Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 23:04

Ces derniers mois, parfois avec un peu de retard avec ceux qui les ont entendu via les "médias traditionnels" (et encore), j'ai eu le plaisir d'ajouter à ma playlist de nouvelles voix.

 

Selah Sue

 

Une jeune Belge pleine de gouaille, à la voix assez incroyable (oui, très blue eyed soul, assez reggae aussi).

En savoir plus sur Wikipedia et son site officiel.

 

 

 

 

Imany

 

Coloration plus méridionale avec cette ancienne mannequin, avec une voix au timbre chaud et grave, qui véhicule beaucoup d'émotions. On reste dans le style soul, tendance plus folk. Le premier des deux titres m'a suivi pendant plusieurs semaines, bouleversant.

En savoir plus sur Wikipedia et son site officiel.

 

 

 

 

Ingrid Michaelson

 

C'est via la page Facebook de KT Tunstall que j'ai d'abord écouté ceci...

 

 

"Pas mal !!!" ai-je pensé, le clip est d'une grande classe, tout en sobriété. Mais c'est une reprise... YouTube suggérant, comme tout réseau social qui se respecte, d'aller voir d'autres choses si on a bien aimé cela, je suis tombé sur "Parachute".

 

 

Là, j'ai craqué. Pop sucrée à la Jennie Abrahamson, une de mes muses scandinaves.

 

 

D'ailleurs, quand on observe leurs noms, on sent une proximité. Mais non, c'est l'occasion d'ouvrir un nouvel onglet dans le navigateur, pour apprendre qu'Ingrid est new-yorkaise (et qu'elle a tardé à assumer le côté très pop de ce titre, qui a cartonné chez nos amis grands-bretons, ce qui n'est pas étonnant). En fait, les autres titres d'Ingrid Michaelson évoquent une autre de mes artistes préférées, Regina Spektor, elle aussi New-Yorkaise, elle aussi folk-pop indé, pour mettre des étiquettes sur les genres. Vous ne trouvez pas, y compris dans l'esthétique des clips ?

 

 

 

 

 

 

(Pour Regina Spektor, voir aussi cette vidéo)

Site officiel d'Ingrid Michaelson - Site officiel de Jennie Abrahamson - Site officiel de Regina Spektor

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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 20:21

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Elle est jolie la couverture, vous ne trouvez pas ? En tous cas sans elle il est peu probable que je sois tombé sur ce livre... Un auteur américano-pakistanais, ça ne court pas les rues. Mais ce recueil de nouvelles gravitant à distance plus ou moins grande d'une famille a trouvé son public (plusieurs prix, 16 traductions depuis 2008). Ca évoque évidemment assez fortement le sous-continent indien, entre habitudes quasi-féodales et découverte un peu digne d'Icare de la modernité de la fin du vingtième et du début du vingt-et-unième siècle. Des maîtres qui dépensent sans compter, des serviteurs qui se servent, des jeunes qui aspirent à de meilleures vies, des amours tourmentées, rarement heureuses, une police peu fiable, un système politique "différent"...

 

C'est un univers à part, où nos repères ne valent pas grand'chose. Un monde que nous fait entrevoir l'auteur avec lucidité et tact. Il y a, comme le titre l'indique, un certain manque de mangues... mais on est à la fois pris par l'exotisme et la proximité du récit. Comme le fruit, les habitudes culturelles et les attitudes sociétales se mondialisent, ou plutôt s'occidentalisent (on ne s'aventurera pas à essayer de savoir si c'est "pour le meilleur").

 

"Dans cette maison, un domestique embauché depuis dix ans était considéré comme un bleu. Hassan était là depuis plus de cinquante ans, ainsi que Rafik, le valet du maître. Même le plus jeune des jardiniers, celui qui n'avait pas de nom, était là depuis quatre ou cinq ans. Avec moins d'un mois de présence, Saleema comptait pour du beurre. Et pas d'espoir de protection. Elle avait été engagée à l'essai, au service de la fille aînée du maître, la bégum Kamila, qui vivait à New York, mais qui était là pour passer le printemps chez son père. Et avec Kamila, hautaine et fière, pas question de s'autoriser des privautés." (Saleema, pages 36-37)

 

