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28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 23:55

Vendredi 28
Paris 19, MK2 Quai de Loire

LA GRAINE ET LE MULET
D'Abdellatif Kechiche (France, 2007)

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Mon appréciation: 16/20

Les films d'Abdellatif Kechiche sont indissociables de la parole, de la tchatche. Pas de silence, sauf quand l'on ne peut faire un concours de "celui qui souffre le plus". Parfois ce sont des joutes verbales, la parole comme arme, la parole comme défense (beaucoup dans L'Esquive). Parfois, des choses longtemps tues éclatent, accablant les vis-à-vis du locuteur (de la locutrice, souvent), d'un torrent ininterrompu de blessures subies.

Les films d'Abdellatif Kechiche sont des histoires de dignité. Dans cette "communauté" (le mot résonne mal dans le film) -originaire du Maghreb mais à partir de quand ne seraient-ils pas français ?-, il faut du courage pour garder la tête haute. Slimane, 61 ans dont 35 sur les chantiers navals (dont une bonne partie au noir, d'où des injustices qui durent), (d)étonne, suscite l'admiration. Un peu comme cet étudiant de la place Tian An Men, debout face à un char. Il ne dévie pas. Et pourtant, il y aurait de quoi: licencié, un peu écarté de sa femme (il a une compagne), ses enfants l'invitent à rentrer au bled, mourir en paix. Mais non, il veut rénover un bateau et y lancer un restaurant qui permettrait de rassembler sa famille élargie, malgré les obstacles administratifs, financiers, et bien entendu familiaux ! Une tâche épuisante.

Comme dans L'Esquive, la bêtise de quelques-uns (toujours des gamins désoeuvrés) détruit les timides rayons de soleil. Détruit ? Non, car les mauvaises herbes, l'espoir triomphe toujours. En tout cas dans la tête des spectateurs, car la fin est un peu abrupte, alors qu'il y a de sacrées longueurs avant (2h30 qui auraient pu entrer en 1h45 ou 2h); on est parfois coincé, comme les personnages, par une avalanche de paroles et par des répétitions appuyées. Et puis il y a quelques moments magiques. Notamment pour l'inteprétation, inégale selon les moments, mais qui finit avec une éblouissante danse du ventre, à faire perdre à de nombreux hommes leurs sens. Hafsia Herzi y est renversante. Très bon jeu également de Sabrina Ouazani (déjà vue dans L'Esquive) et bien sûr d'Habib Boufares, qui interprète Slimane.

Plus condensé, j'aurais applaudi (et encore mieux noté) le film, comme une partie de la salle. A voir donc, mais prenez aussi une place pour Patience !

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Published by davveld - dans Cinéma
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