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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 13:18
Berezina, de Sylvain Tesson

Après Éloge de l’énergie vagabonde (première et deuxième lecture) et Dans les forêts de Sibérie, nouveau voyage avec Sylvain Tesson. Cette fois-ci, il s’agit de suivre plus ou moins l’itinéraire de la Grande Armée de Napoléon pendant l’hiver 1812, donc deux cent ans auparavant, jour pour jour. Point de départ ? Moscou, point extrême d’avancée des troupes, mais aussi capitale incendiée par Alexandre 1er qui n’offrira donc aucun refuge aux soldats venus de si loin. Point d’arrivée ? Paris, et même les Invalides, où repose l’Empereur. Moyen de locomotion ? Trois « Ourals », des motos avec side-cars de conception soviétique, chevauchées par Sylvain Tesson, deux amis « de l’Ouest » et deux amis russes. Aux étapes, des récits de survivants de cette abominable campagne, où les morts se comptent par dizaines de milliers, où l’horreur des combats semble presque normale en comparaison avec les souffrances innommables que les soldats napoléoniens ont dû affronter, des souffrances résumées en deux mots: le froid et la faim. Alors que les Russes n’ont remporté aucune bataille, la stratégie de leur état-major, pourtant critiquée, décime une armée qui multipliait les victoires; mais ces stratèges commettent néanmoins des erreurs qui retardent l’anéantissement du projet impérial.

La Berezina, cette rivière traversée dans d’affreuses conditions, j’en avais vaguement entendu parler en fin de primaire, dans l’un des rares cours que j’ai eu sur l’épopée napoléonienne. Comme beaucoup, j’éprouve beaucoup de gêne au sujet de cette époque et de ce personnage. Nous bénéficions certes de plusieurs de ses réformes, mais sa recherche d’unité européenne par la guerre me semble avoir davantage contribué à opposer les peuples qu’à les rapprocher. Même s’il s’agissait de se défendre, étions-nous obligés d’envahir toute l’Europe ?

Dans cet amusant récit de voyage, qui évoque aussi l’Europe d’aujourd’hui, Tesson donne parfois l’impression de vouloir un peu réhabiliter l’empereur corse, une démarche qui peut évidemment contribuer à vendre le livre ! Mais ces tentatives sont en fait juste esquissées, et à mettre en miroir avec les témoignages sur le retour (très rapide) de Napoléon de Vilnius à Paris, où l’empereur se raconte et dévoile un ego et une perception déformée des réalités. Comme souvent, l’auteur égratigne certaines des caractéristiques de nos sociétés modernes (y compris un texte de Lionel Jospin, inattendu).
Une question demeure, d’une grande pertinence. Napoléon a su convaincre des masses de le suivre; le vingtième siècle a montré jusqu’où un chef pouvait entraîner des êtres dans sa folie; aujourd’hui, existe-t-il une cause (même abstraite, en attente d’incarnation) pour mobiliser des peuples entiers ? Ou l’idéal de la société de consommation a-t-il fait disparaître la possibilité de telles aventures collectives ?

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Published by davveld - dans Livres
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