"A l'enterrement, mené comme il se doit avant le crépuscule, les deux fils se tinrent près de Makhdoom Talwan, le principal propriétaire terrien et homme politique de la région, élu de l'Assemblée nationale, qui dit à Shabir: 'Donc maintenant, c'est ton siège qui est en jeu pour la prochaine partielle.' A peine l'enterrement terminé, son chauffeur approcha la grosse Land Cruiser de l'ancien cimetière, bloquant le cortège funèbre. L'élu serra la main des deux fils, les yeux dans les yeux, puis repartit dans l'obscurité crépusculaire, sans avoir parlé de l'élection, ni offert son soutien. Shabir n'en alla pas moins rendre visite au grand homme. Les préparatifs pour l'élection avaient commencé, des groupes se formaient et circulaient, tissaient des alliances et marchandaient des votes. Rares furent ceux qui approchèrent Shabir, et seulement des poids plume. (...) Ayant fini par être reçu, le jeune héritier se vit désigner un siège dans une pièce sombre où on lui signifia d'attendre. Un serviteur lui apporta un verre de limonade avant de s'éclipser. Dix minutes plus tard, la masse énorme de Makhdoom Sahib, dans une kurta blanche immaculée et un turban attaché de façon à ce que l'un des pans frangés lui caresse le visage comme une aigrette, passa la porte. 'Bonjour, jeune homme ! lança-t-il, allègre mais essoufflé, avant de se laisser tomber sur un siège et de se caresser la panse comme pour la débarrasser de miettes. Alors comment ça va ? Comment ça se passe tout ça ?' Il posa quelques questions placides, écouta et parut apprécier que Shabir l'appelle 'Oncle'. Puis, profitant d'un silence au moment où Shabir allait plaider sa cause, Makhdoom Sahib se tourna vers lui et lui adressa un regard dur: 'Mon garçon, l'amitié est une chose, la politique, une autre. Je veux que tu comprennes bien la situation.' " (Donner, toujours donner, pages 112-113)

 

"Lily allait à des fêtes toute la semaine, tout le mois, elle buvait beaucoup, mais mangeait peu. Quittant le bar, elle traversa la pelouse, une coupe de champagne à la main, et s'arrêta pour jeter un regard sur les préparatifs en cours, le DJ qui installait sa platine, et les serveurs en veste blanche. Elle se sentait comme une actrice de théâtre itinérant, retrouvant une fois encore la même émotion, la même ivresse. Pour cette soirée sur le thème 'Nuit du tsunami', les serviteurs de son ami Mino avaient fait venir des camions de sable afin de créer une plage artificielle à côté de sa toute nouvelle maison de campagne, à Simly Dam. Installé au bord de l'eau, affalé sur un tapis dhurrie et calé contre un coussin, Mino faisait salon. Bien qu'il fût sans doute son meilleur ami, elle le trouvait ennuyeux, et décida que tout ce groupe était creux et faux - elle comprise-, à force d'évoluer d'une fête à l'autre, de prendre l'avion de ce qu'ils appelaient Isloo en direction de Karachi ou de Lahore et de poursuivre les rites du printemps, en dignes enfants de la jet-set... A Simly Dam, à une heure d'Islamabad au bout de mauvaises routes, se trouvait une poignée de maisons, toutes vides et éteintes, sauf celle-ci. L'endroit avait un air d'inachevé, le paysage était tout en rochers, en collines d'argile rouge et en falaises de pierre descendant jusqu'au lac. 'Mon Dieu, ces gens !' lança Mino sur un mouvement de dédain en direction d'un couple qui se faufilait vers le bar après l'avoir salué. 'Tu as vu un peu ces deux-là ? Papounet et sa petite... Faudrait de la dynamite pour qu'il la lâche...' " (Lily, pages 207-208)

 

 


 

Pour en savoir plus:

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Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 10:52

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De la philosophie ? Eh oui, il y en a dans mon cursus, et du coup dans mes lectures. Mais à des quantités qui restent assez réduites, témoin le titre de cet ouvrage. Sören Kierkegaard est un auteur incontournable dans des études de théologie protestante; une journée d'études à la fac l'an dernier avait constitué une bonne première approche de ce penseur danois de la première moitié du dix-neuvième siècle, un "romantique" comme l'époque savait en susciter.

 

Parues en 1844, sous le pseudonyme de Johannes Climacus (Kierkegaard raffolait des pseudonymes, qui ne faisaient pas illusion à Copenhague), les Miettes philosophiques, d'une centaine de pages en français, ont été suivies d'un Post-scriptum aux miettes philosophiques, ouvrage bien entendu considérablement plus long (et que je n'ai pas -encore ?- lu).

 

De quoi est-il question dans ces Miettes ? De vérité, et de la façon dont l'être humain peut la connaître. La vérité se comprend ici en relation avec la divinité. Kierkegaard interroge la pensée socratique; l'être humain a-t-il en lui, en son essence, la vérité ? Si non, comment lui est-elle donnée ? Si oui, pourquoi ne la connaît-il pas d'emblée, comment la découvre-t-il ? S'ensuivent des développements sur la relation maître/disciple, la conversion, la naissance et la re-naissance, le devenir, le péché, le paradoxe, le scandale... aboutissant notamment à la foi. Une philosophie du temps, de la transmission, et une théologie de l'incarnation traversent les Miettes, qui se révèlent assez faciles d'accès pour le philosophe novice, ce qui est encourageant.

