7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 09:26

La couverture est superbe, la maison d'édition une de mes préférées (en particulier pour les textes de Zoya Pirzad), le sujet (un roman plongeant dans l'absurde des régimes communistes de la deuxième moitié du vingtième siècle, ici en Roumanie) du coup l'achat un peu impulsif (un geste qui ne m'arrive que rarement, mais en général dans une librairie) n'était pas une prise de risque inconsidérée. En effet, raconter comment Ilie Cazane (père ? ou fils ? les deux ont le même nom), avec son bagout, arrive à se débrouiller pour ne pas payer ce qu'il prend dans les magasins ou mange dans les restaurants, même dans un système d'économie planifiée sans aucune notion de profit possible, raconter cela donc, c'est une bonne intuition. Raconter aussi comment Ilie (le père) est arrêté pour ne faire pousser que des tomates plus grosses que celles de ses voisins, donc, suspecte-t-on, en employant des substances dont il ne fait pas bénéficier la communauté, c'est suffisamment crédible et léger pour plonger dans la lecture. On suit aussi l'enquêteur principal, colonel à Bucarest, qui tient à montrer à la police de province comment résoudre une telle affaire, mais qui se retrouve à affronter des questions plus ou moins existentielles voire "métaphysiques", une situation des plus angoissantes pour l'époque...

L'idée de départ est donc très prometteuse, mais arrivé à la fin du livre, je suis un peu déçu. D'abord parce que l'auteur - c'est un style - n'a pas choisi un récit linéaire, mais qu'il assemble de façon décousue les différents épisodes qu'il raconte, ce qui fait (je pense) perdre un peu d'efficacité à la narration. Ensuite parce que là encore il n'y a pas eu de choix clair entre anecdotes documentaires et fable ironique. Et donc du coup j'ai souri, mais moins que je l'attendais.

Pour en savoir plus:

  • L'auteur n'est pas encore sur Wikipedia (fr) ou (en). Mais c'est aussi le scénariste du film La mort de Dante Lazarescu
  • Site éditeur

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 12:30

Au Bonheur des Dames, une lecture peu originale pour qui fréquente l'enseignement secondaire en France... et quand j'étais au lycée, j'aimais beaucoup Zola, au point d'avoir lu probablement près de la moitié des Rougon-Macquart. Parfois - est-ce la vie à Paris, ou l'évolution de nos systèmes économiques qui veut cela ? -, on peut avoir envie de relire Zola. Dont acte.

Au Bonheur des Dames, c'est le début de ce qu'on appelle les grands magasins, qui préfigurent nos centres commerciaux modernes. Une révolution dans le commerce, et le triomphe du capitalisme. Où psychologies du désir et de l'achat deviennent des sciences; où effets de masse et rapidité de l'écoulement et du renouvellement des stocks sont théorisés, expérimentés, validés. Où une économie du commerce de proximité et une façon de vivre le lien social sont pulvérisés... Ce que Zola a analysé à la fin du dix-neuvième siècle est la matrice de notre consommation d'aujourd'hui. Il décrit cela de façon magistrale, conscient du caractère irrésistible du "progrès" mais aussi des blessures et des morts qu'il charrie dans son sillage. La comparaison du commerce traditionnel et du Bonheur des Dames, conquérant, innovant, est saisissante.

Parfois, dans des paragraphes qui semblent ne jamais finir, ce sont de vrais organismes vivants que l'auteur naturaliste dépeint, avec un art impressionnant de figures de style, de rythme, de vocabulaire documenté.

L'intrigue, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est l'arrivée de Denise, provinciale avec ses deux frères, à Paris. Elle trouve une place de vendeuse au Bonheur des Dames, le grand magasin que dirige Octave Mouret; ce magasin s'étend en vendant moins cher mais davantage que les petites boutiques du quartier, qui sont mises en difficulté, malgré leurs tentatives pour résister. L'univers des employés du Bonheur, quant à lui, n'est pas facile, il faut se battre, résister aux rumeurs et autres calomnies...

