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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 15:27
Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson

C'est amusant: j'avais beaucoup aimé l'Eloge de l'énergie vagabonde, du même Sylvain Tesson, au point de le recenser deux fois sur ce blog (en 2007 et en 2008), et pourtant je n'avais jamais été jusqu'à lire d'autres ouvrages de l'auteur. Et, comme pour le premier livre, c'est par la recommandation d'une connaissance que j'ai commencé Dans les forêts de Sibérie, qui a reçu le Prix Médicis Essai en 2011.

Sibérie, Baïkal, ermite... Des mots-clés qui me font penser également aux romans de Christian Garcin. Mais ici, pas de roman, plutôt le journal d'une expérience personnelle, celle de vivre six mois dans une cabane de quelques mètres carrés sur une rive du lac Baïkal, à plusieurs heures de marche (dans la neige pendant plusieurs mois) du plus proche voisin... Une expérience de solitude volontaire, de rusticité et de simplicité puisque le confort est rudimentaire. Il faut couper son bois, pêcher son poisson sous la glace, savoir accueillir le visiteur de passage (du thé toujours, de la vodka presque toujours), prendre garde aux ours dont c'est le territoire, savoir contempler la nature et des paysages peu mobiles, surmonter les mauvaises nouvelles... Sylvain Tesson a appris à compter sur deux chiens qui lui ont été prêtés, et a meublé ces longues journées de nombreuses lectures en retard (cette idée me plaît).

J'ai beaucoup aimé Dans les forêts de Sibérie, comme d'ailleurs Eloge de l'énergie vagabonde, pour le regard que pose l'auteur sur le monde, et pour son talent pour la formule (probablement encore davantage aiguisé par l'expérience !). Il propose une éthique de la sobriété, entre détachement qui ferait penser au bouddhisme, et exigence d'une responsabilité écologique ; une réflexion citoyenne pour des alternatives à la consommation et à la modernité. Un concentré de sagesse et de poésie.

"Le Romain bâtissait pour mille ans. Pour le Russe, il s'agit de passer l'hiver. Rapportée à la violence des tempêtes, la cabane est une boite d'allumettes. Fille de la forêt, destinée à la pourriture: les rondins de ses murs étaient les troncs de la clairière. Elle retournera à l'humus quand son propriétaire l'abandonnera. Elle offre dans sa simplicité une protection parfaite contre le froid saisonnier. Elle n'enlaidit pas le sous-bois qui l'abrite. Avec la yourte et l'igloo, elle se dresse sur le podium des plus belles réponses humaines à l'adversité du milieu." (12 février)

"Je voulais régler un vieux contentieux avec le temps. J'avais trouvé dans la marche à pied matière à le ralentir. L'alchimie du voyage épaississait les secondes. Celles passées sur la route filaient moins vite que les autres. La frénésie s'empara de moi, il me fallait des horizons nouveaux." (17 février)

"La glace est le marqueur du temps. Le printemps donnera bientôt le coup de grâce. L'eau a infiltré la couche, y a creusé d'infimes sillons verticaux. La glace est rongée par les vers. Il faut guetter le jour où elle se désagrègera en gressins de cristaux. La surface vérolée n'offre plus la belle surface obsidienne, dure comme le métal. La nacre croustille." (6 mai)

Mais aussi, en vrac:

"Les livres sont des icônes" (14 février)

"La contemplation, c'est le mot que les gens malins donnent à la paresse pour la justifier aux yeux des sourcilleux qui veillent à ce que 'chacun trouve sa place dans la société active'." (24 juin)

"'Moins on parle et plus on vivra vieux', dit Youri. Je ne sais pas pourquoi mais je pense soudain à Jean-François Copé. Lui dire qu'il est en danger." (2 mars)

"Qu'est-ce que la société ? Le nom donné à ce faisceau de courants extérieurs qui pèsent sur le gouvernail de notre barque pour nous empêcher de la mener où bon nous semble." (4 juillet)

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Published by davveld - dans Livres
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