 

Plus qu'à rédiger une fiche de lecture (un peu plus longue et formelle que cette courte recension)...

 


 

Pour en savoir plus:

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Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 23:38

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Ca faisait plus de deux ans que je n'étais pas venu les écouter... Un plaisir de les retrouver, ils ont bien tourné ces derniers mois, et ça s'entend et se voit ! Les tubes du groupe, des reprises (aussi bien Le Reggae que Le poinçonneur des Lilas, comme la dernière fois), quelques titres que je ne connaissais pas... Très bonne ambiance, à la Bellevilloise, décidément bien sympa (j'y étais allé en voisin deux ou trois fois, et ça a beau être über-bobo, on s'y sent très bien).

 

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Vous ne connaissez toujours pas Minuit 6 heures ? Leur MySpace est ici. Et les autres concerts auxquels j'avais assisté sont racontés ici, ici, et encore .

 

Quant à la Bellevilloise, c'est ici.

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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 22:57

Dimanche 18 décembre

Paris 3, MK2 Beaubourg

 

METROPOLIS

De Fritz Lang (Allemagne, 1926, version restaurée 2011)

 

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Journée "Metropolis" ce dimanche. Un film dont j'avais pu entendre le titre, sans plus, et dont je découvre à la fois les qualités, les imitations et références ultérieures, et l'histoire tourmentée de cette version, à priori inédite et "intégrale" au sens de très proche de celle qui devait être diffusée en 1926 et 1927 avant que les distributeurs, les censeurs et autres intervenants dans la longue chaîne de l'industrie du cinéma écrivent "leur" Metropolis.

 

Tournant dans l'histoire du cinéma, Metropolis est un projet démesuré, à l'image de cette ville du troisième millénaire, à la fois New York, Babylone/Babel (les références bibliques et religieuses sont explicites et se comptent par dizaine), où vivent en haut les nantis, avec stades, jardins, etc., et en bas les ouvriers, réduits à de simples mécanismes de gigantesques machines. En bas, la révolte gronde, même si Maria, une prophétesse, prêche la venue d'un "Médiateur", qui réunirait le cerveau et les mains de ce monstrueux organisme qu'est la ville. En haut, Feder, le fils du dirigeant de la ville, vit dans l'insouciance jusqu'à ce qu'il prenne conscience que tout ne fonctionne pas par magie. Federsen, le dirigeant, est acoquiné avec un savant qui, naturellement, est à la fois génial et fou.

 

Le film est muet, ce qui laisse place à une oeuvre musicale à la fois magistrale et un peu envahissante et répétitive (les personnages, les lieux, ont leur thème musical spécifique, mais il y a des limites), ce qui donne aussi certaines longueurs (oui 2h30) et un jeu expressif à outrance des acteurs dans certains cas. Dans la "démesure" évoquée plus haut, il y a de vraies trouvailles de tournage, et puis un dispositif impressionnant de décors, d'effets spéciaux, etc.

 

 

C'est notamment cet envers du décor qui est présenté à l'exposition à la Cinématèque, visitée juste après. Où l'on voit les peintures qui ont servi de décor, ainsi que de nombreuses photos du tournage, des costumes, des articles sur la réception du film...

 

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On approfondit également les informations sur l'histoire des versions du film. Car Metropolis a subi de nombreuses modifications dès avant sa distribution. De nombreuses "éditions" peuvent être retrouvées, dans les archives allemandes, russes, etc. Dans les années 1980, un réalisateur s'est même amusé à coloriser le film et à lui adjoindre une bande-son pop-rock... Au début des années 2000, une restauration numérique est lancée, avec la conscience que 25-30 mn manquent par rapport à l'original. Et c'est en 2008 qu'en Argentine, une copie -très abîmée- de la version intégrale de 1926-1927 est retrouvée. Les scènes manquantes ont été ajoutées à la restauration numérique, le montage revu à partir de cette copie, de partitions de la bande-son, etc. Un travail à la fois rigoureux et qui, comme tout ce qui est scientifique, pourrait n'être que "provisoire", car une "copie abîmée" de l'original n'est pas "la" (bon, il y en avait plusieurs) pellicule d'origine !

 

Une exposition bien conçue donc, avec des extraits du film; on se sent d'un coup un peu moins ignorant face à ce monument de l'histoire du septième art, qui marque, même inconsciemment, nos cultures visuelles.

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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 17:45

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La recette est éprouvée, toujours efficace: de courts chapitres, alternant deux récits ou plutôt deux perspectives autour d'un thème narratif. La langue est belle, c'est aussi une des clés du roman (paru à la rentrée littéraire de septembre). Donya débute une psychanalyse, dans un français qu'elle ne maîtrise que partiellement au début de l'histoire. Il faut dire que sa langue maternelle, c'est le persan. Et qu'une jeune femme ayant vécu des années plus que troublées sous le régime des mollah iraniens recourre à une analyse une fois arrivée à Paris ne va pas de soi, du tout.