Un exemple, un seul, de cet art de la description (chapitre 4):

Ce lundi-là, le dix octobre, un clair soleil de victoire perça les nuées grises, qui depuis une semaine assombrissaient Paris. Toute la nuit encore, il avait bruiné, une poussière d’eau dont l’humidité salissait les rues ; mais, au petit jour, sous les haleines vives qui emportaient les nuages, les trottoirs s’étaient essuyés ; et le ciel bleu avait une gaieté limpide de printemps.

Aussi le Bonheur des Dames, dès huit heures, flambait-il aux rayons de ce clair soleil, dans la gloire de sa grande mise en vente des nouveautés d’hiver. Des drapeaux flottaient à la porte, des pièces de lainage battaient l’air frais du matin, animant la place Gaillon d’un vacarme de fête foraine ; tandis que, sur les deux rues, les vitrines développaient des symphonies d’étalages, dont la netteté des glaces avivait encore les tons éclatants. C’était comme une débauche de couleurs, une joie de la rue qui crevait là, tout un coin de consommation largement ouvert, et où chacun pouvait aller se réjouir les yeux.

Mais, à cette heure, il entrait peu de monde, quelques rares clientes affairées, des ménagères du voisinage, des femmes désireuses d’éviter l’écrasement de l’après-midi. Derrière les étoffes qui le pavoisaient, on sentait le magasin vide, sous les armes et attendant la pratique, avec ses parquets cirés, ses comptoirs débordant de marchandises. La foule pressée du matin donnait à peine un coup d’œil aux vitrines, sans ralentir le pas. Rue Neuve-Saint-Augustin et place Gaillon, où les voitures devaient se ranger, il n’y avait encore, à neuf heures, que deux fiacres. Seuls, les habitants du quartier, les petits commerçants surtout, remués par un tel déploiement de banderoles et de panaches, formaient des groupes, sous les portes, aux coins des trottoirs, le nez levé, pleins de remarques amères. Ce qui les indignait, c’était, rue de la Michodière, devant le bureau du départ, une des quatre voitures que Mouret venait de lancer dans Paris : des voitures à fond vert, rechampies de jaune et de rouge, et dont les panneaux fortement vernis prenaient au soleil des éclats d’or et de pourpre. Celle-là, avec son bariolage tout neuf, écartelée du nom de la maison sur chacune de ses faces, et surmontée en outre d’une pancarte où la mise en vente du jour était annoncée, finit par s’éloigner au trot d’un cheval superbe, lorsqu’on eut achevé de l’emplir des paquets restés de la veille ; et, jusqu’au boulevard, Baudu, qui blêmissait sur le seuil du Vieil Elbeuf, la regarda rouler, promenant à travers la ville ce nom détesté du Bonheur des Dames, dans un rayonnement d’astre.

Cependant, quelques fiacres arrivaient et prenaient la file. Chaque fois qu’une cliente se présentait, il y avait un mouvement parmi les garçons de magasin, rangés sous la haute porte, habillés d’une livrée, l’habit et le pantalon vert clair, le gilet rayé jaune et rouge. Et l’inspecteur Jouve, l’ancien capitaine retraité, était là, en redingote et en cravate blanche, avec sa décoration, comme une enseigne de vieille probité, accueillant les dames d’un air gravement poli, se penchant vers elles pour leur indiquer les rayons. Puis, elles disparaissaient dans le vestibule, changé en un salon oriental.

