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9 février 2008 6 09 /02 /février /2008 23:45

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Je n'avais d'abord pas vu la critique dans Télérama, mais tout d'un coup je tombe sur l'article, avec une photo et un nom familiers. Gilbert Gatore, c'est un ancien de Sciences Po Lille, qui finissait son cursus quand je commençais le mien. Engagé dans plusieurs associations (notamment celle de théâtre et le journal étudiant) de l'école, c'est comme ça que je l'ai "identifié". Cela fait plaisir de découvrir son talent pour l'écriture. Donc une fois les articles lus dans Télérama, j'ai foncé à la librairie pour acheter son livre, sous-titré "Figures de la vie impossible, tome 1", ce qui sous-entend une suite !

J'ai aussi découvert via les articles la vie mouvementée (encore un euphémisme) de l'auteur. Le génocide rwandais, je l'ai étudié en cours (sa férocité, sa préméditation, mais aussi son insoutenable "proximité", dans notre monde contemporain (même la Guerre froide est finie), qui se croyait à l'abri de telles exactions). C'est le thème de cette fiction. Gilbert Gatore prévient plusieurs fois le lecteur, il lui faut abandonner toute rationalité (ou plutôt distinguer logique et sens, pour pouvoir lire ce récit. Deux personnages, une étudiante d'origine rwandaise, adoptée par un couple français, qui souhaite retourner dans son pays et rassembler les témoignages de la population (victimes, coupables, complices); et un autochtone muet et un peu exclu par sa communauté, qui fuit ses souvenirs des événements. Niko, ce deuxième personnage, est un peu à l'image de son pays: magnifique (une amie ayant séjourné au pays des mille collines avait raconté dans ses mails la beauté des paysages), mais disposant aussi d'une part de terreur.

Avec des phrases courtes, très efficaces, Gilbert Gatore alterne les points de vue. Mais il pose surtout des questions, souvent dûes aux cas extrêmes des génocides et autres crimes contre l'humanité. Par exemple, en ouverture du livre:

Que vaut-il mieux faire lorsque,
sans aucun doute possible, il est trop tard ?

Ou, plus loin:

Doit-on quelque chose à son ange gardien ? De quoi a-t-il besoin de se protéger ?

 

Que faut-il faire lorsque la résistance, même par le sacrifice de soi, ne permet de sauver rien ni personne ? Est-ce que la main de celui qui tue ainsi a d'autres motifs de tuer que celui de se préserver ?

 

Est-ce qu'un tueur ne l'est qu'au moment du meurtre ? Comment punit-on ceux qui, comme Niko, ont tué au point de ne plus pouvoir dénombrer leurs victimes ? Qu'attend-on d'un tel châtiment ?


Des questions évidemment sans réponses.

Elles sont posées ici avec talent. Un talent nécessaire, parce que nous vivons dans un monde où de telles questions ont malheureusement toute leur pertinence. L'horreur n'est pas théorique. Mais que faire pour que les abominations du passé ne se retrouvent pas, à nouveau, devant nous ?

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Published by davveld - dans Livres
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