 

Je mentionnais deux perspectives: l'une est le compte-rendu de ses séances chez son psy, l'autre est le récit des événements vécus par Donya en Iran et ponctuellement en Turquie. Les deux pendants de Je ne suis pas celle que je suis sont aussi forts en émotions et en intensité l'un que l'autre. Parce qu'une psychanalyse, c'est mouvementé, et ça peut se discuter. Le livre apporte des éléments de réflexion passionnants sur ce sujet que je connais peu. Et parce que la vie d'une jeune fille iranienne un peu rebelle, pas gâtée par le comportement des personnes censées "tenir" une famille, ça oscille entre petits bonheurs (rares) et tragédies (fréquentes). A la fois proche de ce qu'on peut connaître de l'Iran aujourd'hui, mais aussi "pire", parce que ce régime est décidément d'une perversité très développée.

 

Quand les différents traumatismes vécus par Donya émergent peu à peu, on comprend mieux que la survie dépend de la capacité à fragmenter son identité, à rendre hermétiques/étanches les divisions entre différentes réalités. Mais, paradoxe, si survivre nécessite une compartimentation, la santé mentale exige quant à elle une certaine cohérence. C'est dans cette quête d'équilibre entre deux pôles que les narratrices de Chahdortt Djavann nous entraînent. Un parcours au plus profond de l'humain, de l'existentiel.

 

"On" me demande des extraits. En voici.

 

"Elle s'allongea sur le divan.
- J'ai eu beau changer de vie, de pays, de langue... mon destin ne change pas...
Respiration du psy.
- Les parents sont les dernières personnes sur terre qui devraient avoir des enfants, a écrit un humoriste anglais... Surtout les miens...
- Ouiii...
- Mes parents ont eu des enfants comme on peut avoir des regrets...
Ils n'étaient pas faits pour ça...
Respiration un peu bruyante du psy. Il avait pris froid et avait mal à la gorge."

(page 166)

 

 

"Elle avait besoin de défis pour se sentir en vie. Disposer de sa mort, surtout lorsqu'on ne dispose pas de sa vie, constituait un droit primordial à ses yeux. Son mutisme et son immobilisme inquiétaient ses copines; elles lui transmirent plusieurs lettres d'Armand qu'elle n'ouvrit même pas. Elle ne se présenta pas aux examens et les supplications de ses amies ne servirent à rien. Elle décida de se jeter du douzième étage la prochaine nuit de pleine lune, de ce balcon où elle aimait se réfugier. Une chute libre. Se donner la mort était le seul moyen de mettre fin à l'existence du monde qui l'entourait.

Elle croyait sa détermination inébranlable, mais il se trouve que le psychisme n'est pas une entité monolithique et que les différents rouages de cet appareil complexe, qui possède autant de cellules que l'univers d'étoiles, fonctionnent d'une façon indépendante et parfois totalement contradictoire. Avant que la nuit fatidique de la pleine lune n'arrivât, un soir, elle s'habilla pour sortir ! Ses copines essayèrent de la raisonner, mais elle, qui défiait la mort, se moquait des dangers. Et avant la mort, elle se devait d'accomplir un exploit, aussi absurde fût-il.

Elle quitta la chambre, prit l'ascenseur, descendit au rez-de-chaussée, et, au lieu de s'engager dans la cour vers le portail de la cité, escalada le mur et sauta de l'autre côté, dans la rue. C'était aussi facile que ça ! Et pourtant nul n'aurait pu imaginer qu'une étudiante en fût capable."

(page 295)

 

 

"- Je n'ai jamais eu d'enfance.
Je n'ai jamais eu non plus de jouets, alors je jouais avec la vie.
Avec mes mensonges, je changeais la règle du jeu, je changeais les rôles.
Je m'amusais comme je pouvais."

(page 423)

 

 

"Etrange: c'était exactement au moment où elle avait levé la tête vers le ciel et s'était adressée à Dieu, tout athée qu'elle fût, que la voiture s'était arrêtée. Etait-il possible que Dieu fut un proxénète bienfaisant ? Ce qui expliquerait l'obsession de la sexualité dans les trois religions monothéistes. Après tout, bien avant l'existence de l'islam, Marie Madeleine était une prostituée. Khadidjeh et Aycha, les deux femmes les plus connues de Mahomet, et sa fille Fatemeh avaient des réputations pour le moins troubles. Et quant au judaïsme, ce n'est pas pour rien qu'il se transmet par la mère; la paternité, depuis l'existence de l'humanité, reste le fait le plus douteux qui soit."