Dès la porte, c’était ainsi un émerveillement, une surprise qui, toutes, les ravissait. Mouret avait eu cette idée. Le premier, il venait d’acheter dans le Levant, à des conditions excellentes, une collection de tapis anciens et de tapis neufs, de ces tapis rares que, seuls, les marchands de curiosités vendaient jusque-là, très cher ; et il allait en inonder le marché, il les cédait presque à prix coûtant, en tirait simplement un décor splendide, qui devait attirer chez lui la haute clientèle de l’art. Du milieu de la place Gaillon, on apercevait ce salon oriental, fait uniquement de tapis et de portières, que des garçons avaient accrochés sous ses ordres. D’abord, au plafond, étaient tendus des tapis de Smyrne, dont les dessins compliqués se détachaient sur des fonds rouges. Puis, des quatre côtés, pendaient des portières : les portières de Karamanie et de Syrie, zébrées de vert, de jaune et de vermillon ; les portières de Diarbékir, plus communes, rudes à la main, comme des sayons de berger ; et encore des tapis pouvant servir de tentures, les longs tapis d’Hispahan, de Téhéran et de Kermancha, les tapis plus larges de Schoumaka et de Madras, floraison étrange de pivoines et de palmes, fantaisie lâchée dans le jardin du rêve. À terre, les tapis recommençaient, une jonchée de toisons grasses : il y avait, au centre, un tapis d’Agra, une pièce extraordinaire à fond blanc et à large bordure bleu tendre, où couraient des ornements violâtres, d’une imagination exquise ; partout, ensuite, s’étalaient des merveilles, les tapis de la Mecque aux reflets de velours, les tapis de prière du Daghestan à la pointe symbolique, les tapis du Kurdistan, semés de fleurs épanouies ; enfin, dans un coin, un écroulement à bon marché, des tapis de Gheurdès, de Coula et de Kircheer, en tas, depuis quinze francs. Cette tente de pacha somptueux était meublée de fauteuils et de divans, faits avec des sacs de chameau, les uns coupés de losanges bariolés, les autres plantés de roses naïves. La Turquie, l’Arabie, la Perse, les Indes étaient là. On avait vidé les palais, dévalisé les mosquées et les bazars. L’or fauve dominait, dans l’effacement des tapis anciens, dont les teintes fanées gardaient une chaleur sombre, un fondu de fournaise éteinte, d’une belle couleur cuite de vieux maître. Et des visions d’Orient flottaient sous le luxe de cet art barbare, au milieu de l’odeur forte que les vieilles laines avaient gardée du pays de la vermine et du soleil.

http://fr.wikisource.org/wiki/Au_bonheur_des_dames/4

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 22:36

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Un spectacle de danse classique chinoise ? Je n'y aurais pas pensé tout seul, mais c'est l'une des multiples raisons pour lesquelles la vie se partage à plusieurs ! Hier vendredi, direction le Palais des Congrès à la Porte Maillot pour une soirée qui s'ouvre par un sourire: l'insistance des présentateurs chinois à rappeler l'interdiction de photographier ou de filmer au nom du droit d'auteur, ça vaut son pesant d'ironie ! Près d'une quarantaine de danseurs (en général, les tableaux alternaient entre une vingtaine d'hommes et une vingtaine de femmes), et un orchestre de type symphonique, ça fait de l'effet. Les prouesses "gymnastiques" des danseurs sont bluffantes. Avec les costumes, très soignés et toujours très bien utilisés/mis en valeur, les chorégraphies sont très belles.

 

Quelques bémols, néanmoins. D'abord, même si je m'y attendais, le kitsch des images projetées en décor (en particulier des couleurs inutilement "fluos"; un peu plus de sobriété n'aurait rien fait perdre au plaisir visuel). Ensuite, alors que j'avais entendu maintes et maintes fois que le mode de pensée asiatique (et chinois en particulier) était tout en détours et en subtilités, les messages politiques de la troupe étaient très explicites; le public était à mon avis suffisamment intelligent pour percevoir les mêmes idées avec davantage de poésie (remarque nécessaire: la troupe est basée à New York; membre de la diaspora chinoise, elle exprime une conscience en faveur de la liberté de conscience légitime). Enfin, la musique qui accompagnait les tableaux était beaucoup plus "classique occidentale" que "traditionnelle chinoise", ce qui est là encore étonnant alors que les affiches et les maîtres de cérémonie répètent les "5000 ans de civilisation chinoise" du spectacle...

