Promis déjà depuis
quelques semaines, voici mon post sur "ce que je pense du lobbying".
D'abord, mettons-nous d'accord sur les termes. Pour moi, le lobbying, c'est le fait d'assurer une présence continue auprès des décideurs en tant que représentant d'une cause ou d'un enjeu; c'est une activité de "réseau", qui amène à identifier les interlocuteurs les plus influents sur tel ou tel dossier, et à leur faire connaître un des points de vue sur ce dossier. Un lobbyiste efficace convaincra les personnes influentes sus-citées que le lobbyiste mérite d'être consulté voire sollicité sur des thématiques proches, et encore mieux que son point de vue est le meilleur (ou le moins pire).
En France, on n'aime pas le lobbyiste. Car on a tendance à croire que pour influer sur nos décideurs, il faut les intéresser de façon illégale (la corruption et/ou le chantage, pour appeler un chat un chat). Or nos décideurs sont censés défendre l'intérêt général et ne doivent leurs privilèges qu'au suffrage, si possible universel.
En fait, les décideurs, au moins politiques, sont eux aussi des lobbyistes. Ils défendent leur circonscription, leur parti, leurs magouilles, et parfois des causes plus proches de l'intérêt général (pas assez souvent mais quand même). Ils touchent pour ça des indemnités confortables (notamment pour éviter la corruption).
Finalement, j'ai tendance à croire que le "lobbyiste", c'est tout le monde. Car chacun (sauf les masos) a intérêt à défendre ses préoccupations, égoïstes le plus souvent (sans que l'égoïsme soit ici connoté négativement), et parfois plus altruistes. Il s'agit juste de professionnaliser l'activité, en somme.
Dans un monde de plus en plus complexe, où les tâches continuent à se diviser (ah, les cours de Sciences économiques et sociales du lycée...), les décideurs administratifs (technocrates), politiques, économiques, etc. ont, comme chaque citoyen, de plus en plus de difficultés à appréhender une situation par définition très évolutive et "globale". Avec les médias et la pression "populaire", la décision doit être rapide et exacte... Comment faire quand on n'est pas Dieu ? Eh bien, on se fait aider. C'est ici que nos lobbyistes trouvent toute leur place.
On va me dire "oui, mais si nos décideurs se laissent influencer et qu'on leur ment ?". Personne n'est infaillible. Mais je considère que les décideurs ont justement ces fonctions car ils ont sû écouter différents protagonistes, écarter les importuns, et qu'ils ont le souci de montrer qu'une décision est équilibrée. Bref je compte sur une "sagesse" ou plutôt un "opportunisme" qui vaccinerait les décideurs contre les "méchants' lobbyistes.
L'un des dérives possibles également, c'est quand les médias, contraints par leur fonctionnement à exposer des sujets très compliqués de façon claire dans un temps extrêmement limités, s'appuient sur ces lobbys ou des informations émises plus ou moins indirectement par eux (par exemple un laboratoire de recherches financé par un lobby). Là, c'est encore leur déontologie que j'utilise pour (me) rassurer. Tant que les journalistes ont le temps et la sagesse de croiser leurs sources, de vérifier toutes leurs informations, ça devrait aller.
Comme beaucoup de choses donc, le lobbying est une activité "à part entière" relativement nouvelle, mais très répandue à Washington DC, à New York, à Bruxelles... Et on ne pourra pas revenir en arrière rapidement sur une telle pratique. Donc plutôt que de s'en défier (les tentations peuvent être en effet fortes), reconnaissons cette activité et encadrons-la. Nos décideurs ont besoin d'entendre plusieurs sons de cloches, des lobbys pharmaceutiques anti-médicaments génériques aux ONG de solidarité internationale, des industries polluantes aux syndicats de travailleurs, et la liste pourrait être longue !
EDIT 31/10: En "Une" du Monde.fr:
Plus de 20 000 lobbyistes sont officiellement enregistrés auprès du Congrès. Leurs moyens ? La concussion passive ou active. Dans la campagne électorale, le sujet fait de plus en plus débat.
Remarque: "concussion" c'est la première fois que je rencontre ce mot, qui est chargé, curieusement, d'un connotation négative... Ah, l'art de dire "c'est pas bien" en se servant de l'ignorance des gens, c'est pas nouveau, mais qu'est-ce que c'est efficace !
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