(pages 465-466)

 


 

Pour en savoir plus:

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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 00:33

pid992226.jpg Courte recension, vu que j'en avais déjà fait une en 2007...
Quand on a besoin d'humour britannique, Three men in a boat est décidément une valeur sûre, qui ne déçoit pas ! J'ai beau connaître les chutes de certains passages, l'absurde, la mauvaise foi, le pince-sans-rire continuent à faire mouche. En parlant du livre, j'ai appris qu'il y avait aussi un sequel, que je devrais découvrir un jour, en espérant qu'il ne soit pas trop en dessous du premier !

 

Pour en savoir plus :

L'auteur sur Wikipedia

Le livre sur Wikipedia

Le texte intégral sur Wikipedia (VO) - (VF)

Site éditeur

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Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 00:50

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Evanescence... Le groupe détonne un peu dans la musique que j'écoute souvent, mais c'est un décalage assumé. La sortie toute récente du troisième album, je l'avais attendue, tellement les précédents me sont chers. La voix d'Amy Lee, la combinaison de mélodique (au piano, avec des cordes en version studio) et de rythmique (l'artillerie rock un peu métalleuse), les cheminements entre des tensions, oppressions, soulagements et envols... La musique d'Evanescence me plaît baucoup pour ces raisons-là.

 

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Je ne m'attendais pas à que leur unique date parisienne pour un moment soit à l'Olympia, car évidemment les billets étaient épuisés quelques jours après l'ouverture des ventes. Mais au final, il y avait encore du choix dans les places en revente sur des sites légaux spécialisés (que je découvre à l'occasion), même avec des prix cassés, et pire encore, des places vides dans la salle pendant tout le concert ! Préjugé aussi quand je pensais que je ne me fonderais pas complètement dans le "style" des spectateurs... A part quelques filles en gothique, c'est finalement assez semblable au public des concerts auxquels j'assiste d'habitude. Les fans d'Evanescence, ce sont les fans de l'heure de gloire (2003-2006 environ), qui ne sont donc plus tout à fait des ados rebelles... Tant mieux finalement.

 

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En première partie, quatre jeunes hommes au talent très discutable; le nom du groupe est "Me", et à part une belle dépense d'énergie, et un titre intéressant sur les huit ou neuf joués, ils n'ont pas grand'chose de marquant. Si, l'assistance était d'un calme presque sinistre après cette première partie. "Chauffer la salle ?" Loupé.

 

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Heureusement, dès la première chanson d'Evanescence, c'est l'embrasement. Une pêche phénoménale, une présence d'Amy Lee sur scène extraordinaire, et puis ce déluge saisissant de décibels et de lumens... Alternant les titres du nouvel album et les reprises des deux premiers, à la très grande joie de tout le monde, le set est réglé au millimètre (la mise en place, à deux reprises, du piano demi-queue en quelques secondes est remarquable). Principal défaut, la brièveté de la partie "Evanescence", à peine 1h20... Et le peu de différence entre les versions "studio" et "live", qui a certes le mérite de faciliter les repères mais pourrait aussi être perçu comme une certaine prudence à la limite de la paresse...

Donc un moment fort mais aussi de légère désillusion quant au groupe.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Pour en savoir plus:

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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 22:59

Lundi 14 novembre

Paris 14, Gaumont Parnasse

 

POLISSE

De Maïwenn (France, 2011)

 

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TELERAMA

 

Le cinéma peut avoir comme fonction de rappeler une certaine réalité du monde aux spectateurs qui ne côtoient pas au quotidien cette même réalité. C'est un peu l'une des réussites de ce film, une fiction (documentée néanmoins) sur une unité de la "brigade de protection des mineurs" (BPM) de Paris. La BPM recueille les fugueurs, cherche à prévenir des maltraitances envers les enfants, se confronte aux pédophiles de tous milieux, s'épuise à trouver des solutions pour des jeunes sans droits qui risquent de perdre aussi leur famille...

 

Une mission très variée donc, qui va de l'insoutenable au sublime, et qui ne peut se concevoir sans passion d'une part, et sans un mystérieux équilibre mental d'autre part. Car il faut que nos policiers sachent faire preuve d'empathie (difficile à concevoir par exemple lors de l'opération dans le camp de Roms, où la notion de "protection" est difficile à discerner), de sang-froid (quand un père pédophile les nargue, du fait de ses relations haut placées), de fermeté (pour faire prendre conscience aux jeunes ou moins jeunes la gravité de certains comportements), de tendresse, d'humilité, de détachement (quand ils n'ont pas réussi à éviter un drame)... Peut-on tenir plusieurs années dans un tel univers ? Rien n'est moins sûr.

