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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 18:51


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J'ai été attiré par ce livre après en avoir lu une recension positive chez elle, et, bien sûr, avec Télérama. De la beauté, c'est un pitch impossible à faire (déjà 15 mn que je tourne les phrases). Ce sont donc des personnages aux relations complexes. Deux professeurs d'histoire de l'art (ennemis jurés comme il est possible de l'être dans le milieu universitaire) et leurs familles respectives, entre Etats-Unis et Grande-Bretagne, entre culture métisse et conscience de classe, de "race" pourrait-on dire. Une histoire de vie (avec ses amours, ses infidélités, ses trahisons...), une série de récits initiatiques (les enfants, mais peut-être pas qu'eux), une confrontation entre plusieurs visions de la religion, du multiculturalisme (ah, l'affirmative action et ce genre de débats sans fin), c'est tout cela, et beaucoup d'autres choses difficiles à résumer.

J'ai peut-être du mal à le résumer, mais tant pis, il vous faudra donc lire De la beauté pour mieux comprendre (d'ailleurs voilà pourquoi certains sont écrivains et d'autres lecteurs !). Parce que ce qui est si difficile à synthétiser, c'est un texte très riche par ses personnages, par les thèmes qu'ils abordent (ou évitent), par les renvois à des sujets de société prégnants outre-Atlantique mais aussi en Europe, bref, quelque chose qui n'est pas sans rappeler la complexité des vies de plusieurs individus de ce début de vingt-et-unième siècle, ne serait-ce que de deux familles et quelques autres. Tout s'articule facilement chez Zadie Smith, qui ne juge pas, mais observe, sans illusions, comment se débrouillent des femmes et des hommes, avec leurs qualités et défauts respectifs.

Quelques beaux passages à souligner:
un sur l'amitié, la famille et les fêtes de Noël (p 328) juste avant que Kiki Belsey où ne raconte son Noël en tant que fille de pasteur (tiens, ça me rappelle quelqu'un);

Carlene Kipps était-elle l'une de ces femmes qui promettent l'amitié sans jamais vraiment la donner ? Une allumeuse de l'amitié ? Ou bien Kiki s'était-elle méprise ? Après tout, c'était le mois de l'année où les familles se rapprochaient, se refermaient sur elle-mêmes, se scellaient; entre Thanksgiving et le Nouvel An, le monde se contractait jour après jour pour devenir le foyer microcosmique et festif dans lequel chacun avait ses propres rites et obsessions, ses règles et ses rêves. Vous n'osiez pas téléphoner aux autres. Les autres n'osaient pas vous téléphoner. Comment appeler à l'aide du fond de cette prison annuelle ? (...)
Kiki réfléchit. "Pas exactement. Mais ça ne me fait pas le même effet qu'avant. J'adorais Noël en Floride, il faisait chaud en Floride, mais ce n'est même pas la raison. Mon père était pasteur et il m'a transmis la signification de Noël, non pas en termes de foi, mais il pensait que Noël représentait 'l'espoir que les meilleures choses se réalisent'. C'est comme ça qu'il disait. C'était une façon de se rappeler ce que nous pourrions être. Maintenant, il s'agit surtout de recevoir des cadeaux."

un passage hilarant sur le mobilier moderne dans une église (p 352);

Oui, lorsqu'on levait les yeux pour regarder autour de soi - comme on le faisait d'instinct dans une église - tout était comme on pouvait l'imaginer. Mais une fois qu'on les baissait à nouveau, comme le firent tous ceux qui pénétraient pour la première fois dans cette église, on réprimait un frisson. Même Howard - qui se targuait d'être férocement flegmatique en ce qui concernait la modernisation architecturale - ne trouva rien de positif à dire. Le sol en pierre avait été recouvert de carrés de moquette peu épais et usés, imbriqués les uns dans les autres. Dans chaque carré, des carreaux orange avec un triste contour gris se dessinaient de plus en plus petit. Sous l'influence d'une multitude de pieds, la couleur orange était devenue marron.  Puis il y avait les bancs, ou plutôt l'absence de bancs. Ils avaient tous été arrachés et remplacés par des rangées de chaises de conférence - du même orange aéroport que la moquette - disposées en un timide demi-cercle censé, supposa Howard, créer l'atmosphère amicale et informelle de réunions matinales autour d'un thé ou autre événement de quartier. Au final, l'ensemble était d'une laideur incomparable. Il n'était pas difficile de retrouver la logique qui avait mené à cette décision: la détresse financière, et l'argent que ne manquerait pas de générer la vente de bancs datant du dix-neuvième siècle, la sévérité autoritaire des rangées parallèles, l'aspect accueillant du demi-cercle. Mais non - c'était tout de même une décision criminelle.

et puis au détour d'une scène torride (enfin déconseillée au moins de 16 ans en France, et 21 ans j'imagine aux States), on reparle de Lolita (décidément un fil rouge depuis quelques mois !) (p 389):

D'un bond elle quitta le lit et s'assit sur ses genoux. Son érection était flagrante, mais d'abord elle vida calmement le reste de son verre, et s'appuya contre lui à la façon de Lolita sur Humbert, comme s'il n'était qu'une chaise sur laquelle elle se trouvait assise. Sans aucun doute elle avait lu Lolita. Elle passa alors son bras autour de son cou et Lolita se transforma en tentatrice (peut-être s'était-elle aussi renseignée du côté de chez Mrs Robinson).

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Published by davveld - dans Livres
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commentaires

Melie 21/11/2007 23:58

Je me disais bien que ce nom me disait justement quelque chose.Ouaiiiis, normal, j'en ai traduit vingt pages la semaine dernière - on voit comme ça m'a marqué : ça fait trois jours que je cherche pourquoi ça me dit quelque chose, aheem. :p(Et mon extrait était hilarant, également :))

davveld 22/11/2007 00:55



Et une coïncidence, une ! Ca faisait longtemps...



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