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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 18:12

Lundi 10 mars

12 YEARS A SLAVE

De Steve McQueen (USA, 2014)

Solomon Northup est un homme libre. Noir. Aux Etats-Unis, avant la Guerre de Sécession, donc avant l'abolition de l'esclavage. Il vit à New York, où un tel statut est possible. Il a une famille, joue du violon. Il rencontre deux hommes, qui lui proposent de s'associer avec eux pour rejoindre une troupe artistique. Mais le voilà drogué, enfermé dans une cave, battu, dépouillé de son identité (de son statut, de son nom), déporté dans le Sud, esclavagiste. Il est vendu à un premier maître, peu violent, même si des contremaîtres supportent mal cette relative douceur. Mais ce maître a une dette, et s'en acquitte en livrant Solomon, devenu Platt, à un autre planteur de coton, Epps, toujours en Louisiane. Epps, probablement plus représentatif du Sud esclavagiste, considère ses esclaves comme ses propriétés, dont il peut disposer à sa guise, y compris bien entendu les femmes.

A l'origine, ce récit se caractérise par son sujet et son auteur: l'esclavage, par un Noir qui l'a vécu. Ce sont ce qu'on appelle les slaves narratives. 12 years a slave, c'est donc d'abord un roman, publié en 1853. Et maintenant un film, récompensé récemment aux Oscars. Un film dur, souvent insoutenable, avais-je lu. Il est dur, c'est certain, mais finalement moins que je ne le craignais. On traite le sujet avec gravité, sérieux, ce n'est pas l'outrance de Django Unchained, par exemple.

Nous l'avons visionné dans le cadre d'un cours de Master à l'Institut protestant de théologie, sur l'esclavage dans le Nouveau Testament, un thème de ce qu'on appelle les "études post-coloniales". Pourquoi ce thème, et ce film ? Tout simplement parce que la Bible a servi d'outil, tant pour justifier l'esclavage, que pour le subvertir. Parce que le Nouveau Testament ne condamne pas l'esclavage (à la limite, ses abus), et que certains textes appellent explicitement à la soumission à l'ordre existant (car étant établi par Dieu), bon nombre d'esclavagistes n'ont pas jugé que leur comportement posait problème (au contraire, ils obéissaient au plan divin, compris avec une interprétation là aussi raciste d'autres passages bibliques); mais qu'un message plus global (mais généralement plus implicite) affirme l'égale dignité de tous devant Dieu et prône la justice... Dans le film, les propos et les attitudes tant des maîtres que des esclaves montrent bien que deux lectures de la Bible se concurrencent dans les mentalités. Que dire de - et comment lire - l'apôtre Paul, qui, alors qu'il appartenait aux hommes libres, a été persécuteur au début de sa vie, puis a écrit des textes où il se qualifie d'esclave ? (Le cours, que je ne vais pas vous faire ici, nous a notamment conduit à nous interroger sur les réalités de l'esclavage dans le monde méditerranéen du premier siècle - des réalités probablement aussi complexes que celles des Etats-Unis au 19ème siècle.)

Affiche du film

Affiche du film

Bande annonce du film

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Published by davveld - dans Cinéma
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