Rechercher

Archives

14 novembre 2005 1 14 /11 /novembre /2005 00:00

Le lire de Claire-Lise Weick contient plein de réflexions intéressantes sur ces "enfants du presbytère" que sont les enfants de pasteurs... Extraits choisis sur les 200 premières pages du livre (sur 300):

  • Les livres (du pasteur):

"L'idéologie a sa matière, comme chez le philosophe et chez tout penseur, l'objet livre prend de la place. Les contenus dormants, transitoirement posés sur des étagères, sont constamment réanimables, ils doivent être à portée de main, à portée de pensée. Ils sont les signes visibles du prêche en gestation, ou d'un article à paraître, d'un nouvel ouvrage, d'une nouvelle théologie peut-être ?" (page 33)

  • Les caractéristiques du presbytère:

"Quels que soient les degrés d'ouverture du presbytère, un enfant de pasteur est toujours exposé au regard des ouailles comme à celui des parents. Les allées et venues ou au contraire le grand silence définissent les presbytères protestants." (page 35)

  • La musique:

"La musique est présente, tout comme le livre dans presque toutes les maisons d'enfants de pasteur" [Musique au sens "instruments, partitions, musique classique... et Bach !"] (page 51)

  • Le dire et le faire:

"Le symptôme du dire dans le faire, faudrait-il le souligner, apparaît comme une question centrale au presbytère." (page 56)

  • La liberté de pensée:

"Le sentiment d'appartenir à une minorité fragile mais contestataire, tolérante mais ferme, pétrie d'obligations personnelles mais ouverte à toutes les libertés de ce fait, rend les enfants de clercs protestants maîtres de leur pensée après avoir été placés sous la double maîtrise du parent et de l'institution [Eglise]." (page 132)

  • Les appartenances idéologiques:

"Les enfants du presbytère ont appris au jour le jour la proximité autant que la distance nécessaire au sentiment politique [...]: entendons par là que leur a été offert dans le subtil jeu du privé et du public un sens commun qui les pousse à se désenclaver de tout système. Leur double filiation les a ouverts à une liberté de penser qu'ils souhaitent pour autrui autant que pour eux-mêmes. Tout positionnement dans une idéologie instituée serait révélateur d'une sténose [rétrécissement] préjudiciable à l'individu." (page 160)

  • L'ouverture, le lien privé/public:

"La perméabilité à l'autre caractérise globalement l'individu pasteur. L'écoute des bruissements extérieurs qui infiltrent son espace personnel dans la solitude distante construit une proximité qui est apprise dans l'exploration de soi, du soi de l'autre de ce fait." (page 178)
"Le pasteur, homme public mais profondément privé, prive sa famille des paroles qui lui sont réclamées mais il ouvre ainsi à ses enfants un espace irremplaçable qui serait celui de la pensée où l'autre s'est érigé, le Grand Autre peut-être..." (page 179)

  • La méthode et les a-priori:

"Poser une réflexion sur les enfants de pasteurs suppose qu'il y ait d'emblée un a priori sur les pasteurs ! Les enfants eux-mêmes ont clairement une position a posteriori. Ils suivent leurs parents, comme tout enfant, mais dans un engagement qu'ils n'ont pas choisi. Ils sont soumis à la force d'une décision dont les parents font profession." (page 182)

  • Les fils de pasteurs et l'enquête:

"Les fils de pasteurs dans leur ensemble, même s'ils sont majoritairement déçus, réactifs ou dubitatifs, ont pour certains une manière très spécifique de manifester leur sensibilité. L'ironie est très souvent de mise, on se protège, on se défend, on s'abrite derrière une légèreté feinte. [...] Les capacités d'évitement de bon nombre de fils de pasteurs ont été notables au cours de l'enquête. Il s'est souvent trouvé que le reproche fait au parent pouvait leur être fait en retour. 'L'anguille' souvent dénoncée au sujet du père caractérise beaucoup d'enfants." (page 191)

  • Les modes de vie:

"Il résulte du paradoxe presbytéral des modes de vie uniques, singuliers, très personnalisés, désocialisés mais fort d'une volonté d'être bien accordé à soi-même." (page 197)

  • L'étude:

"L'obligation d'étude est ambiante dans les presbytères, qu'elle l'est pour toutes les générations." (page 198)

  • La "rupture":

"Certains ont pu dire qu'ils ont été 'trop aimés' ou 'mal aimé' dans ce presbytère qui les enlace férocement à la double famille et à la lignée. La nécessaire rupture, l'obligation de cassure m'a porté à dire que les enfants du presbytère se devaient donc d'avoir une vocation indispensable... à la provocation." (page 201)

  • La créativité:

"Le devoir ouvre à des droits d'expressions, l'éthique rejoint l'esthétique et le salut par les oeuvres point à l'horizon presbytéral, sur un mode psychologique autant que religieux." (page 203)

  • La manière de parler:

"La manière de penser demeure néanmoins typique, elle est produite par l'esprit critique dont j'ai fait état et pousse les enfants à une créativité langagière, qui elle peut être métaphorique? La langue qui est parlée est riche des apprentissages, elle annonce aux interlocuteurs un niveau culturel appréciable." (page 205)

  • L'ardeur au travail:

"La somme des informations collectées dans les presbytères inclus dans mon étude laisse apparaître que la curiosité intellectuelle se conjugue à l'ardeur au travail même lorsque les études n'ont pas été longues ou lorsque aucune étude n'a été menée par les enfants. Une grande capacité au labeur, un acharnement qui va jusqu'à l'épuisement parfois attelle les enfants de pasteurs à la vie. S'ajoute à ces inclinations naturellement développées un sens aigu du devoir. Il n'y a pas droit à la paresse, une lacune dans le déroulement des activités fait toujours surgir un remords. Le remplissage du temps actif fait écho au désir de solitude et de contemplation, la conscience de ce remplissage est manifestée par beaucoup. Les loisirs sont actifs presque partout. [...] Il y a devoir de travail et le devoir du travail bien fait, dans de bonnes conditions morales. Si les enfants n'ont pas forcément atteint les ambitions culturelles désirées par les parents, ambitions nécessitant du travail de leur part, ils ont cependant acquis une volonté de travailler et d'avoir une efficience." (page 208)

Je termine ces extraits avec cette dernière remarque, qui me correspond bien (ce n'est pas forcément le cas des précédentes, même si je reconnais la plupart des tendances évoquées !).

Partager cet article

Repost 0
Published by davveld - dans Livres
commenter cet article

commentaires

En Savoir Plus

Catégories