 

Polisse aborde toutes ces questions, discrètement, habilement. Les personnages ne sont ni des héros, ni des salauds. Un peu stéréotypés sûrement, mais bon... Le film trouve lui un bon équilibre entre les périodes de tensions et les séquences plus légères, ce qui est notable. Sinon j'ai été impressionné par le charisme à l'écran de Joey Starr, le très bon jeu de Marina Foïs... mais beaucoup moins par celui de Maïwenn ! En conclusion, un film qui remue comme il faut, globalement réussi.

 

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Samedi 12 novembre 2011 6 12 /11 /Nov /2011 23:32

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Une claque. Monumentale. Inouïe. Dévoré en un samedi après-midi et soir, Le soleil des Scorta, récompensé du Prix Goncourt en 2004, brille et éblouit. Sans que j'arrive pleinement à expliquer pourquoi ce roman de Laurent Gaudé comporte tellement plus de magie littéraire que beaucoup d'autres ouvrages. Mais est-ce bien grave ? La magie ne doit pas révéler tous ses secrets, sous peine de disparaître. L'auteur a un talent, évident, pour évoquer beaucoup au lecteur avec une économie de mots. Pour faire vibrer en chacun ce qui est universel et intime. Comme dans Eldorado, l'écrivain évite le sentimentalisme, la mièvrerie que son sujet pourrait encourager. En fait, Laurent Gaudé sonde ce qui fait que l'être humain se tient debout, et ce bien sûr dans une certaine adversité.

 

Dans Le soleil des Scorta, l'intégration de la lignée des Scorta dans un village d'Italie du Sud sera tout sauf évidente; à la fin du dix-neuvième siècle, le premier de la dynastie, petit bandit, revient à Montepuccio (le village) après quinze ans de prison. Son retour mouvementé et ses suites, pendant un siècle, nous parle de petites communautés, de loyautés villageoises ou de sang, de systèmes de survie, de secrets de famille, d'histoires de vengeance et de quêtes de respectabilité, de personnages secondaires plus ou moins adaptés à leur époque (des prêtres, notamment), de recherche de la recette du bonheur...

 

Plein d'extraits à partager !

 

"Luciano Mascalzone ressortit de la maison de Filomena Biscotti sans avoir échangé un seul mot avec elle. Ils s'étaient endormis côte à côte, laissant la fatigue de l'amour s'emparer d'eux. Il avait dormi comme il ne l'avait pas depuis longtemps. Un sommeil serein de tout le corps. Un apaisement profond de la chair, une sieste de riche, sans appréhension.
Devant la porte, il retrouva son âne, encore chargé de la poussière du voyage. A cet instant, il savait que le compte à rebours était enclenché. Il allait à sa mort. Sans hésitation. La chaleur était tombée. Le village avait repris vie." (page 21)

 

"Lorsque l'âne fut chargé de quelques affaires, Elia se tourna vers son oncle et lui dit: 'Merci, zio', avec les yeux pleins de repentance. L'oncle d'abord ne répondit rien. Le soleil se levait sur les collines. Une belle lueur rosée venait chatouiller les crêtes. Il se tourna alors vers son neveu et lui dit ces paroles qu'Elia n'oublia jamais. Dans cette belle lumière d'un jour naissant, il lui révéla ce qu'il considérait, lui, Domenico, comme sa sagesse personnelle: 'Tu n'es rien, Elia. Ni moi non plus. C'est la famille qui compte. Sans elle tu serais mort et le monde aurait continué de tourner sans même s'apercevoir de ta disparition. Nous naissons. Nous mourons. Et dans l'intervalle, il n'y a qu'une chose qui compte. Toi et moi, pris seuls, nous ne sommes rien. Mais les Scorta, les Scorta, ça c'est quelque chose. C'est pour ça que je t'ai aidé. Pour rien d'autre. Tu as une dette désormais. Une dette envers ceux de ton nom. Un jour, dans vingt ans peut-être, tu t'acquitteras de cette dette. En aidant un des nôtres. C'est pourquoi je t'ai aidé, Elia. Parce que nous aurons besoin de toi quand tu seras devenu quelque de meilleur - comme nous avons besoin de chacun de nos fils. N'oublie pas cela. Tu n'es rien. Le nom des Scorta passe à travers toi. Va maintenant. Et que Dieu, ta mère, et le village te pardonnent."
(pages 165-166)

 

"L'enfant garda le silence encore un temps. Puis d'une voix qui ne tolérait aucun commentaire, il déclara: 'Moi aussi, je veux faire ça.' Ce voyage nocturne l'avait saisi de bonheur. Le bruit des vagues, l'obscurité, le silence, il y avait là quelque chose de mystérieux et de sacré qui l'avait bouleversé. Ces voyages au fil de l'eau. Toujours de nuit. La clandestinité comme métier. Cela lui sembla fabuleux de liberté et d'audace." (page 169)

 