 

Pour finir quand même, quelques tableaux "coups de coeur": Les moines Shaolin, la danse du bol de Mongolie, et les trois premiers tableaux de la deuxième partie: Les fleurs du ciel, La moisson joyeuse, et Le voyage de l'empereur vers la Lune. Ce dernier était suivi d'un duo erhu-piano de toute beauté.

 

 

 

Pour en savoir plus: site officiel de la compagnie

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 23:45

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Le nouveau roman de Christian Garcin s'acquitte à merveille de la mission que les circonstances lui ont donné: m'offrir une évasion littéraire au coeur d'une dissertation de philosophie et d'histoire du christianisme ancien au sujet aride... Je n'en attendais pas moins des Nuits de Vladivostok. On y retrouve, notamment, des souterrains, des chats, mais surtout des personnages: Zuo Luo ("Zorro"), le justicier chinois; Chen Wanglin, écrivain - auteur des aventures de Zuo Luo, avant de rencontrer l'homme qui porte ce nom -, mais aussi une grand-mère croisée dans un autre univers de Garcin, Shoshana Stevens, et d'autres "héros" encore.

Ces héros, justement, parlons-en, puisqu'ils sont toujours assez décalés, de ceux qu'on ne remarque pas et qui pourtant contribuent à ces battements d'ailes de papillon qui déclenchent des tempêtes à l'autre bout du monde. A Vladivostok, on vient de Chine donc, de Moscou également, mais aussi des bas-fonds new-yorkais (description incroyable au passage), de Corée, d'une île perdue sur le Baïkal (encore et toujours). On y vient à pied (là encore, des pages époustouflantes), en avion, en train (parfois en se trompant de quai).

Un bout du monde qui condense le monde, des petites histoires entremêlées avec la grande, une humanité entre errances et objectifs, une écriture redoutable de lucidité et virevoltante de poésie, c'est ça, les Nuits de Vladivostok. Encore bravo, M. Garcin ! 

 

"Ces pensées bruissaient en elle simultanément, sans ordre bien défini, et l'idée apaisante d'avoir devant elle deux journées à habiller à sa guise en un tel lieu suffisait à l'installer dans un cocon de joie tiède et de confiance en l'avenir immédiat qui dessina sur ses lèvres un sourire.
Vous êtes russe ? crut-elle entendre quelque part derrière elle.
Mais elle s'était trompée, car il n'y avait personne derrière elle, ni à côté - si l'on veut bien excepter, à cinq mètres environ, un chat qui fouillait les poubelles, et soudain s'interrompit en la fixant étrangement.
Mais non, c'est impossible, pensa-t-elle, un chat ne m'aurait pas vouvoyée. Puis elle s'étonna de cette réflexion. Plus loin, sur un chemin poudreux qui longeait la rive du lac, deux frêles solhouettes avançaient dans sa direction: l'une grande, l'autre moins, la plus grande étant manifestement celle d'une jeune fille, l'autre celle d'une vieille dame qui lui tenait le bras. Elles s'approchèrent et la saluèrent d'un sourire." (pages 47-48)

 

"Wanglin eut une moue peu convaincue. Il ne savait que penser, mais refusait de considérer à priori cette histoire comme inventée. Il était jeune encore, bien plus jeune que Zuo Luo, et avait appris à ne jamais considérer l'improbable comme impossible." (pages 154-155)

 

"Bref, conclut-elle, comme vous voyez, l'imagination est toute-puissante dès lors qu'il s'agit d'expliquer ou de tenter d'expliquer l'univers, ou les univers. Il vaut mieux dans ce cas laisser agir ce que Coleridge appelait 'the willing suspension of disbelief', n'est-ce pas. 'La suspension consentie de l'incrédulité.' " (page 239)

 

