Rechercher

Archives

22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 19:38
This changes everything - Capitalism vs the climate, de Naomi Klein

J'avais déjà entendu parler de Naomi Klein et de son célèbre No Logo, ouvrage dont j'ai dû me dire plusieurs fois qu'il serait intéressant de parcourir. Je n'avais en revanche pas connaissance de son livre La stratégie du choc. La couverture médiatique de Tout peut changer (en version française - j'ai lu la version originale), paru il y a quelques semaines, ne m'a pas échappé. Devant les commentaires qui vantaient les capacités de Naomi Klein à donner de la cohérence à des séries de phénomènes apparemment isolés, mais participant en fait à des logiques globales, je me suis décidé à commencer This changes everything.

Et la lecture a été captivante. Éprouvante aussi, car la journaliste canadienne dresse un état des lieux qui montre le temps perdu depuis l'émergence de la question environnementale. C'est bien simple, le courage qui a manqué depuis les années 1970s, et les erreurs (presque criminelles) du néolibéralisme anglo-saxon des années 1980s (qui a malheureusement influencé des instances internationales et de très nombreux pays ensuite), ce courage manquant et ces erreurs ont considérablement compliqué la résolution des problèmes liés aux effets des activités humaines sur le climat et sur l'habitabilité de notre planète à court terme (quelques décennies, c'est très court).

La lecture montre également comment, en prônant une attitude de partenariat avec les pollueurs, certaines organisations pro-environnement sont entrés dans un schéma pour lequel je ne trouve pas de qualificatifs: il s'agirait de contrer les effets de la technique par toujours plus de technique, de ne prendre aucune distance avec l'illusion que l'humain peut contrôler la nature, d'exploiter toujours plus la terre (pour l'énergie par exemple) en dépit de tous les risques supposés et dégâts avérés que cela suppose. Le problème n'est rien moins que civilisationnel, puisqu'un certain nombre de "solutions" proposées par de gros pollueurs auront deux effets certains: aggraver la situation à court terme, et remplir les poches des entreprises les plus destructrices de notre environnement.

L'exposé fait l'effet d'une pluie de coups de massue. Comme l'explique Naomi Klein, une mentalité capitaliste, "extractrice" des ressources naturelles, ne peut pas offrir de vraie solution à l'urgence qui guette. Déjà, les objectifs de limitation des émissions de gaz à effets de serre montrent leurs limites et ne suffiront pas. Il convient donc de changer de perspective, et de nombreuses initiatives, disséminées dans de nombreux pays, sont autant d'exemples de ce qui nous permettra de vivre correctement, ensemble sur cette planète. En Allemagne, des régions se sont réappropriées les questions énergétiques, et, comme un rapport qui a "retardé" par le gouvernement en France le montre, il serait possible de sortir du nucléaire et des énergies fossiles d'ici 2050. Au Canada et aux États-Unis, l'opposition au pipeline Keystone XL est fondamentale pour ne pas encourager davantage l'extraction dangereuse d'une énergie elle aussi susceptible de provoquer des catastrophes. Le gaz de schiste et la fracturation hydraulique, interdits en France, ne sont pas "peut-être à risque", mais déjà néfastes dans les pays où on y a recours.

Les mouvements citoyens commencent à se fédérer, et ces réseaux en développement peuvent surmonter les défauts de nos démocraties (où les dirigeants, dans une grande majorité, sont lâches ou soumis aux grandes industries polluantes), pour inverser des tendances lourdes qui nous font courir à une certaine apocalypse. Outre des gestes de tous les jours, en effet, qui sont nécessaires, il est indispensable de dire aux pollueurs qu'ils nous assassinent, et que nous résistons.

Vous l'aurez compris, le livre est tour à tour déprimant et motivant, révoltant et stimulant; les faits sont précis, les analyses et la mise en cohérence particulièrement pertinentes et éclairantes. Naomi Klein veille bien à ne pas entrer dans une théorie du complot; elle met à jour des logiques implicites de nos mentalités, des structures d'incitation perverses, des présupposés civilisationnels problématiques dans leurs conséquences effectives. Entre faits et analyse, This changes everything change le regard, radicalement, et c'est nécessaire.

À lire d'urgence, même (surtout) si vous pensez que le capitalisme, le culte de la croissance et de l'accumulation de richesses (toujours pour une petite minorité, quand même), ne sont pas si "responsables" du changement climatique et de catastrophes déjà advenues, et qu'il suffirait de les adapter à la marge pour ne pas compromettre la vie sur Terre de nos enfants.

Pour en savoir plus:

Partager cet article

Repost 0
Published by davveld - dans Livres
commenter cet article

commentaires

En Savoir Plus

Catégories