"- Pourquoi as-tu cet air triste alors ?
- Parce que lorsque j'essaie de n'en retenir qu'un, le souvenir le plus heureux de tous, sais-tu lequel me vient à l'esprit ?
- Non.
- Ce jour où tu nous as invités tous, pour la première fois, au trabucco. C'est ce souvenir-là qui s'impose. Ce banquet. Nous avons mangé et bu comme des bienheureux.
- Pancia pienia ? dit Raffaele en riant.
- Oui. Pancia pienia, reprit Giusieppe les larmes aux yeux.
- Qu'est-ce qu'il y a de triste à cela ?
- Que dirais-tu, répondit Giuseppe, d'un homme qui, au terme de sa vie, déclarerait que le jour le plus heureux de son existence fut celui d'un repas ? Est-ce qu'il n'y a pas de joies plus grandes dans la vie d'un homme ? N'est-ce pas le signe d'une vie misérable ? Est-ce que je ne devrais pas avoir honte ? Et pourtant, je t'assure, chaque fois que j'y réfléchis, c'est ce souvenir-là qui s'impose. (...)
- Non, Peppe, dit-il à son frère, tu as raison. Qui peut se vanter d'avoir connu pareil bonheur ? Nous ne sommes pas si nombreux. Et pourquoi faudrait-il le mépriser ? Parce que nous mangions ? Parce que ça sentait la friture et que nos chemises étaient mouchetées de sauce tomate ? Heureux celui qui a connu ces repas-là. Nous étions ensemble. Nous avons mangé, discuté, crié, ri et bu comme des hommes. Côte à côte. C'étaient des instants précieux, Peppe. Tu as raison. Et je donnerais cher pour en connaître à nouveau la saveur. Entendre à nouveau vos rires puissants dans l'odeur du laurier grillé." (pages 180-181)

 

"Les Montepucciens commençaient déjà à se disperser par grappes, lorsque Maria Carminella apparut. Elle était en robe de chambre blanche. Ses cheveux noirs lui tombaient sur les épaules. Il la vit arriver comme un fantôme. Elle marcha droit sur lui. Il eut encore la force de se lever. Il ne savait que dire. Il montra simplement du doigt le buerau de tabac parti en fumée. Elle lui sourit comme elle ne l'avait jamais fait auparavant et lui murmura: 'Que s'est-il passé ?' Elia ne répondit pas.
- Tout est parti en fumée ? insista-t-elle.
- Tout, répondit-il.
- Qu'as-tu à offrir maintenant ?
- Rien.

- C'est bien, reprit Maria. Je suis à toi si tu veux de moi." (pages 201-211)

 


 

 

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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 22:11

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Merci La Vie d'il y a quelques semaines, sans laquelle j'aurais appris sûrement trop tard qu'Anoushka Shankar lançait sa nouvelle tournée européenne pour son album Traveller par un concert ce mardi 8 novembre à Paris, à la Cigale.

 

Après avoir exploré, dans Rise et Breathing Under Water (ses précédents albums), les passerelles entre la musique indienne traditionnelle et des visions plus récentes de la musique (oui, un peu électro), Anoushka prend son sitar pour dialoguer avec le monde hispanique. On est transporté dans un autre univers par l'ensemble des musiciens (Anoushka au sitar, donc, bluffante; des instruments indiens dont j'ignore le nom exact: une sorte de trompette-hautbois, des percussions, un instrument à cordes distinct du sitar, une guimbarde...; du côté des instruments espagnols: la guitare sèche, une voix superbe, et d'autres percussions).

 

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Alternant les ragas typiquement indiens et les morceaux où il devient difficile de discerner ce qui est ibérique de ce qui est indien, la virtuose et ses musiciens d'exception, proposent une expérience inédite de dialogue. La musique indienne, faite de répétitions à partir de l'exemple d'un maître, révèle déjà une sensibilité de l'écoute différente de nos habitudes. La démarche de Traveller, et de ce concert, est plus ambitieuse, puisque ce sont des civilisations qui prennent le temps de s'écouter, de trouver leurs points communs, de développer à partir de ces points communs, et de se surpasser par la combinaison de leurs génies respectifs.

 

Deux petits regrets sur le concert lui-même: le temps qu'il a fallu pour que la salle soit "calme" (un service d'ordre pointilleux et insuffisant n'a pas permis de faire installer l'essentiel du public avant le début du concert), ce qui a un peu atténué l'effet introspectif qu'a d'habitude sur moi la musique d'Anoushka Shankar; et la sonorisation un peu forte, qui faisait perdre aux notes et accords un peu de leur légèreté et de leur subtilité.

 

La jeune Indienne n'a pas hésité à faire deux rappels, prolongeant le plaisir partagé...