"Bref, le Russe moyennement embourgeoisé dans toute sa splendeur. Je n'avais pas vu s'il avait dans son 4x4 un chien dont la tête dodelinait à chaque soubresaut de la route, mais j'aurais été prêt à parier que oui. Tandis que je m'interrogeais sur l'extraordinaire universalité de ce mauvais goût petit-bourgeois, qui faisait que je retrouvais sur une île de l'Extrême-Orient russe le même intérieur, à quelques photos près, que celui de ma grand-tante de Marseille dans les années 1970, et que j'allais jusqu'à juger émouvant ce plus petit dénominateur commun de l'humanité intemporellement modeste et rabougrie de la fin du XXème siècle et du début du XXIème siècle qui se trouvait résumé ici, Sibarov nous avait fait signe de nous asseoir et nous avait apporté plusieurs packs de bières." (page 264)

 


 

Pour en savoir plus:

 

 

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 17:52

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Vendredi soir, plaisir d'aller en voisins écouter, en l'église Notre Dame des Champs, la formation philharmonique du COGE (Choeurs et Orchestres des Grandes Ecoles), pour un programme composé de valeurs sûres.

 

Tout d'abord, des extraits (pour 45 mn tout de même) de la Messe en si mineur de Jean-Sébastien Bach: orchestre et choeur réunis pour une oeuvre qui me fait frissonner. Le maître allemand est impressionnant: son Gloria montre une joie et une grâce que des mots ne peuvent exprimer. A quelques jours de la Semaine Sainte, émotion et ravissement encore en entendant le Crucifixus, grave, recueilli, et le triomphal Ressurexit. La musique, en particulier avec le talent de Bach, peut vraiment être proclamation du message chrétien, de la foi en Dieu-fait-homme, Ressuscité en triomphant de nos échecs, appelant chaque homme, chaque femme, à se réjouir et à espérer.

 

Après l'entracte, c'est l'ouverture de Guillaume Tell, dernier opéra de Giaochino Rossini, qui est jouée. Là, ce sont les évocations de la nature (en particulier d'un orage) qui transportent. Il y a aussi un air de cavalcade, ultra-connu, durant lesquels le chef et l'orchestre - et le public - s'amusent, un peu comme embarqués dans une ronde d'enfants.

 

Enfin, la Symphonie n°4 de Johannes Brahms clôt ce parcours avec un romantisme bien assumé. Ma préférence va au second mouvement, doux, mélancolique (avec des emprunts à Beethoven, signale le programme). Comme pour l'ensemble du concert, l'interprétation est soignée, maîtrisée.

 


Pour en savoir plus:

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 23:13

9782070315369FSIl y a quelques semaines, j'avais relu  Le vol du pigeon voyageur, du même Christian Garcin (je m'aperçois que je ne l'ai pas recensé une deuxième fois ici); et que, bien que plaisant, ce roman manque de la magie que l'on trouve dans nombre d'autres écrits de l'auteur. Dès La jubilation des hasards, le merveilleux et le décalage sont plus marqués, et cette deuxième lecture est presqu'aussi enchanteresse que la première.

 

C'est toujours Eugenio Tramonti, journaliste-écrivain, qui promène son indécision du seuil de sa porte (qu'il laisse franchir à une énigmatique dame en gris, étonnamment bien renseignée sur des pans secrets de sa vie) à New York, entre reportage peu exaltant - c'est le moins qu'on puisse dire - sur l'après 11-Septembre, et coïncidences qui le mèneront à jouer (avec "préméditation") avec un bébé inconnu. Les récits commencent à s'emboîter, comme des poupées gigognes. Le patchwork poétique et fantastique de Garcin se met en place. Et on se délecte de trouvailles telles que "Quelqu'un m'a dit un jour que les coïncidences étaient des miracles pour lesquels Dieu avait choisi de rester anonyme." (page 95) 

 

Dans peu de temps, j'entame le nouveau livre de Christian Garcin, Les nuits de Vladivostok...

