vie des Juifs dans ces pays avant la Shoah. Très "communautaire" mérite une explication: avec leur religion, leur langue, leurs coutumes, leur organisation sociale, mais aussi leur habitudes notamment vestimentaires, les Juifs formaient un groupe extraordinairement distinct du reste de la population. Un cloisonnement qui favorise les discours où l'Autre est le parfait bouc émissaire pour tous vos problèmes... et donc une absence de sympathie entre Juifs et non-Juifs, entretenue par les deux camps. Un terreau fertile pour ce qui a suivi.

Cela dit, à quoi ressemblait la vie dans ces communautés juives européennes du début du vingtième siècle ? En parcourant les rayons de la librairie, ce livre a suscité ma curiosité... je verrais après que je ne demande pas moins qu'à un Prix Nobel de Littérature (après Hemingway et Le Clézio, je rattrape mon retard à ce rythme !) de me raconter son enfance ! Isaac Bashevis Singer*, nobélisé en 1978, est fils de rabbin. Rien d'exceptionnel, il constate plusieurs fois dans son livre qu'il y avait peut-être trop de rabbins dans des mini-communautés où l'argent manquait. Parmi les fonctions du rabbin, celle d'arbitrer les différends dans la communauté. L'autorité du père d'Isaac ne s'étend qu'à quelques numéros de la rue Krochmalna de Varsovie... Le jeune Isaac, curieux de nature, s'arrange toujours pour écouter les plaignants exposer leurs griefs, et son père leur proposer un arrangement. Une école de la vie, en somme, même si encore une fois le monde de l'enfant se limite à un petit quartier.

Il nous raconte les histoires de l'humanité: des couples qui se cherchent, qui s'aiment, qui se déchirent; des héritiers qui se disputent; des hommes et des femmes qui doutent ou qui souffrent. Il nous raconte aussi une région de l'Europe partagée entre trois empires (Russie, Autriche, Allemagne), où la couleur de l'uniforme change souvent sans que le quotidien n'évolue vraiment; une région qui a souffert des privations de la première Guerre mondiale (eh oui il n'y avait pas seulement du rationnement en France); une région où on pensait que cohabiter sans plus suffisait pour garantir paix et sécurité.

Les chapitres sont courts, et peuvent être lus indépendamment les uns des autres, comme des nouvelles, sauf les derniers (chronologiques), durant lesquelles une partie de la famille d'Isaac quitte Varsovie, à la fin de la première Guerre mondiale, pour rejoindre la "province", et où Isaac commencera son adolescence. Au tribunal de mon père nous fait entrer dans le quotidien d'une famille juive de Varsovie, avec des yeux d'enfants, avec aussi cette responsabilité de transmettre quelque chose que la barbarie a fait disparaître. Un témoignage de valeur.

*: Vous pensez à la marque de machine à coudre (et autres) ? Moi Singer m'évoque (mais on parle de la même famille) "LE" café de Kazimierz (l'ancien quartier juif de Cracovie): haut lieu de la vie étudiante cracovienne, avec ses machines à coudres sur les tables, son éclairage à la bougie, et les heures magiques de mon année Erasmus là-bas ! J'y retourne quand je peux (août 2005) ou pas (août 2008).



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Published by davveld - dans Livres
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