 

 

 

 


 

 

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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 12:23

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David Abiker, en recommandant la lecture de Solaire, m'a surtout permis d'apprendre la parution de ce nouveau roman de Ian McEwan; Ian McEwan n'a pas besoin d'être recommandé ! Sans que ce soit voulu, ce texte fait écho au Monde selon Garp, que j'avais achevé juste avant, et ce pour toute une série de raisons. Dans les deux cas, le héros est un génie qui est pressé par le temps et a le don de se créer tout un réseau d'ennemis. Dans les deux cas, le héros est travaillé par ses pulsions sexuelles, et les corps sont malmenés. Dans les deux cas, l'auteur adopte l'ironie comme procédé humoristique.

 

Solaire se déroule entre 2000 et 2009. Michael Beard est physicien, il a même obtenu le Prix Nobel de physique. Mais après ce sommet, il se repose sur sa notoriété pour donner des conférences, diriger sans conviction un centre scientifique voulu par les politiques pour montrer que la recherche travaille à contrer le réchauffement climatique, tromper sa cinquième femme, et éviter tout effort pour sortir d'une hygiène de vie déplorable et espérer ainsi prévenir des ennuis de santé. Un jour, il découvre qu'un de ses subordonnés au centre est l'amant de sa femme. Après une entrevue mouvementée, Beard accepte de regarder les travaux de ce subordonné. Ses idées innovantes pour une énergie propre sont convaincantes, et Beard se prend à l'idée de sauver l'humanité...

 

Ian McEwan a le talent d'être extrêmement réaliste, lucide sur les êtres humains. Le thème du réchauffement climatique, des opportunismes politiques, des aubaines financières, des querelles scientifiques qu'il suscite, est bien exploité; difficile de sortir des perspectives à courte vue pour les êtres humains ! Le "penser collectif et long terme" semble, à la lecture de Solaire, une naïveté. Pas très réjouissant... Est-il trop tard ? On verra... 

 

Deux extraits, qui donnent une idée du roman:

 

"Durant les trois dernières semaines de l'année, tout s'accéléra. Une invitation pour le pôle Nord arriva - du moins la décrivit-il ainsi aux autres et à lui-même. En réalité, sa destination se trouvait bien en dessous du 80è parallèle et, promettait la brochure, il séjournerait à bord d'un 'confortable vaisseau bien chauffé, aux couloirs lambrissés, aux moquettes profondes et à l'éclairage tamisé', un navire trônant placidement au milieu des glaces d'un fjord reculé, accessible au terme d'un long trajet en motoneige au nord de Longyearben sur l'île du Spitzberg. Les trois difficultés seraient la taille de sa cabine, l'accès limité à sa messagerie électronique et d'une carte des vins réduite à un 'vin de pays' nord-africain. Le groupe comprendrait vingt artistes et chercheurs travaillant sur le réchauffement climatique, et justement à trente-cinq kilomètres de là, reculant à une vitesse spectaculaire, se trouvait un glacier aux falaises lisses et bleues dont des blocs gros comme des manoirs s'écrasaient régulièrements sur les rives du fjord. Un chef italien de 'renommée internationale' officierait aux cuisines et, en cas de danger, les ours blancs seraient abattus par un guide armé d'une carabine de fort calibre. Beard ne serait pas astreint à donner des conférences - sa présence suffirait - et la fondation prendrait tous les frais à sa charge. Quant aux coupables émissions de dioxyde de carbone causées par vingt vols aller-retour, vingt trajets en motoneige et soixante repas quotidiens servis chauds dans ce froid polaire, on les compenserait en plantant trois mille arbres au Venezuela dès qu'on aurait identifié un site et acheté les responsables locaux." (pages 72-73)

 

"Aussitôt le jeune homme perdit sa belle assurance. Il revevint celui qui suppliait, prêt à tout pour garder son emploi.
- Voyons, professeur Beard. Vous allez trop loin. Revenons à l'essentiel. La raison...
- Rien de plus déraisonnable que de coucher avec la femme de son patron.
- Honnêtement, c'est plus profond que ça. Je me suis conduit comme un idiot, je sais que j'ai beaucoup à apprendre. Mais ce dont je veux parler, c'est d'un substrat de logique imparable...
Beard éclata de rire. Substrat ! Il avait l'impression de voir un joueur d'échecs avancer le pion de la dernière chance. Aucune circonstance particulière ne lui revenait en mémoire, mais lui-même s'était déjà trouvé dans ce genre de situation, peut-être face à une épouse indignée qui venait de le confondre, et là, par un coup de génie, il avait réussi un tour de passe-passe, un déplacement du cavalier dans la onzième dimension, une éblouissante envolée au-dessus du monde unidimensionnel du jeu conventionnel. Oui, ce substrat de logique imparable lui plaisait. Il écouta." (page 127)

 

 


 

 

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