 

 

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 12:20

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Suite de De la Terre à la Lune. Ca y est, le projectile avec à son bord Barbicane, Nicholl et Ardan est en route ! Mais la déflagration est telle que les conditions météos sur Terre rendent tout suivi du boulet impossible pendant plusieurs jours. Dans le boulet, la vie s'organise pour les quelques dizaines d'heures supposées du trajet jusqu'à la Lune. Mais un incident de parcours dévie légèrement le boulet, qui parvient à rejoindre l'attraction lunaire, mais sans assez de vitesse pour alunir. Les trois hommes se retrouvent donc à bord d'un nouveau satellite de la Lune ! Ils multiplient les observations de l'astre lunaire, sans trop se préoccuper de leur retour sur Terre, de toute façon pas prévu s'ils étaient arrivés à destination.

 

Parce qu'il se joue à huis-clos, avec une poignée de personnages, et que l'auteur accumule les descriptions sélénographiques (tout en devant faire preuve d'imagination pour la partie cachée du satellite terrestre), Autour de la Lune est un peu moins agréable à lire que De la Terre à la Lune. Mais comme on s'est attaché aux personnages, à leur audace, à leur initiative, on arrive quand même au bout du périple, avec un beau rebondissement final.

 


 

Pour en savoir plus:

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 12:00

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Relire les livres de Jules Verne, c'est un peu comme une Madeleine, un retour en enfance. J'ai beau connaître presque par coeur les détails de la trame narrative, je prends plaisir à retrouver l'ambition de l'auteur, entre livre pour enfants-adolescents (le terme n'existait pas au dix-neuvième siècle), oeuvre de vulgarisation de données scientifiques pointues, certes dépassées aujourd'hui, mais toujours de haut niveau (inutile de dire que je décroche vite dans les détails physiques notamment utilisés dans De la Terre à la Lune).

 

Pour ceux qui ne l'ont pas lu, De la Terre à la Lune prend comme point de départ le désoeuvrement des concepteurs d'armes aux Etats-Unis après la Guerre de Sécession (1861-1865). Ils se sont regroupés dans une association, le Gun-Club, dont le président, Barbicane, propose un jour un défi fou: construire un canon gigantesque pour envoyer un obus sur la Lune ! Jules Verne décrit le retentissement spectaculaire de l'idée, puis de sa préparation. Pages savoureuses dans lesquelles deux Etats, la Floride et le Texas, se disputent l'honneur d'accueillir le canon. Alors que les préparatifs vont bon train, que l'argent coule à flots, que les obstacles techniques sont surmontés les uns après les autres, deux surprises. D'abord, il existe un adversaire acharné au projet, le capitaine Nicholl, concepteur de cuirasses (forcément, un tel projectile le consterne). Ensuite, un excentrique français est le premier à penser qu'il serait bien que ce projectile soit habité. Et comme Michel Ardan - c'est son nom - ne manque pas plus de courage et d'insouciance que de présence d'esprit, il est bien entendu volontaire pour être le premier être humain à rejoindre la Lune.

 

Jules Verne ne doute pas - c'est dans l'air du temps - du triomphe de la science sur les éléments naturels. Il met en place des personnages à la fois très typés, parfois un peu caricaturaux (mais c'est heureusement plus subtil), et héroïques. Avec leur intelligence et un peu de volonté de progresser ensemble, les êtres humains n'ont aucun obstacle à redouter, semble dire le narrateur. Aucun, vraiment ? Suite dans Autour de la Lune !

 

 


 

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 20:53

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On ne lit pas Tom Clancy pour la beauté de la langue qu'il emploie (ou alors, nous n'avons pas les mêmes goûts !). Ni pour la psychologie des personnages, dont la typologie est d'une simplicité affligeante quand on compte les pages du livre (un bon millier de pages avec les deux tomes en format poche): il y a les bons, les méchants, une masse de neutres, et une poignée de traîtres. Le patriotisme manque lui aussi de subtilité.

