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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 14:35

Dimanche 2 novembre, Cinéma Jacques Prévert (Aulnay-sous-Bois)

BANDE DE FILLES

De Céline Sciamma (France, 2014)

Bande de filles

Excellent film, ou au contraire succession de clichés et fantasmes sur le quotidien des jeunes femmes des banlieues en France ?

Le troisième film de Céline Sciamma fait couler pas mal d'encre, et ce depuis quelques mois vu que le film a été projeté au printemps dernier au festival de Cannes. J'avais adoré son premier, Naissance des pieuvres ; je n'ai pas vu le second, Tomboy, utilisé comme épouvantail par les militants "anti-genre" alors qu'il a été projeté dans des environnements scolaires.

Bande de filles, c'est l'histoire - essentiellement - de Marieme, collégienne noire dans ce qu'on appelle maintenant "les quartiers" (les journalistes ont remplacé banlieues ou cités par quartiers, province par région... mais plutôt que de changer de mots, on pourrait changer de préjugés, non ?). La conseillère d'orientation ne sait pas lui proposer autre chose qu'un CAP. Sa mère nettoie des bureaux, il ne semble pas y avoir de père, du coup c'est le "grand frère" qui fait régner l'ordre parmi les trois soeurs. Un ordre qui se résume à garder son honneur, un ordre qui est instauré par la menace (au mieux) et les coups (le plus souvent). Les possibilités ouvertes sont les suivantes:

  • se résigner à subir, à rester dans le moule (voir le mariage que lui propose Ismaël) ;
  • s'offrir des espaces de liberté, entre filles, ailleurs (souvent citée, à raison, car très forte, la séquence de danse sur Diamonds, de Rihanna) ;
  • se conformer au modèle qui impose la force physique comme cause de respect et de légitimité (la scène, terrible, où le frère de Vic lui permet de jouer avec lui à la console, après qu'elle ait "vengé" la leader du clan), modèle qui voudrait que les corps soient tous masculins ;
  • se révolter, et donc devenir "une pute" (elle passe la nuit avec son amoureux mais ils ne sont pas mariés...) ;
  • chercher des protections quitte à prendre des risques, avec la loi, avec son corps.

Marieme cherche sa voie dans cet univers qui ne conçoit les femmes que comme épouses ou comme prostituées. Pour qui, comme Vic, veut une autre existence, il faut d'abord chercher à survivre.

Je n'ai pas les moyens de savoir dans quelle mesure cet univers est exagéré, fantasmé, ou malheureusement pas très loin du réel. J'aimerais éviter les écueils pointés par la critique du Sens des images. J'ai personnellement beaucoup apprécié le film, parce que Céline Sciamma réalise des séquences fortes (celle d'ouverture avec du soccer féminin, celle de Diamonds déjà mentionnée, et d'autres), tant visuellement que musicalement ; parce que son casting est extraordinaire ; parce qu'elle rappelle aussi que certaines populations sont facilement oubliées.

Si la justesse du film en terme sociologique peut être questionnée, sa qualité esthétique me semble en revanche très convaincante.

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Published by davveld - dans Cinéma
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