Rechercher

Archives

3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 00:26

q52.jpg
François Rubio, directeur juridique à Médecins du Monde, a donné plusieurs des quelques heures de cours de mon cursus de 5ème année à Sciences Po Lille, il y a un peu plus de deux ans (déjà...). Il a écrit plusieurs bouquins dans la collection "La quest¿on", aux éditions de L'Hèbe (une maison suisse), une collection plutôt bien conçue (format poche, très bon marché, chapitres courts, mais les notes de bas de page, placées non pas en bas de page mais en marges, ont le défaut d'avoir parfois deux pages de décalage, ce qui n'est pas du tout pratique). Bref, ça faisait longtemps que je ne m'étais pas mis à un livre "sérieux", et j'ai mis plusieurs semaines pour le finir (mais, encore une fois, la lecture dans le métro n'est pas l'idéal pour ce genre de texte).

J'ai été un peu déçu par le livre, un peu trop historique à mon goût, et qui s'attache un peu trop sur les déclarations de bonnes intentions des Etats, qui n'engagent que ceux qui y croient. J'attendais (mais peut-être avais-je tort) quelque chose à la fois de plus juridique (où en est-on sur ces concepts flous de droit, devoir, ingérence, humanité, etc. ?), et plus philosophique (la notion de légitimité est proche de visions morales qu'il aurait été intéressant d'explorer plus profondément).

Parce qu'en conclusion, François Rubio nous dit que l'ingérence a toujours existée, qu'elle soit gouvernementale ou non-gouvernementale (ce phénomène ne s'est cependant développé que récemment), et que peu à peu des outils se créent sur le terrain juridique. Mais le terrain juridique principal reste le droit international, et, sans vouloir offenser les praticiens de cette discipline, elle présente un défaut majeur, celui d'être toujours en retard et très souvent dépendante du bon vouloir du plus fort (suivez mon regard). Des avancées donc, sur le domaine symbolique. Qui lui permettent de dire que le droit d'ingérence acquiert progressivement une légitimité.

A noter qu'il s'agit d'un "droit" (en construction) et non d'un "devoir". On peut essayer de légitimer une intervention au Kosovo, en Irak (suivez mon regard derechef), mais qui nous demande d'aller regarder ce qui se passe en Tchétchénie, en Birmanie, en Lybie... ? Ah, la realpolitik a encore de beaux jours devant elle...

Page 49, note 63.
Une citation de Bernard Kouchner, interviewé le 25 mars 2000 pour Le Monde.

"L'humanitaire fait gagner des batailles politiques. L'humanitaire prépare l'exercice du droit d'ingérence. Un homme sauvé est important. Demandez aux victimes si elles trouvent que l'humanitaire est un pis-aller ! La seule règle que je m'impose, c'est la loi de la victime."

Deux commentaires:
1. "La loi de la victime." On dirait du Sarkozy. Ceci explique peut-être cela...
2. "La seule règle que je m'impose"... Pauvre Arche de Zoé... Ils n'ont pas compris que notre actuel Ministre des affaires étrangères et européennes est avant tout un homme politique, dont le discours n'a de vérité que dans l'instant (or il a dit ça en 2000, pas en 2007). Il ne s'agissait en aucun cas d'un exemple à suivre dans l'absolu ! (Je ris jaune, bien sûr)

 



Je me demande: l'ingérence, c'est-à-dire se mêler de ce qui n'est pas de notre ressort, peut-elle exister ? Parce que tout ce qui se passe sur notre planète et à fortiori concernant l'espèce humaine ne nous regarde-t-il pas toujours ? En d'autres termes, l'ingérence n'a aucun sens si on considère qu'on fait partie de la même humanité qui nous rend soeurs et frères, et qu'en fait, toute atteinte à une femme ou un homme, ou à leur espace de vie (la planète), nous concerne plus ou moins directement ? Si tout nous concerne, le débat porte plus sur les modalités des interventions qui rendront ces dernières légitimes. Mais François Rubio n'est pas parti dans cette direction. Il va me falloir creuser la problématique !

Partager cet article

Repost 0
Published by davveld - dans Livres
commenter cet article

commentaires

En Savoir Plus

Catégories