 

En revanche, Tom Clancy est doué pour créer une intrigue sophistiquée avec des données géopolitiques, économiques, stratégico-militaires documentées. Cet épisode des aventures de Jack Ryan (ici Conseiller national à la sécurité pour le Président des Etats-Unis) a été rédigé en 1994: le monde sans l'Union soviétique est encore tout neuf, et l'auteur imagine des coopérations Est-Ouest qui impressionnent par leur optimisme. Quant à la chute du roman (un avion de ligne piloté par un kamikaze s'écrase sur le Capitole en pleine séance parlementaire), elle est d'une force d'anticipation qui fait froid dans le dos. Bon, l'effet suspense est un peu amoindri car j'avais délà lu Dette d'honneur il y a quelques années. Mais les détails de l'intrigue, les rebondissements tiennent quand même en haleine.

 

Au départ de ce roman, les Etats-Unis réagissent à un accident de la route en prenant des dispositions draconiennes contre les importations en provenance du Japon. Le gouvernement nippon n'est pas vraiment aux commandes et est déposé. Dans le même temps, une attaque contre le système informatique de Wall Street est lancé. Et des flottes asiatiques "taquinent" les portes-avions et le sous-marins américains dans le Pacifique et l'Océan Indien. Sans compter un scandale visant le Vice-Président américain, suspecté d'avoir violé une employée qui s'est ensuite donné la mort.

 

On le voit, avec un réalisme (un cynisme ?) très important, on supporte le manichéisme que j'évoquais plus haut... Parce que les médias nous y ont habitué ? Ou parce que nous vivons très bien ainsi ?

 


 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 14:13

Samedi 26 janvier
Paris 6, UGC Montparnasse

DJANGO UNCHAINED

De Quentin Tarantino (USA, 2013)

 

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Un film de Quentin Tarantino au cinéma, c'est à la fois une garantie de spectacle, et des moments où on n'ose plus regarder l'écran, tellement certaines images sont dures, ultra-violentes. "Interdit aux moins de 12 ans" ? Seulement ? Ca fait froid dans le dos de penser que nos autorités de régulation estiment que ce film est regardable par des 12-15 ans...

 

Pas de mauvaise surprise concernant la réalisation, elle est parfaite. La bande-son adéquate. Les clins d'oeil avec ses précédents films efficaces. Côté interprétation les acteurs sont à couper le souffle, Christoph Waltz (le "méchant" dans  Inglorious basterds avec ici un rôle bien différent, mais toujours un immense plaisir à jouer avec les langues) en tête. Et aussi comme souvent chez Tarantino, le grand n'importe quoi et un humour incisif permettent de prendre de la distance avec la violence. Ou comment une razzia pour lyncher un Noir est interrompue pendant un long moment à cause d'un problème de conception de cagoules...

 

Car Django Unchained, en effet, ce sont les Etats-Unis d'avant la guerre de Sécession, et plus particulièrement le Sud, avec sa traite des esclaves, ses plantations de coton, ses chasseurs de primes. Un univers à la fois impitoyable et d'une rare complexité. Le film interroge, sans anesthésie, au scalpel, ces rapports Blancs/Noirs bien plus compliqués qu'on a coutume de le penser. Plus généralement, tout rapport dominants/dominés, dans lequel les stratégies individuelles (des avantages acquis par certains esclaves notamment, mais aussi un couple à sauver) peuvent entrer en conflit irréductible avec une amélioration du sort de l'ensemble du groupe. Le propriétaire de plantation explique cela par la phrénologie, autant dire par l'absurde. La question est présente, tout au long des presque 3 heures du film. Démontrant, s'il était nécessaire, que Tarantino ne fonctionne pas qu'aux litres de sang et aux explosions exagérées. Celles-ci d'ailleurs font le plus souvent écho à des scènes bien plus insoutenables, où la violence psychologique (ou la suggestion) atteint des sommets.

 

En somme, un film choc, extraordinairement bien mené, mais qui ne peut pas être vu sans un effort certain de distanciation.

 

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