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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 15:36

Le mot "histoire" apparaît beaucoup dans mes billets sur Philadelphie... c'est la ville qui veut ça !

Donc à l'Indépendance, certains des grands hommes déjà évoqués dans mes précédents billets (Franklin par exemple), s'intéresse à la question des prisons. Les immigrés d'Europe ont encore imprégnés dans leurs souvenirs des images de geôles inhumaines, des anecdotes d'arbitraire carcéral, etc. Pourtant, il faut faire régner l'ordre, et pour cela, dissuader avant de devoir punir. Et quand il faut punir, le faire dans l'optique (religieuse, quaker) de la repentance.

Après des voyages d'études et un concours d'architecture (eh oui), une prison modèle va être bâtie à Philadelphie. Une prison d'un nouveau genre, un "pénitencier". Il s'agit, bien entendu, de priver de liberté les personnes qui y sont incarcérées, mais aussi, et c'est nouveau, de les soumettre à un isolement total. Yeux bandés en arrivant, cellules individuelles, "cours" de promenade individuelle (environ 9-10m2 dans chaque cas) avec horaires distincts des promenades des cellules voisines (pour éviter toute communication), gardiens couvrant leurs chaussures pour que leurs pas ne soient pas entendus... L'idée est de laisser le condamné face à lui-même (et à Dieu, dans l'esprit des fondateurs), de l'amener à la pénitence (d'où le "pénitencier").

Problème, cela coûte excessivement cher. D'ailleurs, entre 1829 (ouverture du pénitencier de Philadelphie) et le milieu du 19ème siècle, l'Eastern State Penitentiary (son nom) sera le bâtiment public le plus imposant, et le plus cher, des Etats-Unis. Intéressant, non ?

Autre problème, cet isolement (qui constitue maintenant une sorte de torture), peut avoir des conséquences néfastes sur la santé mentale des personnes qui le subissent. C'est d'ailleurs ce qu'écrira le jeune Charles Dickens, en voyage aux States (il avait deux objectifs durant son séjour, l'un étant ce pénitencier).

Plus grave, comme l'illustre d'ailleurs le voyage de Dickens, ce pénitencier "différent" attire les foules. De la région, c'est normal (on aime frisonner). Du monde entier... pour être copié. La prison de la Santé, celle de Marseille, et des dizaines d'autres sur les cinq continents ont imité ce modèle, avec ses inconvénients et ses insuffisances.

Le concept, contestable donc, est rapidement dévoyé. Dans l'Eastern State Penitentiary, pourtant immense, on ne peut prendre en charge "que" 256 prisonniers dans le respect des principes que j'ai évoqué. La population carcérale augmentant plus vite que les constructions de prison, on est rapidement obligé de renoncer à l'encellullement individuel, de construire de nouveaux étages (donc SANS cour de promenade), bref, de se rapprocher de l'autre "modèle" pénitentiaire, celui de New York (Sing-Sing, etc.). Les "pénitenciers" de ce modèle, c'est ceux des Dalton dans Lucky Luke. Une forteresse certes, mais des cellules collectives, des ateliers de travail en commun. Avec un "voeu" de silence, mais évidemment tous les "dangers" que le modèle pennsylvanien devait éviter (évasions, violence...).

Aujourd'hui donc, le modèle pennsylvanien n'est plus réaliste. Mais les prisons (françaises, notamment) fonctionnent encore (ou sont architecturalement conçues) sur cet "idéal" théorique... A Philadelphie, le pénitencier a fermé en 1971. En ruines, il se visite. C'est ce que j'ai fait dimanche après-midi.

Photos et d'autres infos encore, dans le prochain billet !

(Ceci était un billet à vocation pédagogique. Objectif atteint ?)

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Published by davveld - dans Vacances, voyages
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